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Cours de théologie morale : la Charité --- Auteur : P. Michel LABOURDETTE op


      Article 4 — L'homme doit-il s'aimer soi-même en charité ?

Annotation

1. L'amour que l'homme a naturellement pour soi-même est plus que de l'amitié, parce qu'il est fondé sur l'unité pure et simple alors que l'amitié est fondée sur une union, qui tend à se rapprocher de l'unité, sans pouvoir y atteindre. Aussi l'amitié suppose-t-elle l'amour de soi : elle en dérive et elle l'imite puisqu'elle consistera à faire d'une autre personne un autre soi-même et à l'aimer comme soi. On ne peut pas exprimer avec plus de clarté et de concision toute la doctrine de S. Thomas sur les rapports entre l'amitié et l'amour de soi que S. Thomas ne le fait ici lui-même : « Unde, sicut unitas est principium unionis, ita amor quo quis diligit seipsum est forma et radix amicitiae ; in hoc enim amicitiam habemus ad alios quod ad eos nos habemus sicut ad mosipsos ». L'amour de soi est la racine de l'amitié, « radix », comme l'unité est le principe de l'union ; il en est le modèle, « forma », puisqu'on aime l'autre comme soi ; et l'amitié n'en est pas moins parfaitement désintéressée : elle ne consistera pas à s'aimer soi-même dans l'autre et à travers lui en le référant à soi, mais au contraire à le traiter comme soi-même, à être un véritable terme d'amour, à l'aimer pour lui, comme un autre soi-même.

2. Il s'ensuit qu'on ne peut pas parler d'amitié envers soi-même. Comment pourra-t-on néanmoins parler de charité, si celle-ci est une amitié ? C'est que cette amitié ne se définit nullement par rapport à soi. La charité est essentiellement et d'abord une amitié envers Dieu ; comme toute amitié, elle doit s'étendre à tout ce qui appartient à l'ami, à ses biens et à ses amis. L'homme s'aimera lui-même en charité comme appartenant à Dieu, comme étant à la fois la chose de Dieu, dont tout le bien est participé de Dieu, et comme l'ami de Dieu, comme une personne recevant communication de la béatitude divine. C'est se vouloir soi-même à Dieu, mais comme une personne peut être à Dieu par l'amitié, c'est-à-dire en l'ayant aussi à soi. Nous avons ici un véritable objet de la charité. En définitive, par la charité, je m'aime aussi moi-même, non comme mon propre ami — je suis pour moi plus que cela — mais comme l'ami de Dieu. Quant au rapport entre l'amour de soi et l'amour de Dieu, nous en reparlerons à la question suivante.

Ainsi, nous nous aimons en charité dans la mesure où nous communions avec Dieu ; mais cette communication est purement de l'ordre de l'esprit : est-ce que la charité s'étend aussi au corps ?


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