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Cours de théologie morale : la Charité --- Auteur : P. Michel LABOURDETTE op


      Article 4 — La charité est-elle une vertu spéciale ?

Annotation

On peut attribuer à la charité les œuvres de toutes les vertus, en ce sens que toutes dépendent d'elle et n'ont leur perfection que par elle ; c'est ce qu'on expliquera avec précision dans la seconde partie de la question. A ce titre, on peut dire que la charité est une vertu générale, mais c'est une généralité d'influence sur les autres, non d'identification avec elles. En elle-même elle est une vertu spéciale, parce qu'elle a un objet spécial, que les autres vertus n'atteignent pas. Elle porte sur Dieu selon qu'il est l'objet de la béatitude, Dieu tel qu'il se possède et s'aime lui-même.

Nous avons déjà rencontré cette formule, assignant comme objet à la charité : « Deum sec.quod est objectum beatitudinis » ; elle est constante chez S. Thomas. Elle serait équivoque si on ne la comprenait pas dans le contexte de sa doctrine de l'amitié et de son application à la charité, où la béatitude est le bien commun qui fonde et par conséquent spécifie la communicatio. Car on peut bien aussi dire de l'espérance qu'elle atteint Dieu comme objet de la béatitude. La différence, d'ailleurs maintes fois soulignée par S. Thomas, est dans la raison formelle de l'amour selon laquelle, par la charité, le Dieu objet de la béatitude est aimé à raison de lui-même et pour lui-même, par l'espérance et par l'amour surnaturel de convoitise, est atteint comme principe de notre béatitude. C'est ce que nous expliquaient déjà les art. 6 et 8 de la qu. 17 :

    « Potest autem aliquis alicui rei inhaerere dupliciter : uno modo propter seipsum, alio modo inquantum ex eo ad aliud devenitur. Caritas ergo facit hominem Deo inhaerere propter seipsum, mentem hominis uniens Deo per affectum amoris. Spes autem et fides faciunt hominem inhaerere Deo sicut cuidam principio ex quo aliqua nobis proveniunt » (17, 6)

    « Spes facit tendere in Deum sicut in quoddam bonum finale adipiscendum et sicut in quoddam adjutorium efficax ad subveniendum. Sed caritas proprie facit tendere in Deum uniendo affectum hominis Deo, ut scl. homo non sibi vivat, sed Deo » (ibid. ad 3m).

Et dans l'article 8, rappelant la distinction entre l'amour, toujours imparfait, de convoitise, et l'amour parfait d'amitié, il conclut :

    « Primus autem amor Dei (amor amicitiae) pertinet, ad caritatem quae inhaeret Deo secundum seipsum ; sed spes pertinet ad secundum amorem, quia ille qui sperat, aliquid sibi obtinere intendit ».

C'est l'enseignement que nous retrouverons dans l'article suivant (23, 5) :

    « Caritate diligitur Deus secundum seipsum. Unde una sola ratio diligendi attenditur principaliter a caritate, scl. divina bonitas quae est ejus substantia… » (ad 2m).


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