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Cours de Science des religions : l'Islam --- Auteur : Fr. Jacques Jomier op


1 - Le dogme

Le dogme musulman s’exprime dans un certain nombre de formules coraniques. La plus simple est la profession de foi en Dieu Un et en Mohammad, l’Envoyé de Dieu.

Un verset du Coran plus complet distingue cinq points du dogme, auquel on a coutume d’ajouter un sixième :

1. Foi en Dieu Unique et Tout-Puissant.

2. Foi dans les Anges, spécialement Gabriel, l’Ange de la révélation, les anges gardiens, les anges qui veillent sur le ciel et l’enfer, etc…

3. Foi dans les Livres Sacrés révélés aux hommes de la part de Dieu par les Envoyés de Dieu. Le musulman croit ainsi à la Torah, aux Psaumes, à l’Evangile, et au Coran. En pratique, seule la foi au Coran a de l’importance – car il affirme que les autres livres ont été manipulés, et ne sont pas sûrs. Seul le Coran est sûr : il suffit au musulman. Une telle position rejetant pratiquement nos Ecritures a marqué d’un poids très lourd les relations islamo-chrétiennes.

4. Foi dans l’envoi par Dieu de prophètes. Ces envoyés apportent aux hommes des messages, les plus grands apportent des livres révélés. Jusqu’ici, la théorie de la révélation affirme que les livres ont été transmis intégralement du ciel, le prophète n’ayant aucun rôle à jouer dans sa rédaction. Ces prophètes-envoyés se distinguent des simples prophètes inspirés ou Nabis, qui, eux, sont très nombreux (124 000 d’après une tradition). L’Islam reconnaît comme prophètes-envoyés les grands noms de la Bible : Adam, Noé, Abraham, Isaac, Ismaël, Jacob, Joseph, Moïse, David, Salomon, Jésus, etc… mais ils ont un visage musulman, étant au service de l’Islam qu’ils annoncent et préfigurent. Jésus dans le Coran a fort peu de traits qui correspondent à ceux de nos évangiles : c’est un tout autre personnage, mobilisé au service de l’Islam. L’Islam a besoin de lui pour lui faire prédire la future venue de Mohammad. En revanche, des prophètes comme Isaïe, Jérémie, Ezéchiel sont quasiment inconnus de l’Islam. L’Islam insiste beaucoup sur la prophétie et les prophètes en vue d’exalter Mohammad, présenté comme prédit par les autres prophètes. En fait, c’est Mohammad qui est au centre de l’histoire, c’est lui qui est au centre du Coran. C’est sa personne qui domine tout dans l’Islam. Aussi ne s’étonnera-t-on pas de voir avec quelle ferveur et quelle dévotion les musulmans pensent à lui, le louent et l’aiment. La fête de sa naissance, au cours du 3ème mois de l’année (le 12 Rabi’ al-Awwel) est une des plus populaires du cycle liturgique.

5. Les fins dernières. Jugement, ciel et enfer. Le ciel est représenté comme le paradis qu’une secte, celle des millénaristes, annonçait durant les premiers siècles de l’histoire de l’Eglise. Ce bonheur était caractérisé par des plaisirs sensuels avec des houris, ces beautés dont jouiront les élus, etc… dans un cadre vertueux d’épicurisme dévot. Certains textes musulmans médiévaux sur le paradis sont d’une crudité insupportable aujourd’hui, avec des vierges déflorées dont la virginité est sans cesse recréée, etc… Il est certain que la sexualité est envisagée dans l’Islam sous un angle très différent de l’angle chrétien : il est bon de ne pas l’oublier. Une étude sur ce sujet a été faite par un musulman tunisien, il y a quelques années. Cependant n’oublions pas non plus que, pour une minorité de musulmans plus spirituels, la description des joies du paradis est avant tout le symbole d’autres joies indicibles ; et, pour tous les théologiens, les descriptions des réalités de l’au-delà ne peuvent être qu’imparfaites, approximatives. Il est aussi certain que le sommet du bonheur au paradis est d’être satisfait de Dieu tout en étant l’objet des satisfactions divines.

« O toi, âme en paix,

Reviens vers ton Seigneur,

Satisfaite de Lui et Lui de toi.

Entre au milieu de mes serviteurs ; entre dans mon paradis. »

(Coran 89, 27-30)

Quant à l’enfer, il est décrit avec des images classiques de l’apocalyptique judéo-chrétienne : feu, fumée, démons, tourments, etc… Ciel et enfer sont éternels ; mais un musulman qui a au cœur un atome de foi ne restera pas éternellement dans l’enfer. Le seul vrai péché mortel est de n’être pas musulman. Cependant les théologiens admettent des circonstances atténuantes pour les non-musulmans qui sont de bonne foi ; Dieu ne les condamnera pas forcément : l’affaire est remise à sa miséricorde. Mais une masse de musulmans fondamentalistes ou d’esprit plus étroit n’ont pas cette largeur de vues.

6. La foi dans le décret de Dieu pour le doux et pour l’amer. Il s’agit d’admettre de bon cœur le sort que Dieu a décidé pour chacun. Cette attitude est cultivée par l’éducation, enseignant à chacun à être satisfait de ce qui lui arrive. Les modernes, malgré tout, rappellent à l’homme le devoir qui lui incombe d’agir, et ils s’opposent au fatalisme dans la mesure où s’ouvrent des perspectives d’action. Mais pour tout ce qui nous arrive et ne dépend pas de notre volonté, la règle est d’y voir le décret de Dieu, de se soumettre, et d’adorer.

Ce dogme, extrêmement simple, est redit sans cesse au musulman – d’abord par les récitations continuelles du Coran, qui ont lieu à toute occasion et auxquelles souvent les obligations sociales font un devoir d’assister, ensuite par des formules utilisées dans la vie courante. Enfin, les grandes obligations religieuses qui incombent personnellement au musulman sont l’expression de cette foi. Il n’y a pas d’hiatus entre le dogme et la vie. Le dogme de la toute-puissance de Dieu, créateur et maître de l’Univers, est à la base de toute prière : la profonde unité qui existe entre le dogme et la prière est certainement un facteur de force pour l’Islam.


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