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Cours de théologie morale : la Charité --- Auteur : P. Michel LABOURDETTE op
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Pour exprimer l'idée d'aimer, les Hébreux n'avaient que le verbe 'aheb et le substantif dérivé 'ahabab (Prat, DS 508). Bien entendu, une étude de la charité dans l'A.T. devrait prendre les choses avec beaucoup plus de largeur et considérer, en particulier, les mots dont nous avons parlé à propos du vocabulaire de la grâce (cf. volume sur la Grâce p. 4-14). Nous nous entendons ici aux mots qui expriment précisément l'idée d'amour, laissant de côté les idées voisines de bienveillance, faveur, etc 1. Beaucoup plus riche, le grec présentait quatre termes : philein, stergein, eran, agapan. Stergein, spécialisé à l'amour des parents pour les enfants, ne paraît pas dans la Bible grecque. Eran, aimer passionnément, désirer avoir , était trop compromis dans l'idée de l'amour charnel (seule conservée dans les dérivations françaises : érotisme). Platon l'avait élevé à des significations plus pures, en développant la dialectique de l'amour. Les Septante l'ont utilisé quelquefois pour désigner l'amour passionné de la Sagesse (Prov. 4, 6 ; Sap. 8, 2). Le N.T. ne l'emploie pas. Le P. Festugière écrit (La Sainteté, p. 92) : Quand il s'agit de l'eros pour une personne, le sens physique est presque nécessairement inclus. De là vient qu'on n'a pour ainsi dire pas d'exemples où il soit parlé de l'eros d'un père ou d'une mère pour ses enfants, d'un frère pour ses frères et surs : l'idée d'inceste viendrait immédiatement à l'esprit. Et dans L'Enfant d'Agrigente (p. 124-125) : Sans doute, bien qu'il désigne premièrement l'amour physique, eros est-il susceptible d'une connotation plus spirituelle. Euripide célèbre l'eros de la sagesse, l'eros d'une âme juste, maîtresse d'elle-même et bonne. Et l'on sait du reste combien, chez Platon, le mot se charge de spiritualité. On peut donc, à la rigueur, parler de l'eros de Dieu en un sens chrétien. Mais, si l'on veut parler de la charité fraternelle, eros tôn adelphôn n'est plus possible. Invinciblement, à une oreille grecque ou hellénisée, l'expression suggérerait la réalité fâcheuse. Cette originelle dualité fait au contraire le propre de l'agapè chrétienne. Restent les deux verbes agapan et philein, dont les nuances sont instructives. philein, c'est l'affection vive, le sentiment profond [3] d'attachement ; agapan met en avant l'idée de choix, d'élection libre, d'amour qui donne plus qu'il ne s'éprouve. Pour exhorter à aimer un ennemi, on ne dira pas philein, car, même si le sentiment d'affection vient, il n'est pas premier ; on dira agapan, parce que c'est avant tout une volonté, un choix. 2. Le substantif agapè n'est pas primitif. C'est presque une création chrétienne. Les rares exemples - trois en tout - qu'on avait cru en découvrir dans le grec profane ne se sont pas confirmés (Allo, I aux Co., p. 206). Au sens religieux, il se trouve chez Philon. Un sens religieux de ce mot chez les païens est jusqu'ici indémontré et reste plus que douteux (Allo, ibid.). Les Septante l'avaient employé, même pour exprimer l'amour profane. Mais, dans le Nouveau Testament, le mot triomphe, avec un sens désormais précisé qui en fera un terme propre et quasi technique de la langue chrétienne. On ne peut pas dire aussi absolument que pour charis qu'il doit cette faveur à S. Paul, mais peu s'en faut : sur 117 fois qu'on le trouve dans le N.T., c'est 75 fois chez S. Paul, contre 25 fois chez S. Jean (dont 18 dans 1 Jn) |