Previous PageTable Of ContentsNext Page

sommaire Cours Anciens ] [ sommaire Bibliothèque ]

- Cours anciens -
Cours de Science des religions : l'Islam --- Auteur : Fr. Jacques Jomier op


La naissance de l’Islam

Historiquement, l’Islam est né dans les déserts d’Arabie, à la Mekke. Cette ville se trouve à moins de cent kilomètres de la mer Rouge, à mi-chemin entre l’Océan Indien et la mer Méditerranée. C’était une ville de commerce par laquelle les caravanes faisaient transiter les marchandises de l’Inde, venues par l’Océan Indien jusqu’à Aden, et destinées à être vendues en Occident. C’était également une ville de pèlerinage avec un petit temple, la Kaaba (de forme cubique ou presque, d’où son nom) et d’immenses rassemblements annuels de pélerins pour un fameux « pardon » comme on dirait en Bretagne. L’Islam rattache à Abraham la création de la Kaaba et tout le cycle des observances qui s’y pratiquaient.

Il est probable qu’à la Mekke même une communauté de chrétiens marginaux – dont parlent les documents musulmans et dont plusieurs proches parents de Mohammad faisaient partie – a joué un rôle décisif dans la préparation de l’Islam.

Le fondateur de l’Islam se nommait Mohammad, fils de Abdallah. Ce nom est devenu « Mahomet » en français. Mais aujourd’hui on préfère de plus en plus garder le mot arabe, Mohammad – et l’on évite absolument d’appeler les musulmans des « Mahométans » : ils refusent en effet d’être appelés d’après le nom d’un homme, même lorsqu’il s’agit pour eux du plus grand des prophètes.

Né en 570, orphelin de père, puis de mère, ayant perdu son grand-père lorsqu’il avait huit ans, Mohammad fut élevé à la Mekke par son oncle Abu Tâleb.

Marié à Khadîja, riche veuve plus âgée que lui, et dont il était l’homme d’affaire, il eut vers 610 une vision, « un rêve dans le sommeil » disent les documents, repris ensuite à l’état de veille. Un Ange l’appelait « Envoyé de Dieu » et le chargeait de répéter un texte sacré. Il faisait à ce moment retraite dans une caverne du désert, aux environs de la Mekke. Troublé, inquiet, il se réfugia auprès de sa femme Khadîja, qui l’encouragea. Consulté, un cousin germain de Khadîja, un chrétien, affirma qu’il s’agissait de l’Ange de la Loi, apparu jadis à Moïse : Mohammad était ainsi le Prophète attendu.

Pendant trois ans, rien ne se produisit plus.

C’est en 612 que tout reprit ; et, pendant vingt ans – jusqu’à sa mort en 632 – Mohammad proclama des textes qu’il affirmait venir du ciel, et lui avoir été révélés. Ces textes ont été rassemblés dans le livre qu’on appelle en arabe al-Qor’an, le Coran, c’est à dire « le Livre des Lectures » – au sens de « lectures liturgiques ».

On doit distinguer deux périodes durant ces vingt ans de ministère (612 – 632). La première se passe à la Mekke, avec un certain nombre de conversions. Brimée, la première communauté est trop faible pour contre-attaquer :  elle se tait et supporte. Soixante-dix néophytes sont envoyés en Abyssinie vers 616 pour fuir les persécutions. Mohammad reste au Hedjaz. En 619, il perd son oncle Abu Tâleb et sa femme Khadîja qui tous deux le protégeaient – socialement et moralement. Il cherche ailleurs des appuis.

Finalement, en 622, la communauté – qui pouvait se monter à deux cents fidèles – émigre à Médine, oasis de cultures, située à plus de 400 km au nord de la Mekke. C’est la rupture, la déclaration de guerre. Les Arabes païens – qui formaient la moitié de la population de l’oasis – se rallient à l’Islam, se convertissant malgré les réticences d’une minorité, que l’on appelle « les hypocrites ». Désormais, l’Islam forme un Etat – sur la nature duquel les spécialistes ne sont pas d’accord. « Théocratie » dit-on souvent, tout au moins pour la période qui va jusqu’à la mort de Mohammad ; mais les musulmans refusent ce mot. En fait, Mohammad se présente comme un nouveau Moïse (cf. Coran 73, 15). Tel un prophète tout puissant lorsqu’il parle au nom de Dieu, il dirige tout ; parfois, il consulte les siens. Des textes coraniques apparaissent pour régler des questions d’actualité : guerres, mariages, héritages, contrats, et même des questions de harem (innocence de Aïcha, la plus jeune femme du Prophète, accusée d’adultère, par ex.) ou de politesse dans les rapports avec Mohammad, font l’objet de textes coraniques.

Des guerres opposent les musulmans aux païens de la Mekke. D’abord vainqueurs à Badr (624), ils eurent à subir des revers, puis la situation se redressa ; et, finalement, ils obtiennent une trêve (628) : moralement, ils avaient gagné la partie.

En 630, ils rentrent à la Mekke ; Mohammad pardonne à ses concitoyens. Les païens de la Mekke et de l’Arabie se rallient en masse, tandis que les trois tribus juives de l’oasis de Médine sont éliminées l’une après l’autre (624, 625, 627) ; la dernière tribu qui – après avoir vu ce qui était arrivé aux autres – essaya de résister fut écrasée : les hommes, au nombre de 600 ou de 900, furent massacrés ; les femmes et les enfants vendus en esclavage… Les musulmans sont souvent grands seigneurs après la victoire : ils sont pour la paix – mais la paix des forts, celle qui s’impose ; lorsqu’on leur résiste, ils peuvent être très durs.

A la mort de Mohammad, l’Arabie – qui s’était soumise – se révolta pour reprendre son indépendance. Le successeur de Mohammad, le premier calife Abu Bakr (632 – 634) dirigea la répression qui ne fut pas facile. L’Islam demeurera le vainqueur. Il était à pied d’œuvre pour la conquête d’un immense empire – aux dépens d’abord des Perses et de Byzance, sortis exsangues d’un demi-siècle de guerres farouches qui les avaient mis aux prises.

Il serait trop long de suivre l’expansion de l’Islam à travers l’histoire. Une série de guerres aida cette expansion, même si la pénétration pacifique alterna avec les conquêtes militaires. Cent ans après la mort de Mohammad, l’Afrique au nord du Sahara, l’Espagne, la Syrie, l’Egypte, la Perse, l’actuel Turkestan russe, l’entrée de la Chine étaient conquis. Vers l’an mille, l’Islam commence à conquérir l’Inde, et – à l’autre bout de la terre – pénètre au sud du Sahara. La Malaysie, Sumatra, puis l’Indonésie, sont touchées à partir des 13ème -15ème siècles. Istanbul, largement débordée, tombe en 1453 : les Balkans et une partie de l’Europe sont occupés par les Turcs qui restent près d’un siècle dans une province de Pologne et mettent deux fois en vain le siège devant Vienne, en Autriche (1529, 1683). L’Europe, aussi bien en Espagne qu’en Pologne et dans les Balkans, reconquerra les territoires perdus.

L’expansion musulmane continue jusqu’à maintenant. A l’entrée du troisième millénaire, le nombre des fidèles dépasse le milliard sur une terre qui, en octobre 1999, aurait atteint six milliards d’habitants. Un homme sur cinq ou six appartient à l’Islam.


© Copyrights DOMUNI 1999 - tous droits réservés
www.domuni.org

Previous PageTable Of ContentsTop Of PageNext Page