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Cours de théologie morale : la Charité --- Auteur : P. Michel LABOURDETTE op
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Annotation A Au traité des habitus, nous avons longuement parlé de l'utilisation analogique qui est faite de termes et de notions de l'ordre de la quantité pour apprécier la mesure de perfection d'habitus qui sont essentiellement des qualités. Du fait que ces habitus ne sont pas égaux, qu'ils sont chacun, susceptibles de plus ou de moins, qu'ils ont un progrès, on transpose, pour exprimer ces relations et comparaisons, les mots qui nous servent à évaluer quantitativement les grandeurs. Mais il est bien entendu que c'est purement analogique ; grandeur signifiera toujours ici : perfection qualitative. Nous usons déjà de ce procédé pour mesurer des qualités sensibles comme la chaleur. L'appliquant à des réalités spirituelles, il nous paraîtra sans doute plus grossier ; l'important est de garder le sens de l'analogie. C'est en ce sens que nous allons parler d'une quantification de la charité dans son sujet : elle y est plus ou moins grande, i.e. plus ou moins parfaite. Dans cette perspective se pose la question présente : la charité est-elle infusée « secundum quantitatem naturalium » ? Ce vocabulaire va rester le nôtre. Dans tout le reste de la question 24. B Comment donc allons-nous apprécier la quantification initiale de la charité (ou de la grâce habituelle) ? 1. Deux principes complémentaires dominent la solution de ce problème, et de tous ceux de notre question a) la charité n'est pas directement créée, comme seule peut être une substance ; elle est produite in et ex subjecto. Mais précisément la puissance dont elle est tirée, ce n'est pas notre puissance naturelle de volonté telle qu'elle est ordonnée à son acte et à son objet, c'est notre volonté comme puissance obédientielle, définie par rapport à l'action divine. C'est en nous une non-répugnance à cette action. Dans cette ligne d'une volonté spirituelle, l'effet produit par Dieu n'aura donc d'autres limites que sa Toute-Puissance, qui n'en a pas. Seul le contradictoire est irréalisable à Dieu. Il ne peut pas faire que notre volonté comme telle produise un acte d'intelligence, il ne peut pas faire que la charité produite en nous soit l'incréé lui-même. Mais pour la charité qu'il produit, telle que nous l'avons définie, il n'y a aucun degré limitatif assignable : on peut aller à l'infini (à l'indéfini) sans égaler l'amour incréé infini. « Quidquid recipitur, ad modum recipientis recipitur » : c'est vrai ; mais précisément nous recevons la charité non au titre de ce qu'est l'une ou l'autre de nos puissances dans son ordre à son acte, mais au titre de la puissance obédientielle qui se définit, non per respectum ad actum, mais per respectum ad agens ; et dans notre cas, celui-ci est Dieu. [66] b) Mais il y a un autre principe, qui a joué un grand rôle dans notre traité de la grâce et qui va être capital ici : une forme ne peut être reçue dans un sujet en puissance (même au titre de la puissance obédientielle) que s'il y a dans ce sujet une disposition prochaine proportionnée. Vous vous rappelez sans doute la place qu'a tenue cette idée dans notre étude de la justification et de l'infusion de la grâce. C'est exactement ici le même problème. Je vous rappelais alors que les dispositions éloignées qui font la préparation à la grâce (habituelle) sont elles-mêmes fruits de la grâce actuelle ; mais que la disposition ultime coïncide avec l'infusion de la forme dont elle est, sous divers rapports, à la fois l'effet et la disposition dans la ligne de la cause matérielle. Elle est ainsi absolument proportionnée à la forme reçue. Mais, vous le voyez aussi, ce n'est pas là une limitation que notre nature imposerait à l'action divine nous infusant la grâce ou la charité, puisque cette disposition est elle-même un effet de l'action divine. Or, cette disposition, dans une volonté qui en est capable, c'est un acte, un acte humain libre, ici un acte de charité. Il y a exacte proportion entre la charité reçue comme forme et l'acte de charité qu'elle produit au même instant sous l'activation de la grâce opérante (vous verrez au traité du baptême comment se pose le cas des enfants, (chez qui un acte personnel ne peut évidemment être requis). L'enseignement de S. Thomas consiste donc à dire que la préparation et la disposition ultime à la grâce et à la charité n'est pas comme une cause parallèle à l'action divine, par laquelle nous limiterions son effet de notre côté ; elle est elle-même effet de l'action divine et de la grâce, activant une cause libre. 2. Et voilà pourquoi, comme l'explique l'ad tertium, il y a une différence très notable entre le cas de l'ange et celui de l'homme. L'un et l'autre sont en pure puissance obédientielle à la grâce et à la charité ; là n'est pas la différence. Mais au point de vue de la disposition prochaine, tout change. L'ange en effet se porte en un seul acte à son maximum, celui que détermine sa nature, il se fixe sans retour ; pas question pour lui de progrès ou de changement. Dieu l'active à un acte de charité qui égale, non pas la puissance comme obédientielle, mais sa puissance naturelle d'amour. Chez lui, il y a proportion entre le degré de la nature et l'infusion de la grâce, parce que c'est l'acte unique dont l'ange est actuellement capable sous la grâce qui sert de disposition ultime à la charité qu'il reçoit. Dieu peut vouloir une autre disposition, donc un autre degré : mais ce serait simplement lui vouloir et lui donner un autre degré de nature. Et, bien entendu, ce degré de nature tombe pour chacun sous la prédestination divine. Il n'y a pour l'ange que deux issues possibles : ou cette charité qui l'actualise totalement par grâce, ou le péché en lequel il s'actualise et se fixe non moins totalement et irrévocablement. L'homme se trouve dans un tout autre cas. Individu d'une espèce dont il n'épuise pas les virtualités et qui se réalise en une foule d'autres individus, il ne se porte pas au maximum possible à l'homme comme tel ; ne participant à l'intelligence que sous forme de raison, il ne saurait davantage se porter d'un coup et totalement à son maximum et encore moins s'y fixer irrévocablement. Cette condition naturelle plus misérable va servir par contrecoup à magnifier la libéralité divine. La disposition ultime à la grâce et à la charité, l'acte auquel Dieu le porte, n'a plus à se mesurer sur rien qui soit en lui, sur rien qui soit naturel. [67] Le degré de cette disposition, c'est Dieu qui le fait selon son bon plaisir, dans une nature entièrement malléable. Ici, on ne peut absolument pas conclure de la nature à la grâce, des dons humains à la sainteté. Dieu peut donner une charité éminente à quelqu'un qui n'a qu'une nature ingrate, humainement difficile ; et, inversement, les plus beaux dons humains, d'intelligence, de sensibilité, etc ne sont pas un titre à un degré de grâce tant soit peu correspondant. De cette infériorité de l'homme, Dieu a tiré de quoi le magnifier extraordinairement et jusqu'à élever des hommes au-dessus des hiérarchies angéliques. C'est en fait dans des natures humaines que culmine l'ordre de la charité : la nature humaine du Christ et la Sainte Vierge. La condition propre à l'homme aura cette autre conséquence que, chez lui, au contraire de l'ange, la charité ne va pas se trouver fixée au degré où elle a été reçue. La vie humaine est successive, elle se développe dans le temps, elle est une « histoire ». Sa loi morale est celle du progrès, d'un progrès qui, à la différence de celui de la vie physique, ne doit pas connaître de déclin. Comment peut-on concevoir le progrès de la charité ? Cette partie est la plus longue de la question ; elle est aussi la plus difficile, la plus engagée dans une technique assez subtile. Ne vous laissez pas rebuter : la technique n'est jamais une fin, surtout pour une sagesse, qui aspire à s'épanouir en contemplation ; mais elle est un moyen indispensable qu'on ne peut abandonner prudemment qu'à la condition de l'avoir dépassée en l'utilisant à fond. Nous allons envisager successivement : le fait de cette croissance : a.4 son mode : a. 5 son moment : a. 6 son extension : a. 7-8 ses étapes caractéristiques : a. 9 |