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Cours de théologie morale : la Charité --- Auteur : P. Michel LABOURDETTE op
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Introduction Voici une question plus subtile, qui nous retiendra davantage. Commençons par en préciser les termes. 1. Dans la Ia-IIae, 52, 3, S. Thomas enseigne, en se fondant sur le principe de causalité : il y a une assimilation de l'habitus à l'acte qui sert à l'acquérir, « similes actus similes habitus causant » ; et cela ne vaut pas seulement de la spécification, comme il va de soi ; cela s'entend aussi très précisément du degré d'intensité. Pour accroître l'habitus, ce qui veut dire l'enraciner davantage, l'acte doit être plus intense que l'habitus ne l'est encore. 2. Un habitus en effet, parce que son usage est toujours volontaire, peut être utilisé diversement : soit à plein, en un acte dont l'intensité égale la sienne : c'est un « acte fervent » ; soit paresseusement, en un acte, faible, moins intense que ce qu'il pourrait être à considérer l'habitus ; c'est ce que le sed contra de notre article appellera : agir « cum aliquo tepore vel remissione » et que le vocabulaire scolastique retiendra sous le nom d'« actus remissus ». Le P. Déman traduit : « acte remittent », ce qui est correct, mais pas très clair en français. Le plus simple est sans doute de rester dans la métaphore utilisée pour l'acte fervent et de dire par opposition « acte tiède » ; soit enfin avec une intensité qui dépasse celle de l'habitus : non pas en vertu de ce seul habitus, bien entendu, mais sous l'influence des principes qui, par les premiers actes, ont déjà permis de le faire naître. (Pour un habitus infus, ce principe, c'est la grâce.) Nous dirons « acte plus fervent ». 3. Tout va se jouer sur l'opposition de cas actes : tiède, fervent et plus fervent : les actes tièdes ont deux aspects (pour autant qu'ils sont encore semblables à l'habitus, ils l'entretiennent ; pour autant qu'ils lui sont inférieurs, ils disposent plutôt à sa diminution (on se « rouille » ; les actes fervents entretiennent l'habitus en sa pleine forme et disposent à son accroissement ; les actes plus fervents l'accroissent aussitôt. En utilisant les schémas de la quantité, on dira qu'un habitus dont ; l'intensité actuelle serait à 10 peut être actualisé soit à 10 (acte fervent), soit à 8 (acte tiède), soit à 12 (acte plus fervent). 4. Tout cela vaut pleinement pour les habitus acquis. Pour les habitus infus, il y aura cette différence que, comme leur production, leur croissance ne dépend que de Dieu. Les actes ne seront qu'une position à l'augmentation ; cette augmentation, c'est Dieu qui la donne ; mais nous savons précisément quel est la rôle de la disposition du sujet dans la réception de la grâce. A quel moment l'accroissement de la charité est-il réalisé par Dieu ? Annotation Ce bref article pose deux sortes de problèmes que nous ne pouvons pas esquiver. Le premier est celui même qu'il se propose explicitement de résoudre, c'est-à-dire du vrai sens de sa conclusion. Ce n'est sans doute pas si simple, puisqu'on en discute encore. [71] Le second, d'une portée peut-être plus générale, et que S. Thomas ne parait pas avoir autrement envisagé, se trouve posé par la notion qu'il utilise et dont son traité des habitus en général avait déjà fait état : celle d'un « acte tiède », dont l'intensité est inférieure à celle de l'habitus vertueux. Si l'on se rappelle ces deux principes essentiels, tous deux bien assurés chez S. Thomas : que l'utilisation d'un habitus est toujours volontaire et qu'une vertu ne peut éliciter qu'un acte bon, on se pose aussitôt la question de l'imperfection volontaire. Cette catégorie morale est-elle justifiable ? Que recouvre-t-elle ? 1° PARTIE : Le moment de l'accroissement de la charité 2° PARTIE : Le problème de l'imperfection |