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Cours de théologie morale : la Charité --- Auteur : P. Michel LABOURDETTE op


      Article 5 — L'homme doit-il aimer en charité son propre corps ?

Annotation

1. Notre corps lui-même est aimé en charité, [96] non, bien entendu, à la manière d'une personne distincte, mais comme une partie de cet ami de Dieu que nous sommes. Et c'est au même titre que le corps du prochain est également atteint et embrassé par la charité que nous lui portons. Nous n'aimons pas directement et comme séparément notre âme, mais nous-même qui, sans le corps, ne sommes même pas complètement une personne ; et de même nous n'aimons pas précisément l'âme du prochain, mais lui-même, tout entier, et pour la même raison.

2. Rien n'est plus opposé à la conception chrétienne de l'homme que le dualisme manichéen, attribuant à un principe mauvais la création de la matière. Non, elle vient aussi de Dieu et notre corps participe au service de Dieu. Il y a bien cependant, dans la tradition spirituelle la plus authentique, l'affirmation, et fort vigoureuse, d'un certain dualisme, mais il a un tout autre sens. Que les formulations en aient été parfois gauchies par des influences platoniciennes, c'est regrettable et ce n'est pas sans importance, mais c'est en somme assez accidentel ; S. Thomas nous en donne ici le vrai principe : ce dualisme est celui d'une nature, qui vient de Dieu et qui est élevée par la grâce, et du péché dont nous portons encore au moins les blessures. Cette distinction-là remonte à S. Paul, ou même plus largement à l'opposition scripturaire entre la chair et l'esprit. Mais elle ne recouvre aucunement la distinction philosophique entre l'âme, forme substantielle, et le corps, matière première, animé et organisé par cette forme. L'âme au sens philosophique se trouve des deux côtés de cette distinction scripturaire, car il n'y a pas de péché là où elle n'est pas, et parallèlement le corps se trouve aussi dans les deux membres opposés. C'est au fond la distinction du vieil homme et de l'homme nouveau, de l'homme habité par le péché et de celui qui est ressuscité avec le Christ. Et c'est en ce sens, pense S. Thomas, que S. Paul souhaite être délivré de ce corps de mort (ad lm), ce corps habité par les convoitises et par la mort, non du corps comme tel. Que S. Paul pense aussi qu'après la mort corporelle, l'âme, immortelle pour son compte, soit avec le Christ en attendant une résurrection corporelle qui est pour le dernier jour, je crois qu'il le dit assez clairement, et S. Thomas ne veut certes pas le nier ; mais ce n'est pas cela qui est ici en question. Autre chose est le corps, partie de la personne humaine et avec elle racheté par le Christ, qu'il faut aimer en charité, autre chose la « chair » au sens biblique, qu'il ne faut certes pas aimer et selon laquelle il ne faut pas « vivre », car elle « convoite contre l'esprit », elle « appesantit l'âme », etc...

        2. Le prochain

Qu'il faille aimer le prochain, c'est encore une donnée acquise et nous ne la remettons pas en question. Nous examinerons seulement les problèmes que cela soulève au sujet de la charité. Comment cet amour surnaturel peut-il s'étendre aux pécheurs qui sont séparés de Dieu, à nos ennemis qui sont séparés de nous, aux anges, si distants de nous par nature ?

        Les pécheurs

Nous devons aimer le prochain parce que la charité s'étend à tous les amis de Dieu. Mais précisément les pécheurs ne sont pas ses amis.


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