page précédentesommairepage suivante

Domuni / Bibliothèque / Articles / Théologie
COSMOLOGIE ET THÉOLOGIE
La philosophie de A. N. WHITEHEAD
et la théologie nord-américaine du Procès

Jean-Michel Maldamé op

cliquerformat texte pour imprimer cette page

3. La question de l'être

La question du langage n'est pas une simple question de vocabulaire ou de délimitation du champ de validité des concepts. Elle pose la question de l'être. La philosophie de la connaissance de Whitehead est réaliste puisqu'elle s'écarte résolument de la coupure qui a eu lieu au début de l'essor de la science classique entre le phénomène et la réalité même. L'explication scientifique n'est pas seulement une description ; elle a valeur d'explication causale qui doit être reprise dans une métaphysique.

La reconnaissance de l'action de Dieu dans le monde en découle ; elle suit les deux voies de la causalité et de la participation qui se recoupent pour expliquer comment l'existant concret (l'entité actuelle) exerce l'acte d'être171.

La démarche de Whitehead renoue donc avec la grande question de l'analogie de l'être172.

Whitehead affirme la priorité de l'acte d'être dans le principe de créativité. Il use de la doctrine de la participation pour répondre à la question de l'un et du multiple. Malheureusement, il privilégie l'exigence d'unité au point de récuser celle de transcendance, puisque reconnaître une séparation serait briser la continuité. Il est soucieux de garder une représentation commune aux êtres de ce monde et à Dieu. Mais il refuse la pleine notion de causalité qui permet de remonter du monde à Dieu par une inférence rigoureuse.

Cette carence vient sans doute du fait que "l'intuition de l'être" (pour parler comme Jacques Maritain) de Whitehead est une intuition de l'acte d'être compris comme activité ou action. Cette réduction fait que, si Whitehead retrouve dans les êtres leur unité en référence à un principe et leur dynamisme comme l'effet de celle de Dieu, il ne se donne pas les moyens conceptuels de penser la différence. Tout est donc ramené à une causalité efficiente, et, par là, il est conduit à récuser toute distance qui serait une source d'aliénation. Les disciples de Whitehead, eux aussi non formés aux débats classiques de la théologie, ne portent pas leur attention sur ce point. Ils prolongent les intuitions de leur maître et font une théologie fort riche par son ampleur et par son actualité. Cette limite les empêche de fonder rigoureusement la transcendance du Dieu vivant. Les notions théologiques qu'ils emploient se trouvent privées d'une partie de leur force.

Ces quelques critiques montrent le point limite dans le dynamisme même de cette théologie dont nous voudrions dire, pour achever cette étude, la grande valeur.

171 Cf. Cornelio FABRO, Participation et causalité selon saint Thomas d'Aquin, Louvain, Publications universitaires de Louvain et Paris, éd. Béatrice-Nauwelaerts, 1961.

172 Bernard MONTAGNES, La doctrine de l'analogie de l'être d'après saint Thomas d'Aquin, Louvain, Publications universitaires de Louvain et Paris, éd. Béatrice-Nauwelaerts, 1963.


© Copyrights DOMUNI 2000 - tous droits réservés
www.domuni.org

page précédentesommairehaut de pagepage suivante