Que peut-on dire du péché originel à la lumière des connaissances actuelles sur l'origine de l'humanité ?
Péché originel, péché d'Adam et péché du monde
Résumé :
L'article prolonge une étude faite sur l'émergence de l'homme. Il prend acte que les connaissances scientifiques rendent caduque la présentation ancienne de l'histoire des origines de l'humanité et récuse toute tentation concordiste. Il relève que la notion de "péché originel" est de ce fait en crise. Il propose de l'entendre dans son sens théologique strict sans la confondre avec les notions bibliques de "péché d'Adam" et de "péché du monde". Il précise enfin le sens du terme originel dans l'expression "péché originel" et situe celle-ci dans la perspective christologique qui fonde la théologie chrétienne du péché et de la grâce.
Notre article sur l'émergence de l'homme nous a valu un nombre important de remarques et de questions. Un certain nombre d'entre elles portaient sur la possibilité de parler du péché originel compte tenu de ce que l'on sait aujourd'hui de l'origine de l'humanité. Aussi nous avons pensé qu'il ne convenait pas d'esquiver davantage la difficulté et nous proposons les réflexions suivantes sur le thème : que peut-on dire aujourd'hui du péché originel à la lumière des connaissances scientifiques actuelles ?
En abordant une telle question, il faut prendre acte de la pluralité des systèmes en théologie. En effet, les affirmations et les questions théologiques n'ont pas toutes la même valeur selon les auteurs et selon les traditions. Si pour la tradition augustinienne le péché originel occupe une place décisive, ce n'est pas le cas dans la tradition thomiste et plus encore dans la théologie des Pères orientaux, grecs ou syriaques. Le Concile Vatican II a sur ce point rendu libre la réflexion théologique ce qui permet de présenter une théologie où le dogme du péché originel ne tient plus exactement la même place qu'auparavant. On ne peut aujourd'hui se permettre de répéter ne varietur ce qui a été dit pendant des siècles. Le catéchisme du concile de Trente a enraciné dans les esprits la doctrine du péché originel selon un schéma chronologique simple : au paradis, Adam et Eve ont désobéi à Dieu en mangeant du fruit défendu ; leur désobéissance a entraîné le malheur qui afflige non seulement l'humanité, mais la terre entière (le sol et les êtres vivants). Les résultats les plus élémentaires de la géologie, de la biologie et de l'anthropologie montrent que cette présentation ne saurait être tenue pour vraie. Elle ne peut s'appliquer à la réalité mieux connue grâce à la science. Les résultats de la science ont entraîné un conflit dans l'Eglise. Ainsi, Teilhard a été dénoncé à Rome pour un texte sur le péché originel ; ce texte a déclenché les interdictions qui ont pesé sur lui. La doctrine du péché originel touche en effet à un ensemble de thèmes théologiques et révèlent les options anthropologiques qui sous-tendent les systèmes moraux.
Face à l'impossibilité de redire littéralement le catéchisme, certains reléguent la notion de péché originel dans le domaine de l'imaginaire ; pour eux cette notion n'a aucune pertinence ; elle relève des contes pour enfant, en donnant une explication mythologique de l'origine de l'histoire humaine. Cette position est excessive. Elle risque de faire perdre quelque chose d'essentiel. De plus, dans une perspective théologique, puisque la doctrine du péché originel a été l'objet de définitions solennelles dans le cadre de plusieurs conciles, elle ne peut pas être tenue pour nulle et non avenue.
La tâche de la théologie commence là : reprendre un énoncé traditionnel et faire droit à sa vérité. Celle-ci ne saurait être en contradiction avec les données de l'histoire et de la préhistoire. Face aux résultats de la science, la notion de péché originel ne peut être pensée comme avant. Aussi il y a un déplacement théologique.
Les faits nouveaux et incontestables apparus depuis la rédaction des textes du concile de Trente obligent à repenser la présentation du dogme. On ne peut pas se contenter de redire ce que disaient les anciens. Ce ne serait pas honnête. Il faut
donc prendre acte de ce qui est connu aujourd'hui des origines de l'homme pour proposer une formulation qui réponde aux exigences de la foi en Jésus-Christ.
Dernière mise à jour le 4 octobre 1997