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COSMOLOGIE ET THÉOLOGIE
La philosophie de A. N. WHITEHEAD
et la théologie nord-américaine du Procès

Jean-Michel Maldamé op

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III. Le Christ et le monde

La théologie des disciplines de Whitehead se veut explicitement chrétienne. Elle l'est par sa référence constante à Jésus-Christ, reconnu comme sauveur du monde. Son intention d'universalité et son ouverture sur tous les faits de la nature lui donnent l'occasion de construire une christologie nouvelle par rapport à la théologie européenne, puisque, dans le cadre d'une "théologie naturelle", les auteurs cherchent à voir comment la doctrine de Dieu, liée à la cosmologie, permet de mieux comprendre la foi traditionnelle en Jésus-Christ. Ainsi John Cobb procède-t-il d'une manière inverse de la méthode christologique européenne devenue classique chez W. Panneberg ou E. Schillebeeck. Il ne commence pas par un examen minutieux et critique de l'histoire de Jésus ; il ne porte pas non plus une attention privilégiée à la pensée des communautés chrétiennes primitives. La théologie du Procès cherche à rendre raison de Jésus-Christ en parlant de sa relation avec le monde et, tout particulièrement, à l'évolution de la culture et au devenir de la religion. Elle cherche à en rendre raison en manifestant ce que signifient les termes théologiques majeurs de la confession de foi traditionnelle.

Cette théologie ne privilégie donc pas le texte biblique ; ce point surprend. Whitehead ne faisait pas appel à l'Ecriture ; c'était normal dans la mesure où l'essentiel était pour lui de construire une cosmologie rendant compte de tout le champ de l'expérience ; l'expérience religieuse était un domaine parmi d'autres ; celle des chrétiens était située parmi d'autres et analysée de la même manière.

L'oeuvre de Hartshorne était plus systématiquement une philosophie de la religion ; de ce fait, elle s'interdisait toute considération biblique. Par contre, la surprise est grande de voir que la christologie du Procès ne prend pas son point de départ dans l'analyse des textes révélés, reconnus comme tels, mais dans l'histoire de la culture, considérée comme partie significative de l'histoire du monde et de son dynamisme.

La philosophie de Whitehead n'était pas une rupture avec la foi chrétienne. Au contraire142, Whitehead pensait que la venue de Jésus, sa vie et son message, ont marqué de manière définitive le cours du monde. Avant Jésus, le monde était soumis à l'usage de la force justifiée par l'image d'un Dieu souverain usant de la violence pour contraindre les hommes ou par celle d'un destin aveugle. Jésus a révélé que la puissance purement physique n'a que peu de valeur et que l'essentiel est constitué par l'amour, la tendresse, l'attention, l'ouverture aux autres et les respect. En disqualifiant la domination, Jésus a ouvert une nouveauté radicale. Il ne l'a pas fait par le seul discours, comme d'autres avant lui (Platon, en particulier), mais par sa vie. La parfaite coïncidence de ce qu'il dit et de ce qu'il fait donne à l'Evangile une portée universelle. De ce fait, Jésus n'est pas réductible à sa singularité humaine ; il dévoile quelque chose de Dieu. En ce sens, Jésus est le centre de l'histoire parce que révélation d'amour.

Les disciples de Whitehead reprennent cette perspective143 en manifestant la profondeur et l'ampleur de la vie de Jésusles mettent en oeuvre une recherche critique en matière d'évolution dogmatique, en restant toujours soucieux de l'existence concrète qui découle de la reconnaissance de Jésus-Christ. Ils inscrivent cette démarche dans une analyse des termes classiques de la théologie : le logos et le Christ.

144

142 A. N. WHITEHEAD, Adventures of Ideas, p. 87-109.

143 J. COBB, God and the World, p. 87-102 ; L. FORD, The Lure of God, p. 71-98.

144 J. COBB, Christ in a Pluralistic Age, p. 23-24.


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