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Cours de théologie morale : l'Espérance --- Auteur : P. Michel LABOURDETTE op


      B - Objet de l'espérance chrétienne

L'article 1 a fait ressortir que l'espérance chrétienne a Dieu pour règle, puisqu'elle l'atteint comme celui en le secours de qui on espère, c'est-à-dire comme son motif.

Mais sur quoi porte-t-elle ? qu'attendons-nous de Dieu ?

L'article 2 va nous le dire.

Les articles 3 et 4 vont examiner quelques extensions de cet objet et de ce motif.

        Article 2 - La béatitude éternelle est-elle l'objet propre de notre espérance ?

Annotation

1. L'espérance chrétienne s'appuie sur Dieu, (article 1) : qu'attend-elle de lui ?

S. Thomas répond magnifiquement : ce ne peut être que lui-même, C'est là un donné de foi : mais la raison théologique met en lumière la nécessaire proportion entre l'objet de l'espérance et son motif. On ne mobilise pas la Toute Puissance divine surnaturellement offerte pour obtenir moins que Dieu lui-même surnaturellement possédé, dans la béatitude.

Remarquez la grandeur de ces deux premiers articles. Ils font pendant au premier article du traité de la foi : la foi atteint la Vérité Première en ce qu'elle est, en se fondant sur la Vérité Première en ce qu'elle dit. L'espérance nous place aussi immédiatement en Dieu : nous espérons Dieu, de Dieu lui-même. La Bonté incréée qui fera notre béatitude nous est offerte par la Toute-Puissance auxiliatrice.

2. Nous donnons pour objet à l'espérance la béatitude éternelle. Le mot « béatitude » recèle toujours l'équivoque des deux aspects que la Ia-IIae a bien distingués : c'est la source de presque toutes les difficultés qui ont été soulevées à propos de l'espérance.

Béatitude a d'abord un sens subjectif : c'est l'opération par laquelle le sujet est mis en possession de ce qui le béatifie, de ce qui est sa fin dernière. Notre béatitude sera de voir Dieu face à face.

Par une attribution toute naturelle, le mot béatitude est aussi appliqué à cette fin même, il prend un sens objectif et désigne l'objet béatifiant. Notre béatitude, c'est Dieu lui-même. Cette distinction — béatitude formelle et béatitude objective, — se retrouve exactement à propos de la fin dernière, mais l'attribution se fait en sens inverse. La fin dernière, c'est d'abord la réalité même qui est notre fin (bonum quod appetitur, finis qui) ; mais c'est aussi notre prise de possession de cette fin (finis quo).

Ici, on ne les sépare pas. On prend les deux dans leur ordre réel : béatitude formelle ordonnée à l'objet béatifiant dont elle est la possession, auquel elle a pour raison d'être de nous unir. Ce que nous espérons, ce n'est pas une béatitude, quel qu'en soit l'objet ; ce n'est pas même, prise à part, la vue de Dieu, c'est Dieu à voir, Dieu vu. Ces deux aspects ne se dédoublent pas, ne font pas nombre. Nous tendons à l'objet béatifiant incréé. Notre béatitude formelle sera l'effet de cet objet. S. Thomas — remarque Cajetan — parle indifféremment de l'une ou de l'autre parce qu'il n'y a pas à les opposer ; elles s'infèrent mutuellement ; mais l'ordre de cette inférence est capital : c'est l'objet béatifiant qui fait notre béatitude et non in versement, c'est donc bien lui qui est le bien ultimement espéré. S. Thomas peut donc dire : et que ce que nous attendons de Dieu ce n'est pas moins que Dieu lui-même et que notre béatitude sera l'effet de la Toute-Puissance divine. — Lisez le bref commentaire de Cajetan.

3. Remarquez que si l'espérance chrétienne a pour objet essentiel Dieu lui-même béatifiant, elle a aussi des objets secondaires, de l'ordre du créé : tout ce qui nous conduit à cette béatitude et dépasse cependant notre pouvoir. Il faut seulement (comme pour la foi) que l'espérance les atteigne en tant qu'ordonnés au Dieu béatifiant.

C'est ainsi qu'on peut espérer tout ce qu'on est en droit de demander par la prière. — La seconde partie du Compendium Theologiae (consacrée à l'espérance, mais très brève parce que presque aussitôt interrompue) amorce un commentaire des demandes du Pater. C'est tout l'ordre des dispositions divines en vue du salut, qu’assume ainsi l'espérance et par où l'espérance chrétienne a d'autres modalités fondamentales que, par exemple, l'espérance d'Adam avant la chute, ou celle des anges « in via ». — Nous espérons la béatitude éternelle par un secours divin qui, pour nous, est rédempteur, par une agrégation au Corps Mystique du Christ, qui est l'Église, et en participation de la grâce et de la gloire même du Christ. Nous attendons la médiation du Christ et la gloire de l’âme, que nous espérons essentiellement et principalement (au sens expliqué : finis que) — et cette redondance de la gloire de l'âme que sera la glorification du corps ressuscité par le même Christ. Tout cela nous l'espérons per modum unius, en dépendance de la béatitude éternelle, qui est si bien l'objet propre de l'espérance Théologale que, cette béatitude atteinte, l'espérance théologale disparaît, même si d'autres éléments de cet ensemble sont encore futurs, — comme nous le verrons plus loin —.


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