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La notion de péché du monde désigne un fait qui est incontestable et relève de lexpérience commune : les hommes sont solidaires dans le mal. Cette solidarité a pour effet de les écraser et de les solliciter à faire le mal. En effet le péché du monde exerce son empire non seulement par violence, mais aussi par séduction. Il fausse le jugement et suscite la convoitise. De la sorte, le péché du monde écrase lhomme, le séduit et par là le mène à y contribuer en apportant sa pierre à lédifice où il se perd. Lexpression de péché du monde souligne que le mal est déjà là ; il précède lhomme. Cette situation concerne tout être humain qui vient au monde ; il est prévenu par une puissance de mal liée au corps social qui accueille la vie. Il y a une solidarité des hommes dans le mal ; elle est nommée par la Bible, un péché. Lexpression doit être entendue dans son sens majeur ; cette situation va contre la volonté de Dieu ; elle soppose à son dessein damour et refuse son alliance14. La notion de péché du monde a un sens fondamental. Elle présente le mal comme système qui détruit lhomme et ouvre ainsi sur la notion johannique du pouvoir de «Prince de ce monde». La notion a un rôle explicatif dans la multiplication du mal et sa croissance. Si le petit dhomme à sa naissance est dabord une victime ; il peut en devenir le complice quand, par ses fautes, il ajoute à la masse du péché qui nest pas seulement une juxtaposition, mais un système. Conformément à ce que nous avons dit de la priorité ontologique du bien sur le mal, il importe de bien comprendre que cette notion prend sens par son opposition à la communion des saints. 14 La théologie réformée développe de point avec insistance, cf. Pierre GISEL, La Création. Essai sur la liberté et la nécessité, lhistoire et la loi, lhomme, le mal et Dieu, Genève, Labor et Fides, 1980. |