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Cours de théologie morale : l'Espérance --- Auteur : P. Michel LABOURDETTE op


      III — Les affections ultérieures

1. Le premier amour surnaturel de Dieu, même avec la vertu d’espérance, ne suffit pas à rectifier efficacement notre volonté. Il est compatible avec le péché mortel, dans lequel on peut et on doit continuer à espérer, non pas que Dieu nous donnera la béatitude si nous restons dans le péché, mais qu'il nous relèvera du péché et nous donnera alors la béatitude. C'est un amour droit, bien ordonné, mais encore imparfait. C'est l'exigence du Bien divin que, pour qu'il soit effectivement notre fin dernière, nous ne l'aimions pas seulement comme celui qui sera le principe de notre bien, si nous nous donnons pleinement à lui mais comme le Bien en soi, aimé d'abord et avant tout en lui-même. L'aimer ainsi n'est pas facultatif ; l'amabilité divine surnaturellement offerte sollicite de nous très précisément cet amour-là. Il faudra pour cela dépasser l'amour de convoitise et vouloir non seulement avoir Dieu à soi (non « pour » soi) mais se complaire en son Bien à raison de lui-même, se vouloir soi-même et toutes choses à lui.

2. Comme pour l'amour de soi, il y a, pour cet amour de Dieu, une amorce dans la nature même. Il ne suffira pas de la prolonger, bien sur ; il faut aussitôt passer dans un autre ordre, essentiellement surnaturel ; mais, dans ce nouvel ordre, on en reprend l'orientation. Comme toute créature, l'homme est naturellement porté à aimer Dieu plus que soi et plus que tout, parce que toutes choses et lui-même ne sont que des participations du Bien qui subsiste en Dieu en totalité

La blessure du péché originel empêche que, sur le plan de l'amour élicite libre, l'homme parvienne désormais par ses seules forces naturelles à cet amour ; il lui faut la « gratia sanans », c'est-à-dire cette restauration de la nature que la grâce opère, restauration de la nature à son plan même de nature. Cette possibilité d'aimer naturellement Dieu par-dessus tout d'un amour élicite et libre, la grâce nous la rend.

Mais cet amour naturel va rester lui-même tout à fait insuffisant, inadapté à notre état surnaturel, où Dieu n'est pas seulement pour nous le principe de notre être, mais le principe d'une participation infiniment plus haute, où il est notre « tout » au titre même de sa vie intime, de sa propre bonté, de sa propre béatitude éternelle. Nous l'atteignons en l’amabilité qu'il a pour lui-même et en lui-même. Nous ne pourrons l'aimer ainsi que d'un amour participé de celui qu'il a pour lui-même. Il n'y aura de rectification définitive de notre volonté (S. Augustin dirait : il n'y aura de repos pour notre cœur) que quand nous nous attacherons à ce Dieu ainsi offert, d’un amour proportionné à cette bonté-là, quand nous satisferons ainsi à ce qui devient le devoir le plus fondamental de la vie chrétienne, dépassant et comprenant tous les autres devoirs. Ce sera la charité.


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