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Cours de théologie morale : l'Espérance --- Auteur : P. Michel LABOURDETTE op
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En quelle puissance de l'âme réside l'espérance ? S. Thomas ne saurait sur ce point avoir beaucoup d'hésitation. Il ne reconnaît à l'âme que deux puissances spirituelles, intelligence et volonté ; et la q. 17 nous a clairement manifesté le caractère essentiellement affectif de l'espérance. Il y a cependant toute une tradition, qui se rattache à S. Augustin, et le Sed contra le rappellera, pour préférer une division tripartite des facultés spirituelles, sans d'ailleurs lui donner la même portée ontologique que S. Thomas : intelligence, mémoire, volonté ; c'est l'une des expressions de l'image en nous de la Trinité des Personnes divines. Certains auteurs se sont demandés s'il ne fallait pas lui adapter la trinité des vertus théologales. Il suffirait pour cela de rattacher l'espérance à la mémoire. Ce rattachement est loin d'être dépourvu de signification spirituelle, nous le verrons, surtout à la fin de la question suivante. Ce que nous n'admettrons pas, c'est de lui donner une portée métaphysique, ontologique. Annotation 1. Dans le commentaire de cet article, Cajetan divague un peu : il était sans doute trop facile pour lui. Il n'a pas pleinement saisi, semble-t-il, ou il oublie (cela lui arrive quelquefois) que, dans la Ia IIae, S. Thomas, très consciemment, étudiait proportionnellement, dans l'analogie des passions sensibles, les divers sentiments de la volonté. Cajetan se pose assez gauchement la question des rapports entre les actes de la volonté comme appétit (amour, désir, espoir, crainte) et les actes de la même volonté comme libre (1er vouloir, intention, élection, etc..), le moins qu'on puisse dire est qu'il n'en tire rien de bien clair. S. Thomas dit pourtant bien simplement, parce qu'il ne s'agit pas ici de la dialectique de la fin et des moyens, mais des réactions affectives : « Similes motus qui sunt in appetitu inferiori cum passione, in superiori sunt sine passione ». J'ai suffisamment rappelé ce point dans l'introduction au traité des vertus théologales de l'appétit. 2. S. Thomas ne fait que rappeler dans le Sed contra, la division augustinienne : intelligence, mémoire et volonté. C'est pour conclure que l'espérance, mouvement d'ordre affectif ne peut résider que dans la volonté. Et cela ne fait pas de difficulté. Vous savez que S. Jean de la Croix a repris la division tripartite, non plus au point de vue de l'analogie trinitaire, mais pour montrer le rapport des trois vertus théologales avec les facultés de l'âme ; et c'est à l'espérance qu'il attribue la purification de la « mémoire ». Cest une vue très profonde, dont nous saisirons mieux la portée pratique en parlant de la « béatitude des pauvres ». A-t-il voulu dire en outre que la mémoire est réellement distincte de l'intelligence et qu'elle serait, ontologiquement, le sujet prochain de l'espérance ? C'est possible, et d'autant plus qu'un auteur carme, alors célèbre, dont les livres servaient de manuel dans leur Ordre, l'enseignait, paraît-il, C'est, après tout, secondaire ; ce n'est pas sur ce genre de questions que l'avis de S. Jean de la Croix a le plus de poids. Ce qui, en tout cas, est frappant et donne au fond parfaitement raison à S. Thomas, c'est que, pour décrire l'uvre de l'espérance dans la mémoire, il use constamment de catégories affectives : il s'agit de « détachement » de ce trésor intérieur pour tendre à Dieu seul, véritable objet de l'espérance et son seul véritable appui au-delà et au-dessus de tout bien et de tout appui créés. |