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COSMOLOGIE ET THÉOLOGIE
La philosophie de A. N. WHITEHEAD
et la théologie nord-américaine du Procès

Jean-Michel Maldamé op

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COSMOLOGIE ET THÉOLOGIE,

La philosophie de A. N. WHITEHEAD
et la théologie nord-américaine du Procès

Introduction

La théologie présentée dans la présente étude est encore peu connue en France, bien qu'elle soit ancienne. Aucun des ouvrages majeurs n'a encore été traduit en Français ; il n'y a eu que de rares articles dans des revues de langue française. La seule étude complète est celle du Professeur A. Gounelle qui lui a consacré un numéro spécial de la Revue de la Faculté de théologie de Montpellier 1.

Cette présentation cordiale donne au lecteur de langue française une vision globale de ce courant théologique en ses principaux éléments. Cette publication ne rend pas inutile une analyse faite du point de vue catholique puisque la théologie libérale et la théologie catholique ne suivent pas les mêmes chemins. Pourtant, la manière de procéder de cette école théologique offre un point de rencontre. Aussi, nous plaçons notre étude dans une perspective d'écoute bienveillante comme une contribution au dialogue oecuménique des confessions chrétiennes, attentif au mouvement de l'évolution théologique.

A considérer les conclusions mêmes de cette théologie, nous ne pouvons que mesurer les différences entre la théologie catholique et cette théologie. Le désaccord porte essentiellement sur la théologie trinitaire, puisque les rares affirmations se ramènent à un modalisme assez confus, et sur la doctrine que la création, puisque la notion même de création ex nihilo est récusée. Il serait vain de dresser la liste des thèses théologiques et, en constatant qu'elles s'écartent de la tradition chrétienne orthodoxe, de les rejeter. Par contre, il nous semble utile de percevoir les enjeux de cette manière de procéder en théologie.

Pour que notre étude soit bien située, nous rappelons que notre intérêt porte sur les problèmes du lien entre théologie et cosmologie, tant il nous paraît indispensable d'enraciner les affirmations théologiques dans la réalité telle que nous le percevons.

La force de la théologie de saint Thomas ne vient-elle pas de son dialogue avec la connaissance naturelle ? Les difficultés actuelles de transmission de la foi ne sont-elles pas augmentées par le fait que les représentations reçues dans la théologie qui sert de matrice à la catéchèse ne correspondent plus à ce que les sciences manifestent du réel ? Dans cet effort pour construire une théologie qui s'enrichisse de la connaissance de la nature et qui l'éclaire en lui dévoilant des perspectives nouvelles, nous avons trouvé dans la théologie faite à l'école de A. N. Whitehead une tentative intéressante. Ce qui nous semble le plus fécond, c'est la manière même de procéder.

Celle-ci devrait être entendue dans les débats actuels de la théologie catholique.

La manière et l'ampleur du propos de cette théologie américaine rejoignent certaines exigences auxquelles nous voulons faire droit à l'école de saint Thomas d'Aquin. Si les conclusions sont décevantes sur bien des points, elles nous indiquent leur propre dépassement. Nous y reviendrons dans le cadre d'une étude sur "christologie et cosmologie" dont les pages qui suivent ne sont qu'un moment critique.

Pour en montrer dès maintenant l'enjeu, nous devons préciser le sens du titre de cette étude.

Que signifie le terme de cosmologie ? A notre avis, quatre significations principales se rattachent à ce mot. Elles sont formellement différentes, mais il est important de voir comment ces divers sens s'accordent. 1. Le terme de cosmologie désigne un savoir scientifique qui rassemble les résultats et les méthodes théoriques et pratiques de l'astronomie, de l'astrophysique et des sciences de la Terre ; pour certains auteurs, le terme de cosmologie englobe également l'histoire de la vie. Ce domaine est rigoureusement construit selon l'ordre du savoir mathématisé qui caractérise la science occidentale. 2. Ce terme désigne aussi la réflexion impliquée dans le travail scientifique pour donner sens aux concepts fondamentaux : les notions d'espace et de temps, mais aussi d'énergie, de matière, de force, de structure et de forme. Il s'agit là des fondements de toute philosophie de la nature. 3. En troisième lieu, ce terme désigne un ensemble de représentations générales qui donnent du monde une vision unifiée, en utilisant des concepts non scientifiques qui valent par leur capacité d'exprimer des situations et des expériences diverses. Ces représentations excèdent le domaine strict de la rationalité scientifique ; elles développent une dimension symbolique, riche et diverse ; le langage religieux y participe pour sa part ; la science également. 4. Enfin, le terme de cosmologie désigne, dans le cadre de la foi monothéiste, l'explication théologique du monde en tant que création de Dieu.

Ces quatre sens du mot cosmologie ne sont pas étrangers les uns aux autres. C'est l'enjeu d'une philosophie que de clarifier leurs articulations respectives ; le mérite de l'oeuvre de A. N. Whitehead est de l'avoir fait avec originalité et profondeur. Pour la clarté de l'étude, nous en exposerons la démarche en deux moments : d'abord la physique, ensuite la métaphysique. Au terme de cette présentation, la critique de sa théologie nous permettra de situer cette philosophie et d'entrer dans la pensée de ses disciples.

1 André GOUNELLE, Le dynamisme créateur de Dieu, Essai sur la théologie du Process. Numéro hors série des Etudes théologiques et religieuses, Montpellier, 1981.

Cf. ID. "Dieu selon la «Process Theology»", p. 185-98 et Bernard REYMOND "Le Christ de la «Process Theology»", p. 361-374 ; Etudes théologiques et religieuses, 1980 (t. 55). Pour connaître de manière synthétique cette école de théologie, le lecteur possède l'étude de deux maîtres qui donnent une présentation globale de leur pensée : John B. COBB et David R. GRIFFIN, Process Theology, An Introductory Exposition, Philadelphia, The Wesminster Press, 1976.


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