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2ème partie : Que s'est-il passé ?
La sortie de la religion
A. Contradictions dans la négation de Dieu
1. Dieu absent : Stendhal et le problème du mal
Je remarque ici que les auteurs que j'ai choisis (des incroyants !) vont bien au-delà et bien plus profond que simplement nier Dieu à cause de l'existence du mal, comme le fait par exemple Glucksman dans son livre `la troisième mort de Dieu', qui n'a rien de nouveau. On connaît la boutade de Stendhal : « La seule excuse de Dieu, c'est qu'il n'existe pas ! »
C'est trop facile ! Tous les croyants depuis la Shoah, posent cette terrible question : « Comment dire Dieu après Auschwitz ? »
Il faut lire Elie Wiesel ou Etty Hillesum pour percevoir ce qu'entrevoient les victimes : Dieu est victime avec eux. Leur cri rejoint celui de Gethsémani : « Pourquoi m'as-tu abandonné ? »
Quand Malraux écrit, un bon nombre de théologiens se posent radicalement la question et forment le courant des « théologiens de la mort de Dieu ». Il essaient de rendre compte de la disparition de la notion de Dieu dans la culture occidentale moderne.
Essayons d'en rendre compte, et pour cela, revenons en arrière, et écoutons avec tout le sérieux qu'il mérite ce témoignage de Jean Paul Sartre. Nous pourrons ensuite l'analyser.
2. Dieu trop présent : Sartre et le Dieu voyeur
« Dieu me vit, je sentis Son regard à l'intérieur de ma tête et sur mes mains ; je tournoyais dans la salle de bain, horriblement visible, une cible vivante. L'indignation me sauva : je me mis en fureur contre une indiscrétion si grossière, je blasphémai, je murmurai comme mon grand-père : « Sacré nom de Dieu de nom de Dieu de nom de Dieu ». Il ne me regarda plus jamais. »
J.P. Sartre, « Les mots », Paris, Gallimard, 1963 p 83
Si la religion a disparu peu à peu, c'est qu'elle avait une place étouffante. Pour être lui-même, l'homme devait s'en affranchir. « Si Dieu existe, je ne suis pas libre » écrit Jean Paul Sartre...
C'est là une étape de cette psychanalyse religieuse collective que j'essaie de parcourir et dont les étapes se trouvent admirablement analysées dans « L'homme révolté », d'Albert Camus ou dans « Le drame de l'humanisme athée » de Henri de Lubac.
Je parle de psychanalyse et je peux poser la question de savoir comment et sur qui se fera le transfert. Je médite pour ma part cette phrase de l'Écriture : « ils regarderont celui qu'ils ont transpercé ».
Si Dieu a disparu, c'est qu'il est ailleurs que là où nous l'avons mis... « Il n'est plus là où vous l'avez mis » disent les anges aux femmes qui accourent au tombeau du crucifié !
B. Les artistes sur le divan
1. Malraux et l'art (anti destin)
Il est très significatif que Malraux ait écrit plusieurs tomes sur l'art dans son fameux « musée imaginaire de la peinture et de la sculpture mondiale ». Après « La métamorphose des dieux », où il s'agit de l'art de la foi, viennent « l'Irréel » puis « L'intemporel ». L'Irréel, c'est le moment où l'art religieux, qui jusque là était l'art de la foi, devient une recherche esthétique, où les sujets de la foi ne sont plus des mystères à évoquer mais des prétextes pour l'art lui-même. L'art est devenu sa propre fin. Botticelli ne peint plus des Madones, il peint ses maîtresses, même s'il leur met encore une auréole pour satisfaire les mécènes qui en ont fait commande. Au stade suivant, l'art s'affranchit totalement du religieux et devient comme sa propre religion, il s'agit pour l'homme d'une auto-affirmation.
Puisque notre titre reprend une phrase de Malraux, permettez-moi le détour par quelques autres citations. Cette conférence m'a procuré de plaisir de relire rapidement ces grands ouvrages. Je vous en livre quelques perles :
La métamorphose des dieux ce livre génial commence ainsi, je cite la première page :
« Que figurer les dieux ait été pendant des millénaires la raison d'être de l'art, on le savait. Distraitement. Mais la première civilisation agnostique, ressuscitant toutes les autres, ressuscite les uvres sacrées. »
La métamorphose des dieux t 2 : L'Irréel
P 27 « L'Irréel est un divin dé-divinisé »
P 23 « Les figures susciteront l'admiration plus que la communion -et quitteront les murs des églises. »
P 114 « Même dans une villa privée, le Printemps de Botticelli, rivalise avec son adoration des mages dans une église, parce qu'il appartient au monde jusqu'alors inconnu où des figures féminines cessent d'être des femmes sans devenir des saintes, cessent d'être des saintes, sans devenir des femmes. »
Tome 3 : L'intemporel
Avec l'intemporel, un stade nouveau est franchi. Il ne s'agit plus seulement de s'affranchir du monde religieux, il s'agit de s'affranchir du monde réel lui-même, ou plutôt d'accéder, par sa propre création à un nouveau réel, hors du monde habituel et hors du temps.
« L'artiste n'est pas le transcripteur du monde, il en est le rival »
p 10 « La communauté de l'art découvre ses héros en même temps qu'elle découvre ses martyrs ; ce qu'elle appelle désormais le bourgeois, qu'il s'agisse de l'épicier ou de Louis Philippe, c'est l'Infidèle. »
p 135 « Le fait nouveau est que l'art ne tienne plus son intemporalité des esprits, de Dieu, des morts, de la beauté, mais de la création artistique. Et que nous prenions conscience de cette intemporalité en même temps que de la nôtre ».
p 156 « Le drame de tous les grands peintres depuis Manet jusqu'à Picasso a commencé : tenir la peinture pour leur valeur suprême, l'une des valeurs suprêmes du monde -et ne pas savoir pourquoi ».
p 149 « Quant au monde, écrit Rimbaud, quand tu en sortiras, que sera-t-il devenu ? En tout cas rien des apparences actuelles »
« Proclamé ou secret, l'objet véritable du poème, c'est le feu. Il n'est pas le reflet d'un soleil invisible, mais l'uvre d'un pouvoir humain qui n'apparaît qu'en lui. Et qui se réfère au monde des poèmes, mais aussi à ce pouvoir dont ils sont nés. »
« je crois en l'éternité de l'homme parce que je crois à l'éternité des chef-d'uvres » (N.A. 113)
« L'art transforme le destin en liberté, c'est un anti-destin »
« Le plus grand mystère n'est pas que nous soyons jetés au hasard entre la profusion de la matière et celle des astres ; c'est que, dans cette prison, nous tirions de nous-mêmes des images assez puissantes pour nier notre néant » (N.A. 98)
p 414 dernière phrase : « Et l'homme s'apercevra que l'intemporel non plus, n'est pas éternel ».
Malraux doute. Son optimisme en face de l'art est tout relatif. « Les sculpteurs de l'Acropole et des cathédrales, le peintre de la Piéta de Villeneuve, Michel-Ange, Titien, Rembrandt, possédaient réellement un monde. Notre art, né d'une brisure de la conscience, tend-il à ne plus posséder que la peinture ? » « L'art ne délivre pas l'homme de n'être qu'un accident de l'Univers » (Voix du Silence 657)
« Sans doute un jour, devant les étendues arides ou reconquises par la forêt, nul ne devinera plus ce que l'homme avait imposé d'intelligence aux formes de la terre en dressant les pierres de Florence dans le grand balancement des oliviers toscans. Il ne restera plus rien de ces palais qui virent passer Michel-Ange exaspéré par Raphaël, ni de ces petits cafés de Paris, où Renoir s'asseyait avec Cézanne, Van Gogh avec Gauguin. L'éternel de la Solitude n'est pas moins vainqueur des rêves que des armées » (Voix du Silence, in fine)
On se trouve ici devant une question, que l'on pourrait interpréter comme une négation ou comme un athéisme, mais que je lis plutôt comme l'affirmation d'une transcendance qui ne cesse d'échapper à la saisie et dont on ne connaît pas le nom. N'y a-t-il pas là quelque chose qui est très proche de la foi d'Israël, en un Dieu dont il est interdit de prononcer le nom, et qu'il est interdit, parce qu'impossible, de représenter ?
Quand l'empereur Titus prend Jérusalem, il se précipite au Temple, dans le Saint des Saints, pour voir l'idole, et il ne rencontre rien. L'absence !
2. Le Malraux révolutionnaire
« Je suis asocial comme je suis athée et de la même façon » (les conquérants p 46)
« Aucune pensée divine, aucune récompense future, rien ne peut justifier la fin d'une existence humaine » (V.R. 168)
Il refuse farouchement la foi chrétienne :
« Certes, il est une foi plus haute ; celle que proposent toutes les croix des villages, et ces mêmes croix qui dominent nos morts. Elle est amour, et l'apaisement est en elle. Je ne l'accepterai jamais, je ne m'abaisserai pas à lui demander l'apaisement auquel ma faiblesse m'appelle » (La tentation de l'Occident p 217)
« Je combats seul et gagne ou perds. Je n'ai besoin de personne pour me rendre libre. Je ne veux pas que nul Jésus pense qu'il put jamais mourir pour moi. »
Parlant de l'un de ses héros, il écrit « Pour vivre, il fallait qu'il échappât au christianisme » (C.H. 77)
Mais en même temps, il doute de la révolution elle-même : « Je sais bien qu'ils deviendraient abjects dès que nous aurions triomphé ensemble » (Les conquérants, 150). Les opprimés deviennent oppresseurs ! Il ne suffit pas de changer les tenants du pouvoir, il faut changer la nature du pouvoir ! « A quoi sert la révolution, si elle ne doit pas rendre les hommes meilleurs ? » (Hernandez, dans L'Espoir).
C. Les révolutionnaires sur le divan
1. Camus et l'homme révolté
a. » Je me révolte donc nous sommes, et nous sommes seuls ! »
Je cite Camus : « Le révolté ne voulait, en principe, que conquérir son être propre et le maintenir à la face de Dieu. Mais il perd la mémoire de ses origines et, par la loi d'un impérialisme spirituel, le voici en marche pour l'empire du monde à travers des meurtres multipliés à l'infini. Il a chassé Dieu de son ciel, mais l'esprit de révolte métaphysique rejoignant alors franchement le mouvement de révolte révolutionnaire, la revendication irrationnelle de la liberté va prendre paradoxalement pour arme la raison, seul pouvoir de conquête qui lui semble purement humain. Dieu mort, restent les hommes, c'est à dire l'histoire qu'il faut comprendre et bâtir. Le nihilisme qui, au sein de la révolte, submerge alors la force de création, ajoute seulement qu'on peut la bâtir par tous les moyens. Aux cimes de l'irrationnel, l'homme, sur une terre qu'il sait désormais solitaire, va joindre les crimes de la raison en marche vers l'empire des hommes. Au `Je me révolte, donc nous sommes `, il ajoute, méditant de prodigieux desseins et la mort même de la révolte : `Et nous sommes seuls' ».
A. Camus L'homme révolté p 130
b. La révolte se retourne contre elle-même
« Paradoxe curieux, l'humanité, par les mêmes armes avec lesquelles elle avait rejeté la fatalité, s'est retaillé un destin hostile. Après avoir fait un dieu du règne humain, l'homme se retourne à nouveau contre ce dieu ».
Visant le bonheur de l'homme, on crée un enfer. Quelle surhumanité ?
Comment, sinon expliquer, du moins cerner, situer cette erreur fatale, cette mystification qui nous empêche d'accéder à la vérité de Dieu et qui va rendre nécessaire la Révélation ?
« ... les camps d'esclaves sous la bannière de la liberté, les massacres justifiés par l'amour de l'homme ou le goût de la surhumanité, désemparent, en un sens, le jugement. Le jour où le crime se pare des dépouilles de l'innocence, par un curieux renversement qui est propre à notre temps, c'est l'innocence qui est sommée de fournir ses justifications. L'ambition de cet essai serait d'accepter et d'examiner cet étrange défi ».
« Marx a seulement compris qu'une religion sans transcendance s'appelait proprement une politique » A. Camus id. p 235
Camus p 123
c. Restaurer le sacré par l'art ?
« Les surréalistes voulaient concilier le `transformer le monde' de Marx et le `changer la vie' de Rimbaud. Mais le premier mène à conquérir la totalité du monde et le second à conquérir la totalité de la vie. Finalement, les deux formules ont divisé le groupe. En choisissant Rimbaud, Breton a montré que le surréalisme n'était pas action, mais ascèse et expérience spirituelle. Il a remis au premier plan ce qui faisait l'originalité profonde de son mouvement, par quoi il est si précieux à une réflexion sur la révolte, la restauration du sacré et la conquête de l'unité. » Camus p 123
« La poésie est une conquête, et la seule possible, du `point suprême'. ` Un certain point de l'esprit d'où la vie et la mort, le réel et l'imaginaire, le passé et le futur... cessent d'être perçus contradictoirement'... C'est la recherche du sommet-abîme, familier aux mystiques. En vérité il s'agit d'un mysticisme sans Dieu qui apaise et illustre la soif d'absolu du révolté.... Il s'agit d'un mouvement religieux déçu » p 128
d. Une question métaphysique
Dans son dialogue avec Sartre et Jeanson qui lui reprochent son « anti-théisme passif », Camus s'écrie : « J'entends bien que vous déclarez Dieu inexistant, mais vous y mettez une telle insistance, vous lui adressez de si constants reproches et vous semblez si soucieux de n'en être pont la dupe, qu'on dirait à la fois que vous lui en voulez d'être mort et que vous redoutez en lui quelque diable vivant (Temps Modernes août 1952)
Camus ignore tout de l'expérience chrétienne, il le reconnaît : « Je ne pars pas du principe que la vérité chrétienne est illusoire : je n'y suis jamais entré, voilà tout ». « puisque l'ordre du monde est réglé par la mort, peut-être valait-il mieux pour Dieu qu'on ne croie pas en Lui et qu'on lutte de toutes ses forces contre la mort sans lever les yeux vers le ciel où Il se tait » (La Peste 147)
2. « Peut-on vivre et se maintenir dans la révolte ?
a. » L'homme est la seule créature qui refuse d'être ce qu'elle est » A. Camus H.R. p 22
Il ajoute : « La question est de savoir si ce refus ne peut l'amener qu'à la destruction des autres et de lui-même, si toute révolte doit s'achever en justification du meurtre universel, ou si, au contraire, sans prétention à une impossible innocence, elle peut découvrir le principe d'une culpabilité raisonnable »
« Ivan (Karamazov) laisse deviner sa réponse : on ne peut vivre dans la révolte qu'en la poussant jusqu'au bout. Qu'est-ce que l'extrémité de la révolte métaphysique ? La révolution métaphysique. Le maître de ce monde, après avoir été contesté dans sa légitimité, doit être renversé. L'homme doit occuper sa place. `Comme Dieu et l'immortalité n'existent pas, il est permis à l'homme nouveau de devenir Dieu'. Mais qu'est-ce qu'être Dieu ? Reconnaître justement que tout est permis ; refuser toute autre loi que la sienne propre... accepter le crime... Yvan acceptera le meurtre de son père avec l'indifférence des hommes-dieux... et il deviendra fou...
Yvan finalement ne sépare pas la création de son créateur. « Ce n'est pas Dieu que je repousse, c'est la création ». Autrement dit, c'est Dieu le père, inséparable de ce qu'il a créé... » Camus H.R. p 80
b. Les meurtres se multiplient
L'athéisme a ses idoles et ses sacrifices humains :
Marat le dit de façon brutale mais claire :
« On me conteste le titre de philanthrope. Ah quelle injustice ! Qui ne voit que je veux couper un petit nombre de têtes pour en sauver un grand nombre ? » Un petit nombre, une fraction ? Sans doute, et toute son action historique est à ce prix. Mais Marat, faisant ses derniers calculs, réclamait deux cent soixante treize mille têtes. Mais il compromettait l'aspect thérapeutique de l'opération en hurlant au massacre : « Marquez-les d'un fer chaud, coupez-leur les pouces, fendez-leur la langue. » Le philanthrope écrivait ainsi, dans le vocabulaire le plus monotone qui soit, jour et nuit, sur la nécessité de tuer pour créer. »
A. Camus ibid p 156
« Si l'homme veut se faire Dieu, il s'arroge le droit de vie ou de mort sur les autres. Fabricant de cadavres, et de sous-hommes, il est sous-homme lui-même et non pas Dieu, mais serviteur ignoble de la mort. »
A. Camus p 292.
D. Les autres, ni artistes ni révolutionnaires, « L'homme réduit à l'homme »
Avec Malraux, nous avons écouté les artistes. Avec Camus, les révolutionnaires... Ce sont des groupes minoritaires dans une société. Actifs et influents, certes, représentatifs aussi, mais très minoritaires. Quelle peut être l'attitude des « autres », celle de la grande majorité ?
Il me semble qu'elle peut être caractérisée par le culte du progrès et une sorte d'absolutisation de la raison.
1. la religion de la raison, le culte du « progrès »
La philosophie des Lumières fait passer d'un modèle socio-culturel où Dieu était omniprésent à un nouveau modèle où l'homme et la société se pensent à partir d'eux-mêmes. Dieu est écarté par méthode ! Depuis ce nouveau départ -je pense donc je suis - l'humanité va se construire et reconstruire le monde d'un même mouvement. Le progrès se suffit à lui-même comme fascination, mobilisation et finalité. Le monde et l'humanité sont remis aux mains de la Raison et de l'Etat.
2. « Le christianisme est la religion de la sortie de la religion ».
Nous pouvons nous demander : pourquoi est-ce dans la sphère de la culture chrétienne que s'est développé l'athéisme ? Pourquoi cela ne s'est-il pas produit ailleurs en de si importantes proportions ?
Le christianisme est la religion de la sortie de la religion !
La formule n'est pas de Marcel Gauchet mais de Feuerbach, à la suite de Hegel, l'un des maîtres à penser de K. Marx. C'est dans la sphère culturelle du christianisme que se développe l'athéisme, pas ailleurs.
En affirmant la transcendance de Dieu, le christianisme désacralise le monde, permet de sortir totalement de l'animisme et de mettre en uvre les sciences et les techniques.
En présentant Jésus crucifié, il présente un anti-messie, il libère l'homme des illusions du pouvoir et du merveilleux. Il renverse la fonction de l'homme-dieu. Le Maître se met aux pieds de ses disciples. Le plus grand est celui qui sert. Dieu est pauvre, comme le Christ qui en est l'expression parfaite, né sur la paille et mort sur la croix, remis aux mains des hommes, vulnérable et dépendant.
Mais si, une fois effectuée cette émergence de l'homme hors des conditionnements primitifs, on refuse la relation au Créateur, au Père, alors l'homme se retrouve seul. Il n'entretient plus de relation au principe même de son existence. Il n'y a plus de transcendance pour établir l'égalité entre les frères. L'homme ne communique plus non plus avec son semblable, perçu à son tour comme une limite et un rival. L'individu se met au centre et ce qui était jadis un peuple se désagrège en une multitude d'égoïstes, petits dieux minables et violents.
3. Une saine perception de l'histoire et de l'évolution
Alors que l'univers indo-européen se situe dans la perspective d'un éternel retour, le judéo-christianisme est le seul mouvement de pensée où l'histoire est perçue comme linéaire et irréversible. Les temps sont aimantés par une espérance : la réalisation de la promesse, dans l'accomplissement de l'Alliance.
Mais toute hérésie tire sa force de la part de vérité qu'elle a réussi à dérober (cf Contre les hérésies, de Irénée de Lyon). Les adorateurs du « mouvement de l'histoire », qu'ils soient marxistes, nazis ou libéraux, gardent cet optimisme sans la foi.
La force de cette perception, lorsqu'elle n'est plus fondée sur rien, s'effondre rapidement sur elle-même, produisant une réduction aux conséquences catastrophiques.
Il faudrait relire Teilhard de Chardin dont les intuitions géniales s'alimentent dans la foi biblique, en plein accord avec les perspectives des Pères de l'Église.
   
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