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Cours de théologie morale : la Charité --- Auteur : P. Michel LABOURDETTE op
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Annotation Si l'opinion de Pierre Lombard, sous couleur d'exalter la charité, d'en faire ressortir l'excellence, aboutit au contraire à la ravaler, c'est qu'en fin de compte elle nous en exclut, elle rend impossible que cet amour soit bien le nôtre. Que Dieu soit charité et qu'il s'aime lui-même, c'est bien sûr, mais il n'a pas besoin de nous, il n'a pas besoin d'être en nous, pour cela s'il nous élève à cet amour, s'il nous y associe, c'est bien pour que cet amour soit le nôtre, pour que nous l'exercions. 1. Or un amour ne peut être exercé que volontairement, il ne peut que procéder vitalement de celui qui aime. Pour que j'aime Dieu il faut bien que j'en fasse l'acte ; si c'est un autre qui le fait en moi ce n'est pas moi qui aime, mais lui. L'acte de charité ne sera mon acte que s'il procède de ma volonté. Mais il ne peut en procéder que comme un acte de volonté, i.e. comme d'un principe intérieur vivant et libre, qui en est la cause efficiente prochaine. Il n'y a de volontaire qu'à ce prix ; sans cela il n'y a pas d'amour. Dieu peut activer ma volonté immédiatement avant toute initiative de ma part, avant toute délibération, par manière de motion opérante ; mais c'est en la mettant en acte d'un amour qui est sien, qui sort d'elle comme de sa cause efficiente, et qui est même formellement libre, si l'objet que l'intelligence lui présente n'est pas nécessitant, comme par exemple Dieu vu face à face. 2. Mais quand il s'agit d'un acte surnaturel et donc de la charité, la volonté n'en est pas, ne peut pas en être, par sa seule nature, le principe suffisant. Ne faut-il pas penser que, dans ce cas, Dieu utilise la puissance comme un instrument, de sorte que lui seul est cause suffisante de cet acte qui, en sa spécification même, n'est assimilable qu'à lui ? La volonté a bien été traversée par la vertu divine, mais cette vertu ne lui appartient pas, ne vient pas d'elle, et l'acte est en vérité celui de Dieu et non le sien, au sens où le tableau est l'uvre du peintre et non du pinceau. Eh bien, cela même est impossible : il est essentiel au volontaire de trouver dans celui dont il est l'acte son principe suffisant ; il ne peut pas venir d'ailleurs que de la volonté même et ce qui en lui n'en viendrait pas ne serait pas volontaire. Si la charité était dans ce cas, elle ne serait ni volontaire, ni libre, ni amour, elle ne serait pas méritoire. (Rappelez-vous : nous avons développé ce même raisonnement autrefois à propos des dons du Saint-Esprit). 3. Il ne reste qu'une solution : l'acte de charité doit procéder vitalement de la volonté comme de son principe suffisant ; or la volonté n'est pas par nature un principe suffisant pour la charité. Il faut donc qu'à son plan même de volonté, comme principe d'opération, la volonté soit élevée par un complément de vertu agissante qui soit en elle et à elle, qui la mette au niveau de l'acte qu'elle doit émettre, qui soit en elle par manière de nature, de qualification de la nature : [44] c'est exactement cela qu'est un habitus opératif surnaturel. L'acte auquel il élève naîtra de la volonté comme de son principe connaturel suffisant. La motion de Dieu par manière de grâce actuelle reste nécessaire au passage à l'acte ; mais la capacité de l'acte fait partie de la grâce habituslle possédée par manière de forme, qui vient de Dieu, mais qui est bien nôtre. 4. Il faut donc conclure, comme nous l'avions fait pour la grâce, que si la charité en sa réalisation première est l'amour incréé, Dieu lui-même, elle ne peut être participée dans les créatures qu'en y étant une réalité créée, qui subit les conditionnements métaphysiques de la créature ; elle ne peut pas y être substance, parce qu'il faudrait qu'elle soit naturelle à l'être dont elle serait la qualification substantielle première. Elle est de l'ordre de l'opération ; mais, à raison des exigences créées, elle se dédouble forcément en opération actuelle et en principe prochain d'opération qui est de l'ordre de l'habitus. La charité, qui est diffusée dans nos curs par le Saint-Esprit et qui est le principe habitusl de nos actes de charité, est donc une réalité créée, un habitus opératif surnaturel. Nous aurons à préciser dans les articles suivants que cet habitus est une vertu. 5. A propos de l'ad tertium, notez de bonnes formules de Cajetan : (IV) « Cum caritas talis forma accidentalis sit ut nulli creaturae factae aut factibili connaturalis esse possit, sed soli divinae substantiae, non secundum accidentis naturam, sed substantialiter connaturalis sit, efficacia ejus, in quocumque reperiatur, secundum divinitatis naturam pensanda est et in Deum resolvenda ut proximum et connaturale ejus principium. Et propterea Auctor efficaciam caritatis in Deum reducit, non ea ratione qua rerum omnium est auctor sed ea speciali ratione qua caritas est divini ordinis soli Deo connaturalis ». |