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Cours de théologie morale : l'Espérance --- Auteur : P. Michel LABOURDETTE op
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En quoi l'espérance se trouve-t-elle ? L'homme peut-il l'avoir en nimporte quel état ? Nous dirons universellement qu'elle n'est réalisable qu'en un sujet qui n'est pas encore « in termino », comme le sont les Bienheureux et les damnés, mais au contraire « in via ». L'espérance n'est compatible qu'avec un état de tendance ; elle est faite pour céder la place, soit à la joie de la possession, soit à la peine de la frustration définitive et au désespoir. C'est ce que vont montrer les articles 2 et 3 en examinant successivement les cas des Bienheureux et des damnes. L'espérance existe-t-elle chez les Bienheureux ? a. 2 L'espérance se trouve-t-elle chez les damnés ? a. 3 1. S. Thomas n'a posé, dans l'article 3, que la question des damnés, et c'est à elle que répond la première conclusion : mais, comme il fait parfois à la fin d'un groupe d'articles, il ajoute une dernière conclusion qui vaut pour l'ensemble du problème : ayant écarté les bienheureux et les damnés, il détermine les seuls sujets en qui l'espérance théologale puisse se trouver. Mais de part et d'autre, tout repose sur la même idée : l'espérance ne peut subsister que si son objet formel subsiste. Si une note essentielle vient à faire défaut, l'espérance disparaît et cède la place, soit à la possession, soit au désespoir. Au ciel, l'objet espéré n'est plus absent, ni futur :on l'a, on le tient, d'une possession qui est un éternel présent, impossible de continuer à espérer. On n'a plus à l'acquérir et on ne peut plus la perdre. En enfer, l'objet qu'on avait espéré est bien absent, mais il n'est plus ni futur, ni possible : continuant à le désirer, on ne peut plus qu'en désespérer. Non seulement la damnation est sans rémission et sans fin, mais le damné le sait, il sait qu'elle est telle ; il ne peut pas se bercer de l'espoir, même illusoire que peut-être « ça changera ». Il sait que c'est fini : « vous tous qui entrez ici, laissez toute espérance ». Le seul état où l'espérance trouve un objet est l'état de « voie ». Il faut être en chemin pour espérer. Or, avant le jugement dernier, cette « voie » peut avoir deux étapes : la vie présente où nous avons longuement analysé la nature et les conditions de l'espérance, et le purgatoire. Au purgatoire, il n'y a même plus la crainte, que, par notre faute, la béatitude puisse être perdue ; mais cette béatitude est encore future et rendue possible par le secours de Dieu. L'espérance subsiste jusqu'au jour de l'entrée dans la gloire. 2. L'ad secundum ferait difficulté, si on devait le prendre tout seul, et sans avoir étudié le traité de la foi (ce qui arrive souvent à ceux qui se contentent de « consulter » S. Thomas). A première vue, on croirait qu'il admet chez les damnés ce qu'il appelle la « foi informe » et qui serait la vraie foi théologale, surnaturelle. Or il l'a exclue des démons et les damnés sont dans le même cas, car les démons aussi ont eu la vraie foi, quand ils étaient « in via », juste avant leur péché. Mais d'une part, foi informe n'a de soi qu'un sens négatif et signifie, du moins dans un vocabulaire qui n'est pas trop raidi, foi dont la charité est absente, quelle que soit l'essence de cette foi (naturelle ou surnaturelle) ; d'autre part, la réponse ad secundum est uniquement comparative : à comparer foi et espérance au point de vue de leur possibilité en enfer, étant entendu que de toute façon la charité sera absente, l'espérance y est beaucoup plus impossible que la foi, parce qu'elle implique qu'on puisse espérer pour soi. Les démons « croient et tremblent », ils ne peuvent pas espérer, mais il reste que même cette foi, comme il a été dit q. 5, a. 2 n'est pas de la même nature que celle des chrétiens fidèles, elle est toute naturelle. |