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L'Âge patristique
quelques problèmes posés au sujet de la charité
Dans le Dictionnaire de Spiritualité, article Charité , vous trouverez un long exposé - col. 523-569 - de M. FARGES et du P. VILLER, S.J. sur la charité dans la littérature patristique.
Il n'y a pas à cette période, de traités proprement dits. L'enseignement des Pères est occasionnel, scripturaire et pratique . Cela vaut surtout pour la doctrine morale. Les commentaires collent au texte biblique, en l'amplifiant et le glosant.
Il y a cependant eu, au sujet de la charité, quelques problèmes, par exemple celui de ses rapports avec la gnose. Et il y a eu des expressions ou des points de vue qui nous font problème. Je me contente de signaler ces quelques points, parce qu'ils préparent notre élaboration théologique.
Quant aux documents magistériels, nous les lirons après avoir étudié saint Thomas, parce qu'ils sont tardifs et supposent une théologie développée.
[10] 1. Le premier point qui fasse problème, à Alexandrie surtout, est celui des rapports entre la charité et la gnose. La charité, atteignant sa perfection dans la totale pureté de cur ou apathia paraît être considérée comme une disposition à la contemplation ou gnose parfaite. N'est-ce donc pas en celle-ci que culmine la vie chrétienne ? Cette connaissance supérieure dépasse-t-elle la charité ?
Je ne dis pas quea telle ait été la pensée d'un Clément d'Alexandrie et de tous ceux qui se rattachent plus ou moins à son influence. Il y a bien des raisons de penser le contraire. Mais les formulations sont embarrassées. Le vocabulaire platonicien pèse lourdement sur elles et, à travers elles, pèsera sur certains courants, en particulier à propos du don de la sagesse.
2. C'est, en second lieu, la question posée en peu partout, du motif de la charité et de sa pureté profonde. On y répond, comme pour la crainte, par la distinction entre un amour mercenaire, axé sur la récompense, et un amour chaste attaché à Dieu lui-même. Mais quel est le rapport de cet amour chaste avec la récompense et, par conséquence, avec l'espérance ? Ne faut-il pas aller jusqu'au sacrifice de la récompense, suivant l'exemple de S. Paul : j'aurai voulu être anathème moi-même pour sauver mes frères ?
3. Notons, en troisième lieu, que la grande distinction augustinienne entre le frui, réservé à Dieu seul, et l'uti, seule attitude valable par rapport à tout ce qui est créé, contribue à orienter les idées, dans les courants les plus littéralement augustiniens, vers une conception quelque peu hédoniste de la charité et de la grâce. Elle apparaît liée à la delectio victrix (dont, l'an dernier, je vous expliquais la place dans la doctrine janséniste).
4. La charité, chez les Pères grecs, reste toujours l'agapè. Il y a pourtant chez quelques-uns, une tendance à réhabiliter l'érôs. Elle atteint son sommet chez le Pseudo-Denys. Voyez Noms divins, chap. IV, n° 11 et suivants, en particulier n° 12 (trad. Gandillac, p. 104 s.).
Certains de nos saints Docteurs ont pensé que le mot érôs était plus divin que celui d'agapè ; ainsi le divin Ignace écrivant : mon érôs a été crucifié
Plusieurs auteurs, à partir d'Origène, ont compris : l'objet de mon érôs, Jésus, a été crucifié. Le P. Camelot pense que c'est un contresens et que, d'après le contexte de S. Ignace, il faut comprendre : mon érôs a été crucifié, comme l'est le vieil homme, afin que triomphe l'agapè. (Cf. Ignace d'Antioche, trad. Camelot, SC 10, p. 103-104)
Mais le plus intéressant, c'est que Denys attribue l'érôs à Dieu lui-même vis-à-vis de ses créatures. Le caractère de cet érôs est d'être extatique : il tire violemment de soi, il fait être hors de soi, en l'autre. Il lui est essentiel d'être violent, déchirant.
Ces formulations auront leur importance pour le Moyen Âge.
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