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COSMOLOGIE ET THÉOLOGIE La philosophie de A. N. WHITEHEAD et la théologie nord-américaine du Procès Jean-Michel Maldamé op |
Note préliminaire concernant l'histoire et le vocabulaireAvant d'entrer plus avant dans l'exposé, il convient de donner des repères historiques pour bien préciser de qui et de quoi l'on parle. Le terme qui caractérise cette école de théologie est celui de Process. Ce mot américain est à lui seul une énigme. Comment le traduire en notre langue ? Le Professeur Gounelle a pris le parti de ne pas le traduire et de le garder tel quel dans son étude, en distinguant par une majuscule l'école théologique du terme philosophique qui est à l'origine de son usage. Le mot Process devient alors un nom propre. Il demande pourtant à être éclairé et à être traduit. Le Bulletin Signalétique du Centre National de la Recherche Scientifique et la Revue Concilium traduisent Process Theology par "théologie du devenir". La Faculté de théologie protestante de Strasbourg écrit "théologie du processus"2. Avec le Professeur Gounelle et Alix Parmentier, nous pensons que ces traductions, pourtant suggestives, ne sont pas satisfaisantes parce que le concept philosophique de Process, tel que l'emploient les divers auteurs, ne se traduit pas ainsi sans une réduction de sens qui lui ôte sa profondeur et sa pertinence. Nous avons trouvé, par contre, très pertinente la proposition d'Alix Parmentier3, de traduire le mot américain process par le mot français procès à condition de ne pas entendre ce mot dans son acception juridique courante, mais dans le sens traditionnel qu'il reçoit en philosophie. Le mot process vient de l'oeuvre philosophique de A. N. Whitehead, et en particulier, de son ouvrage magistral Process and Reality où le terme process relève de l'ontologie. Il signifie que l'existant concret n'est lui-même que par son devenir et son actualité. Ce n'est donc pas seulement un processus (i.e. un enchaînement d'opérations productrices), ni même un devenir (i.e. l'inscription temporelle d'un changement d'état), il ne s'agit pas non plus d'évolution. Tous ces termes n'explicitent qu'une partie du sens de ce mot ; ils ont pour défaut principal de ne pas se situer au plan de l'ontologie. C'est pourquoi un terme technique de la philosophie de la langue française convient. Littré, dans son dictionnaire (édition de 1973) donne comme sens second au mot procès : "dans le langage scientifique, marche, développement, progrès (fort employé, en ce sens, dans l'ancienne langue). Le procès de l'évolution intellectuelle, le procès de la formation embryonnaire". Le mot a donc un sens philosophique. Il s'inscrit dans une démarche ontologique. Il est donc à retenir. Il n'en reste pas moins que le mot n'est pas clair pour un esprit qui n'est pas introduit aux faits que ce vocabulaire cherche à expliciter et à la philosophie de A. N. Whitehead qui en est l'origine. La première partie de cette étude en dira le sens. Cette brève remarque de vocabulaire montre que la traduction ne peut être faite indépendamment de la considération de la genèse du courant de pensée. Ce qui le caractérise, c'est la référence constante et explicite à l'oeuvre du mathématicien anglais Alfred North Whitehead qui, à l'âge de la retraite (en 1924, il a 63 ans), a entrepris une seconde carrière de philosophe dans les Universités américaines. Son interrogation philosophique est profondément marquée par les questions religieuses et, en particulier, le rôle "créateur" de Dieu dans le déroulement des événements du monde. Peu de théologiens se sentirent concernés par sa démarche philosophique, parce que la mentalité anti-métaphysique de la pensée religieuse anglosaxonne ne contribuait pas à accréditer sa manière de procéder. On relève cependant une influence sur Nels Ferré et sur Harwey Potthof dans une moindre mesure. Deux étudiants de Whitehead, Victor Lowe et A. H. Johnson ont étudié la pensée de Whitehead, l'un à John Hopkins university, l'autre au Canada4. Ces auteurs ne forment pas encore une véritable école au sens propre du terme. L'initiateur en sera un des assistants de Whitehead : Charles Hartshorne. Celui-ci n'a jamais été son élève, mais leur rencontre a été, pour le plus jeune, le commencement d'une recherche philosophique où il a développé certains aspects de la doctrine de son maître, en particulier, l'introduction d'une considération théologique à partir de la philosophie de la nature. La nouveauté de cette pensée venait de la valeur d'une théologie naturelle qui utilisait des concepts traditionnels dans une perspective nouvelle. La personnalité de C. Hartshorne joue un rôle essentiel dans la naissance du courant théologique. Whitehead est resté un philosophe séculier qui n'a jamais développé les aspects théologiques de sa pensée pour eux-mêmes. Ses considérations sur Dieu restent mêlées à une interrogation spécifiquement cosmologique. C. Hartshorne a développé, en philosophie, des éléments de théodicée considérant les preuves de l'existence de Dieu, la religion et la nature. Il est l'auteur de l'expression "panenthéisme" qui cherche à dire d'une manière nouvelle la présence de Dieu en toute chose5. Beaucoup d'étudiants de A. N. Whitehead sont devenus ses disciples et ont publié diverses études philosophiques. A l'Université de Yale, Paul Weis a développé les thèmes de la métaphysique classique s'interrogeant sur la réalité, la nature de l'homme, l'ontologie, la religion, l'art et Dieu en dialogue avec Whitehead. F. S. C. Northrop qui enseignait le droit à l'Université de Yale a fait de même dans son oeuvre plus ouverte sur les échanges culturels et l'humanisme. Susanna K. Lunger a réfléchi davantage sur l'art et la psychologie de la création artistique. Tous ces universitaires ont gardé une grande vénération pour l'oeuvre du maître, éditant ses textes ou publiant des hommages. Ceci témoigne d'une grande fécondité intellectuelle dans le domaine philosophique dans la mesure où la pensée de Whitehead est devenue objet de thèses universitaires. Avant les années 50, l'attention a porté essentiellement sur sa conception du temps et sa philosophie de la connaissance. Après 1950, les études furent plus globales à partir de l'oeuvre majeure Process and Reality, analysée dans sa genèse et dans sa construction systématique. Bien des agacements et surprises de la première lecture sont dépassés. Whitehead est devenu un auteur classique dans la philosophie nord-américaine. En Français, le seul ouvrage notable qui traite de la philosophie de Whitehead est le livre de Alix Parmentier qui reste pour le lecteur de langue française la meilleure introduction6. L'influence de Whitehead se fait dans de nombreux domaines surtout en matière de science et de religion, mais aussi de manière plus technique en matière de théorie de la relativité, en matière de philosophie de la biologie autour du concept d'organisme ou de théorie de l'évolution, et encore avec la rencontre de la pensée orientale. Ces remarques historiques sont utiles pour voir l'ampleur du champ de la réflexion suscitée par Whitehead. C'est à l'intérieur de ce champ que se dégage une ligne spécifiquement théologique : là aussi, il convient de distinguer deux étapes dans l'élaboration de la théologie américaine du Procès. Le premier centre qui a reçu l'influence de Whitehead est l'Ecole de Théologie de l'Université de Chicago où se trouvait un terrain favorable à l'influence de la philosophie de Whitehead. Cette école de théologie, d'origine baptiste, a connu depuis la fin du XIXe siècle un important développement ; sa Faculté de Théologie est devenue le noyau de la Faculté de Théologie de l'Université. Shailer Mathews7, Professeur de Nouveau Testament, puis de théologie, y a joué un rôle important. Il comprend le christianisme comme un mouvement socio-historique dont les croyances changent. La pensée de l'auteur est aussi attentive à voir les implications sociales de l'Evangile. De l'aveu même de son auteur, cette théologie est relativisante ; elle ôte toute prétention à un savoir dogmatique, mais elle est soucieuse d'enraciner dans la connaissance du monde l'affirmation de Dieu et le rôle du mouvement fondé par Jésus. Un jeune collègue de Mathews, Shirley Jackson Case8 a appliqué la méthode socio-historique à l'étude du christianisme dans son ensemble. C'est là faire attention à la genèse des confessions de foi dans une perspective critique, mais réductrice. C'est dans ce milieu que s'est produit l'événement qui donna naissance à la Process theology. En 1926, Harry Nelson Wieman9 vint présenter l'ouvrage de A. N. Whitehead Religion in the making à la Faculté de Chicago ; il y développait les implications théologiques de cette oeuvre dont le caractère spéculatif venait briser avec leur méthode empirique et réductrice. Le succès de cette conférence amena la Faculté à s'agréger le conférencier qui, pendant vingt ans, étudia l'expérience religieuse10. Au coeur de ces analyses, le terme de procès joue un grand rôle puisque chaque chose est envisagée dans sa croissance, Dieu étant compris comme la source de tout développement. Pourtant, après une adhésion inconditionnée à la perspective généralisée du procès compris comme attribut de Dieu, H. N. Wieman prit ses distances vis-à-vis du christianisme11. Ses disciples et étudiants de la période intermédiaire ont cependant lu et prolongé de manière diverse l'oeuvre de Whitehead. Ainsi Daniel Day Williams12 s'intéressa à l'étude de l'histoire du christianisme. Cette théologie progressiste fut développée par Loomer qui enseigna à Chicago de 1945 à 1954. Cette école a été étudiée de manière critique par un de ses membres, Bernard Meland13. Son influence se fit sentir ailleurs, en particulier dans les églises méthodistes, par Schubert M. Ogden qui enracina sa théologie dans une réflexion sur le monde ; il fut, au sens propre, le leader de la première théologie systématique faite à l'école de Whitehead. L'Ecole de Chicago comme telle n'est plus, depuis qu'un des meilleurs membres de cette école, John Cobb, est devenu professeur en Californie, à l'université de Claremont, dont on peut dire qu'elle en est le centre actuel. Ce déplacement géographique n'est pas sans signification ; un changement culturel lui est attaché. La Californie représente un tout autre horizon de culture, comme nous le verrons. On peut dire que l'école de la Process theology, au sens strict, a trouvé là son plein épanouissement avec la fondation d'un centre d'étude et d'une revue : Process studies14. La communication des thèmes de cette école dépasse largement un lieu. C'est à ce titre que nous pensons nécessaire d'en informer les lecteurs de la Revue. Trois auteurs dominent cette école : John B. Cobb, son disciple et assistant David R. Griffin et le directeur de leur revue Lewis S. Ford, tous trois auteurs protestants américains. Cette théologie a une influence hors des Etats-Unis d'Amérique15. Les publications actuelles de cette théologie manifestent une grande variété de thèmes, signe d'une vitalité remarquable16. La culture américaine, devenant de plus en plus dominante dans le monde, il est indispensable de la connaître, non pour s'y soumettre, mais pour trouver dans son dynamisme une raison de poursuivre l'effort de création théologique dans la fidélité aux intuitions de la Tradition. Nous ne développerons pas une étude de tous les thèmes de cette école. Nous étudierons un point précis qui sera pour nous l'occasion de montrer les enjeux de l'évolution de la pensée théologique. Pour une étude plus complète, nous ne pouvons qu'inviter nos lecteurs à lire le livre d'André Gounelle et la présentation thématique de Cobb et Griffin. Cette présentation donne une idée générale de la théologie marquée par son attention au devenir, au progrès et à l'évolution. Ce sont là des thèmes qui marquent la pensée occidentale depuis le XIXe siècle. Mais ce n'est pas là seulement ce qui fait l'intérêt et le succès de cette manière de penser. A notre avis, c'est son utilisation systématique d'une réflexion ontologique17. C'est là, en effet, l'apport majeur de Whitehead à la pensée du XXe siècle. Les ressemblances avec la démarche de l'école thomiste ne sont pas fortuites comme le montre la lecture de l'oeuvre de Whitehead. 2 Bulletin Signalétique du CNRS, "Sciences Religieuses", n° 527. John COBB, "L'homme et la philosophie du devenir", traduit de l'américain par Simone M. Klukowicz, Concilium, 75 (1972) p. 29-44. G. SIEGWALT, Recension de la taduction allemande du livre de John B. COBB et David R. GRIFFIN (Process Theology. Eine einfuhrende Darstellung), Revue d'histoire et de philosophie religieuse, LXI (1981), p. 84. 3 Alix PARMENTIER, La philosophie de Whitehead et le problème de Dieu, Paris, Beauchesne, 1968, Cf. lexique p. 582-583. 4 Nels FERRE a élaboré une théologie de type spéculatif usant de concepts philosophiques parfois empruntés à A. N. Whitehead. Cf. The Christian Fellowship, New-York, Harper et Brothers, 1940 ; Return to Christianity, New-York, Harper et Brothers, 1943 ; Evil and the Christian Faith, New-York, Harper et Brothers, 1946 ; The Christian Understanding of God, New-York, Harper et Brothers, 1951 ; Christ and the Christian, New-York, Harper et Brothers, 1958 ; Reason and Religion, Thomas Nelson et Sons, 1963 ; The living God of Nowhere and Nothing, London, The Epworth Press, 1966 ; The Universal Word ; A Theology for Universal Faith, Philadelphie, The Wesminster Press, 1969 ; Harwey POTTHOFF est proche de la philosophie de A. N. Whitehead dans God and the Celebration of Life, Rand Mc Nally et Compagy, 1969. Victor LOWE est l'auteur de l'introduction au livre consacré à A. N. Whitehead édité par Paul A. SCHILPP où il retrace la carrière et la pensée du maître The Philosophy of Alfred North Whitehead, Northwestern University, 1941. Il a développé cette présentation dans Understanding Whitehead, John HOPKINS Press, 1962. A. H. JOHNSON a consacré plusieurs études à Whitehead : Whitehead's Theory of Reality, Beacon Press, 1952 ; Whitehead's Philosophy of Civiliation, Beacon Press, 1958. Il édita divers essais de Whitehead. 5 Le corpus des publications de Charles HARSTHORNE recouvre un large champ de la pensée et de l'expérience humaine. The Philosophy and Psychology of Sensation, The University of Chicago Press, 1934 ; Beyond Humanism : Essays in the New Philosophy of Nature, Wilett, Clark and Company, 1937 ; The Divine Relativity : A social Conception of God, Yale University Press, 1948 ; en collaboration avec William L. Reese, Philosophers Speak of God, The University of Chicago Press, 1953 ; Reality as Social Process : Studies in Metaphysics and Religion, Beacon Press, 2e éd. revue, 1953, Hafner Publishing Co, 1971 ; The logic of Perfection, and Other Essays in Neoclassical Metaphysics, The Open Court Company, 1965 ; Creative Synthesis and Philosophic Methode, La Salle, Ill. : the Open Court Publishing Company, 1970 ; 2e éd., London SCM Press, 1970. L'oeuvre de Hartshorne a suscité de nombreux commentaires dans l'école du Procès. 6 Pour une bibliographie complète de ces auteurs, on se reportera à l'annexe bibliographique du livre de John COBB et David GREFFIN, p. 162-185. Le livre de Marc-André BERA, A. N. Whitehead, une philosophie de l'expérience, Paris, Hermann, 1948, est trop polémique pour être lu utilement comme une introduction à la pensée de Whitehead. 7 Shailer MATHEWS, The Social Teaching of Jesus, New-York, The Macmillan Company, 1897 ; A History of the New Testament Times en Palestine, London, Macmillan et Co, 1899 ; The Spiritual Interpretation of History, Harward University Press, 1916 ; The Atonement and the Social Process, New-York, The Macmillan Company, 1930 ; Christianity and Social Process, New-York, Harper et Brothers, 1934. 8 Shirley Jackson CASE, The Evolution of Early Christianity : a Genetic Study of First Century Christianity to its Religious Environnement, Chicago, The University of Chicago Press, 1914 ; The Social Origins of Christianity, Chicago, The University of Chicago Press, 1927 ; Experience with the Supernatural in Early Christian times, The Century Company, 1929 ; The Social Trimph of the Ancient Church, New-York, Harper et Brothers, 1933. 9 Harry Nelson WIEMAN, Religious Experience and Scientific Method, The Macmillan Company, 1926 ; The Wrestle of Religion with Truth, The Macmillan Company, 1927 ; Now We Must Choose, The Macmillan Company, 1941. 10 ID. The Source of Human Good, The University of Chicago Press, 1946 ; The Diretive in History, Beacon Press, 1949 ; Man's Ultimate Commitment, Southern Illinois University Press, 1958. 11 ID. Intellectual Fondation of Faith, Philosophical Library, 1961 ; Religious Inquiry : Some explorations, Beacon Press, 1968. 12 Daniel Day WILLIAMS, What Present-Day Theologians are Thiking, 3e éd. rev., Harper et Row, 1967 ; God's Grace and Man's Hope, Harper et Brothers, 1949 ; The Sprit - and the Forms of Love, Harper et Row, 1968 13 Bernard MELAND, The Future of Empirical Theology, The University of Chicago Press, A Pilgrim Press Book, 1974. Cf. Randolph Crump MILLER, The Spirit of American Theology, United Church Press, A Pilgrim Press Book, 1974. Bernard LOOMER, "Christian Faith and Process Philosophy", Journal of Religion, vol. 29, n° 3 (1949) pp. 181-203. 14 Schubert M. OGDEN, Christ Without Myth, Harper et Row, 1961 ; The Reality of God, and Other Essays, Harper et Row, 1966. Process Studies, School of Theology at Claremont, 1325 North College Avenue, Claremong, California 91711, USA. 15 En Angleterre, l'influence de A. N. Whitehead s'est faite grâce à Normann Pittinger. Après avoir été professeur à New-York, il est parti s'installer à l'Université de Cambridge où par ses conférences et ses écrits, il a fait connaître la pensée de celui qui en fut un des maîtres. Cf. W. Norman PITTINGER, The Word Incarnate : A Study of the Doctrine of Person of Christ, Harper et Brothers, 1959 ; Process Thought and Christian Faith, The Macmillan company, 1968 ; Alfred North Whitehead, John, Knox Press, 1969 ; God in Process, London, SCM Press, 1967 ; God's Way with Men : A Study of the Relationaship Between God and Man in Providence, "Miracle" and Prayer, London, Hodder et Stoughton, 1969 ; "The Last Things" in a Process Perspective, London, Epworth Press, 1970 ; The Holy Spirit, United Church Press, A Pilgrim Book, 1974 ; Christology Reconsidered, London, SCM Press, 1970. Cet auteur a exercé une certaine influence sur la théologie anglicane avec Peter Hamilton et pour une part, John A. T. Robinson et enfin David A. Pailin. La théologie catholique n'a pas été sans s'intéresser à la pensée de Whitehead. Ce fut d'abord un rejet catégorique de la part de E. L. Mascall ou une critique plus modérée de la part de Leonard J. Eslick et ses étudiants, James W. Felt en particulier. Au Canada, des cercles thomistes essayèrent de reprendre des institutions de A. N. Whitehead, Walter Stokes en tout premier lieu. Cf. Walter STOKES, "Freedon as perfection : Whitehead, Thomas and Augustine", Proceedings of the American Catholic Philosophic Association, vol. 36 (1962), p. 134-142 et "Whitehead's Challenge to Theistic Realism", New Scholasticism, vol. 38, (1964) p. 1-21. Cette réception bienveillante s'est mêlée au courant teilhardien dans la reconnaissance du fait scientifique de l'évolution. Ewert H. Cousins est un des plus influents dans cette perspective. Le lecteur français peut lire avec profit son article de synthèse "La Temporalité de Dieu dans la Théologie du Devenir" (Process Theology) dans Temporalité et Aliénation, Actes du colloque de Rome (3-8 janvier 1975) sous la direction de Enrico Castelli, Paris, Aubier-Montaigne, 1975, p. 139-159. On doit citer dans cette perspective l'oeuvre de David Tracy et de Bernard Lonergan. Deux oeuvres de théologiens catholiques se réfèrent explicitement à A. N. Whitehead : Bernard M. Lee, The Becoming of the Church : A Process Theology of the Structure of Christian Experience, Paulist-Newman Press, 1975. 16 Dans la théologie protestante, l'influence ne se limite pas seulement à des exposés théologiques. Ils se font aussi en matière de philosophie des sciences surtout en matière d'évolution de psychologie, de philosophie des beaux-arts, de langage religieux et enfin en matière de problèmes sociaux politiques. 17 Cf. Alix PARMENTIER, "Actualité de Whitehead" Revue de Théologie et de Philosophie, 1969, IV, p. 225-234 et ID. "Whitehead et la découverte de l'existence de Dieu", Ibid. 1965, V, p. 307-317. |