Precedente SommaireSuivante

sommaire Cours Anciens ] [ sommaire Bibliothèque ]

- Cours anciens -
Cours de théologie morale : la Charité --- Auteur : P. Michel LABOURDETTE op


      Article 8 — La charité peut-elle être parfaite en cette vie ?

Annotation

L'idée que le chrétien doit tendra à la « perfection » remonte à l'évangile : « Vous donc soyez parfaits comme votre Père Céleste est parfait » (Mt., V, 48). Mais comment parler de perfection en cette vie ? Cette question sera reprise, à la fin [82] de la IIa-IIae, au traité des « états » ; nous n'en disons ici que ce que demande une vue d'ensemble sur la croissance de la charité et parce que la conclusion même de l'article précédent, montrant qu'ici-bas notre charité reste toujours perfectible, semble exclure qu'elle soit jamais parfaite.

1. C'est évidemment qu'on peut donner au mot perfection des valeurs plus ou moins rigoureuses. Tenons-nous en à la charité : pouvons-nous atteindre un « amour parfait » ? Les distinctions proposées par S. Thomas se présentent aussitôt.

Il y a une perfection de l'amour de Dieu qui est impossible à la créature : ce serait d'aimer Dieu autant qu'il est aimable ; cela est réservé à Dieu lui-même ; notre charité sera toujours infiniment dépassée par son objet.

La perfection dont nous parlons ne peut donc, en tout état de cause, se considérer que du côté du sujet créé : elle consistera en ce que celui-ci aime autant qu'il en est capable.

On pourrait entendre par là tout d'abord une charité toujours en acte et en acte à son maximum. Cela n'est évidemment pas réalisable ici-bas ; ce sera précisément la perfection de notre amour au ciel. Immédiatement réglé par la vision béatifique, il participera comme elle de l'éternité divine et il sera pleinement adéquat, chez le bienheureux, à sa capacité d'aimer ; cette capacité étant elle-même à jamais fixée, l'amour sera en chacun à son comble, vraiment parfait. Cela ne vaut pas dire qu'il sera égal chez tous, car la capacité d'aimer diffère de l'un à l'autre, étant déterminée par le degré de charité atteint au moment de l'entrée dans la vision béatifique ; mais il y aura du moins cette égalité proportionnelle que, s'ils aiment Dieu très diversement, les bienheureux l'aiment du moins tous exactement autant qu'ils le peuvent.

Pourra-t-on donc parler de perfection ici-bas ? Oui, mais, bien entendu, en un sens diminué, ou plutôt même en deux sens, dont saint Thomas explicitera davantage la distinction au traité des états. En voici l'essentiel.

2. La charité est par elle-même une perfection substantielle ; ne fût-elle que rarement exercée, sa seule présence est pour un cœur d'homme, un accomplissement, une élévation, absolument inespéré par rapport à ce que la nature a de plus grand, de plus accompli. Elle implique une orientation habituelle de la volonté vers Dieu en son amabilité propre. Par rapport à toute autre qualité ou richesse, la charité c'est pour l'homme la perfection.

Mais ce premier sens fait abstraction de la croissance de la charité ; or ce qui nous intéresse ici, c'est la perfection de la charité elle-même, c'est-à-dire l'épanouissement auquel la conduit ce progrès par rapport à ce qu'elle était au début. Ce progrès, qui se fait par la ferveur, tend à une actualisation de charité de plus en plus entière, par l'exclusion mieux réalisée de ce qui s'oppose à cette actualité de l'amour et l'application à « vaquer à Dieu ». C'est une tendance vers ce que sera la charité du ciel. Mais, dès ici-bas, il y a un certain état de maturité et de plénitude de la charité que l'on peut appeler sa perfection parce qu'alors l'homme aime vraiment Dieu autant qu'il en est capable dans les conditions de la vie présente. Perfection qui resta « perfectible » en ce sens que la capacité elle-même dont elle est l'actuation grandit toujours, et d'autant plus vite qu'on est déjà plus « parfait ».

Et voilà qui nous introduit à la considération de l'article suivant : la charité traverse-t-elle diverses étapes pour arriver à cet état d'achèvement que nous appelons sa perfection accessible ici-bas ?

[83]


© Copyrights DOMUNI 1999 - tous droits réservés
www.domuni.org

Precedente SommairehautSuivante