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COSMOLOGIE ET THÉOLOGIE La philosophie de A. N. WHITEHEAD et la théologie nord-américaine du Procès Jean-Michel Maldamé op |
L'expression de doctrine de Dieu développée par la théologie du Procès doit être entendue avec discernement. En effet, le recours à la philosophie de Whitehead implique que l'on ne traite pas séparément de Dieu et du monde. Selon elle, parler de Dieu pour lui-même, serait en faire un sujet d'attribution et donc renouer avec l'ontologie substantialiste de l'âge classique. Si nous disions que pour l'ontologie du Procès, Dieu est le maître de l'histoire ou la source de l'harmonie universelle et de la paix qui adviendra à la fin des temps, ce ne serait pas faux ; mais ce serait donner à penser que la théologie du Procès a changé les attributs du théisme classique par d'autres attributs. Pour Whitehead, nous l'avons vu, Dieu n'est pas séparable du monde ; le procès du monde et le procès de Dieu sont liés. Si Dieu et le monde ne se confondent pas, ils sont inséparables. Dieu agit dans le monde et, corrélativement, le monde agit sur Dieu. Cette doctrine est maintenue par ses disciples. Les théologiens du Procès analysent les relations entre Dieu et le monde. Il faut voir là un élément qui provient de la théologie libérale dont la peur du dogmatisme ne signifie pas seulement la volonté de récuser toute adhésion non raisonnée, mais aussi le refus d'admettre que l'intelligence humaine puisse accéder à une vision de Dieu, séparée des conditions de l'expérience humaine. Pour l'essentiel, la théologie du Procès reprend la théologie de Whitehead. A partir de la réalité des divers procès et de leur sens, Dieu paraît à l'intelligence qui interroge le monde. Il y a là un processus d'abstraction extensive qui, s'il relève de la démarche spéculative, reste inséparable de l'expérience du monde. On ne peut réfléchir sur le monde sans nommer Dieu bien qu'il ne s'agisse pas de démontrer l'existence de Dieu par des preuves rigoureuses à la manière du théisme classique114. Cette théologie peut être analysée grâce à un ouvrage de John Cobb, God and the World115, dont l'argument est de montrer que l'on ne peut parler séparément de Dieu et du monde. L'alternative Dieu ou le monde est illusoire. Dieu est présent au monde. En premier lieu, John Cobb s'interroge sur le rapport de Dieu à l'espace. Il reconnaît que Dieu est esprit et qu'il n'est pas localisé parmi les autres corps physiques. Plutôt que dire que Dieu transcende nos catégories d'espace, il préfère dire qu'il est partout présent (I find it more intelligible to say that God is everywhere)116. Dieu est en lien avec tout ce qui est. L'espace de la physique newtonienne est récusé, il convient de parler du lieu comme d'un lien entre les entités diverses ou lus exactement d'un lien entre événements, parmi lesquels le rapport à Dieu est essentiel. Il en résulte que Dieu est en tout ce qui est et que tout ce qui existe est en Dieu. Le terme de panenthéisme a été forgé pour dire cette situation. Il exclut le théisme classique qui sépare radicalement Dieu et le monde de son être, et le panthéisme qui accorde que Dieu est partout comme si le monde en était une partie de son être. Le panenthéisme accorde que Dieu est partout présent et qu'il n'est pas le monde. Cette perspective est insuffisante pour dire le sens de cette expression si on s'en tient à son aspect statique. Dieu est principe et fin de ce qui est dans le dynamisme du déroulement du temps. Dieu est présent non pas à un monde d'objets définis, mais au processus de constitution des entités actuelles. En sa nature primordiale, Dieu donne des possibilités ; en sa nature conséquente, il participe à leur réalisation, en usant de persuasion et d'attrait. La finalité prime l'efficience. Elle est inscrite par Dieu dans l'être. Ainsi parler de Dieu et parler du monde, c'est nommer un même dynamisme. Il se voit dans l'ordre du monde, mais plus encore dans le progrès de la vie. Aussi, plutôt que de traiter des attributs de Dieu, il faut examiner ses fonctions. Celles-ci relèvent des catégories de l'action libre, définie par la possibilité de changer au cours d'un procès auto-constitutif et donc de produire du neuf et de parvenir à la joie. 114 J. COBB et D. GRIFFIN, op. cit., p. 42. |