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Cours de théologie morale : la Charité --- Auteur : P. Michel LABOURDETTE op


      Article 7 — La charité s'accroît-elle à l'infini ?

Annotation

1. L'article est fort clair : aucun des principes qui font une limite à l'accroissement des formes en général n'est valable pour la charité :

ni sa raison formelle : elle est participation de la charité incréée, amour d'un bien dont elle n'égalera jamais l'amabilité :

ni l'agent qui la produit : c'est Dieu lui-même, qui est tout-puissant ;

ni le sujet qui la reçoit : parce que sa capacité grandit avec la forme même ; recevant cette forme selon qu'il est en puissance obédientielle, et ne se trouvant pas fixé, comme l'ange, en un premier acte, le sujet de la charité se prête indifféremment au progrès de son information.

2. Mais naturellement il s'agit là de la charité de la vie présente, la seule qui puisse connaître un progrès. Si on compare cette charité à celle du ciel, désormais fixée, ne faut-il pas dire que la charité de la terre peut la dépasser ? N'y a-t-il pas au moins cette limite, que nous ne saurions dépasser : la charité béatifique ?

L'ad tertium répond : entre la charité du ciel et celle de la terre, il y a une différence d'ordre ou d'état. Immédiatement réglée par la vision béatifique, la charité en reçoit une plénitude qu'elle ne peut avoir ici-bas. Mais ce n'est pas précisément une question de degré au sens où nous en parlons ici. Plus notre charité croîtra ici-bas, plus celle du ciel sera grande en nous ; elle aura toujours pu être plus grande. Et par suite il est bien certain que la charité d'une âme sur terre (in via) peut être beaucoup plus grande que la charité béatifique d'une autre qui est déjà au ciel. Le Curé d'Ars, à quelques jours de sa mort, avait une charité incomparablement plus haute que tel petit enfant mort après son baptême et entré aussitôt dans la gloire. Mais chez cet enfant la charité béatifique a un caractère comblant et terminal, elle a une perfection de possession immédiate que la charité du Curé d'Ars ou de n'importe quel saint ici-bas n'avait pas et ne pouvait avoir, à l'exception seulement de celle du Christ, qui était d'ailleurs fixée au degré suprême dès la premier instant de sa conception et déjà béatifique.

Sur ces problèmes, vous trouverez ici même un interminable commentaire de Cajetan. Je ne le crois pas indispensable et ne m'y arrête pas.

S'il n'a donc pas de terme assignable, le progrès de la charité n'atteint-il pas cependant dès ici-bas une certaine plénitude qu'on puisse appeler perfection ? Question importante pour la théologie de la vie spirituelle et de ce que nous appellerons plus tard des « états de perfection ».


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