- Cours anciens -
Cours de théologie morale : la Charité --- Auteur : P. Michel LABOURDETTE op
|
Annotation A proprement parler, la charité ne peut pas diminuer, comme il arrive qu'un habitus acquis s'affaiblisse, parce que seule la cause qui l'a donnée et la conserve pourrait faire cette diminution et que rien ne peut ni mériter cette peine ni évidemment l'imposer. Le péché mortel ne diminue pas la charité, il la détruit, à la fois par démérite et par opposition directe ; le péché véniel ni n'atteint directement la charité, vertu de la Fin, puisque son désordre se limite aux moyens, ni ne mérite de Dieu cette diminution, parce que celui qui manque sur un point secondaire ne mérite pas d'être puni sur un point plus considérable : « Deus non plus se avertit ab homine quam homo se avertit ab ipso. » Par manière de parler, on dira que la charité diminue dans la mesure où se développe une disposition à sa perte, soit par cessation des actes de charité, soit par accumulation de péchés véniels. Au n° I, Cajetan explique comment le péché mortel détruit la charité, non seulement en en méritant la suppression par Dieu, mais effectivement : en atteignant le sujet de la charité et y produisant une disposition nouvelle, incompatible avec la permanence de la charité. C'est ainsi que l'âme humaine, directement créée par Dieu, est aussi conservée par lui ; mais un agent naturel, tel que le feu, produit dans le corps une disposition telle que l'âme ne peut y rester et, si elle ne gardait son être parce qu'elle est spirituelle, on dirait que le feu la détruit. C'est ainsi que le péché mortel détruit la charité, en rendant son sujet impropre à la garder. Ajoutons (n° V) que si les péchés véniels ne diminuent pas directement la charité, ils en gênent et en empêchent la croissance, car ils s'opposent aux actes fervents nécessaires à cette croissance. [89] |