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- Cours anciens -
Cours de théologie morale : l'Espérance --- Auteur : P. Michel LABOURDETTE op


      B) La crainte de Dieu

1. Avec la crainte de Dieu, nous sommes dès l'abord au plan proprement spirituel ; cette crainte aura, comme nos autres sentiments, des répercussions sensibles, mais elle est essentiellement affaire de volonté, et nous la dirons naturelle ou surnaturelle selon qu'elle atteint formellement Dieu révélé par la foi ou matériellement seulement. Mais, si surnaturelle et si haute qu'elle soit, nous ne pourrons jamais en faire, à proprement parler, une affection « théologale » parce qu’elle ne saurait avoir pour objet propre Dieu considéré purement en lui-même : son objet inclut un mal possible et qui, dans la mesure où il peut nous affecter, nous menace.

2. En achevant la question 17, j’ai retracé les étapes du grand courant de vie affective soulevé en nous par la présentation de l’objet surnaturel et qui commence avec la foi. Mais je n'y ai envisagé que les sentiments qui nous portent à Dieu sous sa raison de bien. Il y a déjà là beaucoup de nuances et c'est dans cette seule ligne de l'élan vers le bien que les plus caractéristiques de nos affections surnaturelles peuvent constituer des vertus proprement théologales. Dieu ne peut être atteint en lui-même par l’affection que comme Bon.

Mais il n'y a pas d'affection d'amour et de désir qui ne soit en même temps principe de ces actes conséquents qui consistent à haïr le mal opposé et à le fuir. Le même habitus qui tend à un objet se porte à écarter son contraire. On est en droit de juger bien faible un amour du bien qui n'engendre pas la haine du mal ou un amour de la Vérité qui n'engendre pas la haine de l'erreur. Mais de même que l'amour suscite l'espoir si le bien ardu et futur apparaît possible à celui qui l'aime : de même la détestation consécutive à l’amour provoque la crainte si le mal ardu et futur qu'on déteste apparaît menaçant et mal surmontable, peu évitable.

Cette relation à l'amour à travers la détestation fait qu’il y aura diverses sortes de crainte, comme il y a diverses sortes d'amour. Il y en a une qui répond à l'amour naturel de soi-même ; il y en a une qui répond à l'amour surnaturel de convoitise de Dieu et qui fait pendant à l'espérance ; et il y en a une qui répond à l’amour surnaturel d'amitié, à la charité. Ici aussi, avec l'éveil progressif des affections plus parfaites, c'est toute une dialectique de la crainte de Dieu que nous allons suivre.


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