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Cours de théologie morale : la Charité --- Auteur : P. Michel LABOURDETTE op
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Ce que nous savons déjà de l'amour en général nous permet de comprendre aisément les deux premières notes, du moins en leur portée commune ; l'étude de la troisième nous conduira à revenir sur elles pour les mieux approprier au cas de l'amitié véritable, mais il faut partir de ce qui nous est connu. 1. Nous dirons que bienveillance peut désigner simplement un sentiment assez superficiel, qu'exprimerait assez bien notre mot sympathie ; après Aristote, S. Thomas en prendra pour exemple la préférence spontanée qui nous fait, quand nous assistons à une compétition, souhaiter la victoire de l'un des concurrents, le plaindre s'il échoue, etc Il n'est pas exclu que cela n'engage un amour plus profond, mais ce sera généralement très superficiel ; nous ne connaissons ni l'un ni l'autre, mais celui qui nous plaît : pourquoi ? il est plus gentil ou il paraît plus faible, il nous rappelle quelqu'un, etc Deux heures après nous n'y pensons plus mais, sur le moment, nous épousons sa cause, peut-être avec passion. Portons au contraire bienveillance au sens fort, en y mettant une véritable détermination affective, un amour qui, au plan spirituel, sera une dilection : nous désignons alors cet amour de bienveillance que nous avons si souvent, sous le nom d'amour d'amitié, opposé à l'amour de convoitise. Vous vous rappelez la donnée centrale : aimer de convoitise, c'est aimer comme une chose qui fera le bien du sujet auquel on la préfère ; aimer d'amitié ou de bienveillance, c'est au contraire aimer comme un sujet subsistant, comme une personne, à qui on réfère le bien voulu. Ces deux aspects se retrouvent en n'importe quel amour, amour de soi ou amour d'autrui, puisque aimer c'est toujours vouloir du bien à quelqu'un (Ia, 20, 1 ad 3m ; Ia-IIae, 26, 4) mais, comme le terme le plus important est la personne aimée, c'est aussi d'après elle qu'on distinguera deux sortes d'amour, désignant cette fois le sujet bénéficiaire (cui) : amour de soi ou amour de convoitise et amour d'autrui ou amour de bienveillance (amitié). Aimer autrui pour mon intérêt ou mon plaisir, c'est encore l'aimer comme une chose que je réfère à moi, mon plaisir, c'est encore l'aimer comme une chose que je réfère à moi, c'est l'aimer de convoitise ; on dit aujourd'hui amour captatif . L'aimer pour son bien à lui, c'est l'aimer comme une personne, de bienveillance : on dit aussi amour oblatif . 2. Quand nous parlons d'amour de bienveillance pour définir l'amitié, il s'agit de l'amour d'une autre personne pour elle-même. L'amitié impliquera en second lieu que cette personne nous aime de la même façon. Il ne suffit pas qu'elle apprécie nos services ou [23] agrée notre conversation, il faut qu'elle nous rende une affection du même type, il faut une redamatio . Il n'y a pas d'amitié sans réciprocité. Et voilà pourquoi il n'y a pas, à proprement parler, d'amitié pour soi-même. Nous aurons à préciser cela en étudiant la troisième note. Disons pour l'instant qu'on a pour soi de l'amour, non de l'amitié. On s'aime soi-même comme une personne (et, en ce sens, d'amour d'amitié), on s'aime aussi de façon stable, mais on n'est pas son propre ami, à moins de faire violence aux termes. L'ami, c'est toujours un autre et un autre qui m'aime aussi. Qu'il m'ait aimé le premier ou que j'aie eu l'initiative, peu importe ; l'amitié n'a commencé qu'avec la réciprocité. |