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Cours de théologie morale : la Charité --- Auteur : P. Michel LABOURDETTE op
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Dans la Ia-IIae, q. 26, a. 3, S. Thomas définit et différencie quatre termes qui appartiennent au vocabulaire de l'amour et que nous emploierons constamment : amor, dilectio, caritas, amicitia. AMOR est le mot le plus commun, désignant la notion la plus simple et la plus large, celle qui embrasse toutes les autres : la première détermination d'un appétit au bien, que celui-ci soit présent ou absent, ardu ou facile, possédé de façon précaire ou impérissablement, ou au contraire éloigné et perdu. Toutes les nuances affectives se déploieront à partir de lui, mais toutes le supposent et lui-même n'en suppose aucune. Nous en avons suffisamment parlé depuis le début du traité de l'espérance pour n'avoir pas à y insister. DILECTIO ne saurait désigner qu'une certaine sorte d'amour. Il ne peut convenir ni à l'amour naturel des êtres non connaissants ni, au plan de l'appétit élicite, à l'amour passion, activité de l'appétit sensible. Il inclut l'idée d'élection, de choix ; et cela le réserve au seul appétit volontaire. Mais aussi désignera-t-il cet amour moins par ce qu'il a d'analogiquement commun avec les autres que par ce qui le différencie : il est consciemment voulu et exercé, approuvé plus encore qu'éprouvé et pâti ; ou du moins, s'il est aussi fortement éprouvé, dilection le désigne par l'aspect où il est voulu et choisi. CHARITÉ, à le prendre en son sens le plus large et encore pré-chrétien, ajoute à amour et à dilection cette idée que la personne aimée est appréciée à un grand prix, elle est chère . AMITIÉ se distingue des trois termes précédents d'abord en ce qu'il exprime directement non pas précisément un acte, mais un état, une certaine situation affective stable. Une amitié n'est pas constituée par un acte ou quelques actes ; elle veut durer, elle fait un lien permanent. Qu'on soit amis, c'est une réalité habituelle (quasi-habitus, dit S. Thomas) ; elle comporte des actes, des affections caractéristiques, mais on ne peut pas la définir simplement au plan de l'acte, il y faut le contexte de cet état. Par ailleurs, tout le monde conçoit que l'amitié n'est pas le fait d'un seul : je peux aimer quelqu'un qui ne m'aime pas ou ne me connaît pas, il n'est pas mon ami ; et l'affection que j'ai pour lui, si grande soit-elle, n'est pas ce qu'on appelle une amitié. Bien plus, s'il m'aime uniquement parce que je lui suis utile ou agréable, c'est-à-dire comme remplaçable dans cet office et non parce que c'est moi et donc pour moi, j'ai beau l'aimer pour lui-même, il [22] n'est toujours pas mon ami : il n'y aura amitié que s'il y a bienveillance réciproque. Dans le texte de la Somme où il utilisera cette notion pour définir la charité, S. Thomas assigne à l'amitié trois éléments, tous empruntés à Aristote, mais systématisés par lui : l'amitié 1/ est un amour de bienveillance, par opposition à l'amour de convoitise ; 2/ implique la réciprocité ; 3/ est fondée sur une certaine communcatio . Tout cela demande explication. En commentant l'article 1 nous en ferons l'application à la charité ; mais il est bon d'avoir analysé d'abord l'amitié en sa notion commune et en sa portée la plus grande. |