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Cours de théologie morale : l'Espérance --- Auteur : P. Michel LABOURDETTE op
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C'est un genre de questions que nous avons l'habitude de rencontrer chez S. Thomas à propos des divers péchés, de savoir à quelle attitude intérieure ils se rattachent, d'où ils procèdent. Et c'est, depuis Cassien, un thème courant de la littérature ascétique. A vrai dire, la littérature moderne nous a habitués à un autre genre d'analyses ; les rapprochements traditionnels que reprend S. Thomas, généralement après S. Grégoire, peuvent nous paraître au premier abord un peu simples. Si nous avons beaucoup perdu au point de vue du sens spirituel du péché, de sa gravité, de son horreur, nous avons sans doute pris une connaissance réflexive plus approfondie de ses soubassements psychologiques, de ses profondeurs plus ou moins conscientes. Mais ceci doit enrichir cela et ne le contredit pas. Il y a, dans ces vieux cadres un peu simples, beaucoup de vraie psychologie, d'ailleurs toujours de la psychologie normale, saine, jusque dans le péché, et de précieuses indications pour la direction. Annotation A) Nous avons plusieurs fois rencontré la notion de péché capital. Il y a cette différence entre les vertus et les vices, que les vertus sont connexes, c'est-à-dire s'exigent mutuellement et que les vices ne le sont pas : beaucoup sont opposés entre eux, et par le fait même s'excluent. Mais il y a aussi des péchés qui sentraînent mutuellement et qui se confortent ; il y a des groupes parmi les attitudes vicieuses ; et ces groupes ont chacun un certain centre qui est l'un ou lautre de ce que nous appelons les péchés capitaux. Ceux-ci se définissent moins par leur gravité propre ils peuvent être légers en leur espèce, par ex. la gourmandise que par ce caractère qu'ils ont de devenir dans la vie de lâme un centre d'intérêt, de finalité agissante, qui appelle pour ses réalisations, toute une escorte d'autres péchés parfois beaucoup plus graves que lui. Un vice capital attire à soi et absorbe les énergies de l'âme, oriente lintérêt habituel du cur vers ce qui le flatte. Et si son empire ne s'étend pas plus loin, la vraie raison en est souvent qu'il est combattu par un ou plusieurs autres péchés capitaux qui lui disputent cette orientation foncière. L'orgueil empêche sans doute beaucoup plus de fautes que nen arrête la pure vertu. Et si un vaniteux consent parfois à faire mesquine figure, c'est qu'il est avare, etc B) Ces considérations permettent de se faire une idée plus précise des sources de l'infirmité dans l'espérance. 1. Celle-ci peut d'abord venir du manque d'attrait sur nous de la Béatitude purement spirituelle qui nous est offerte après la mort. Le relâchement caractéristique du désespoir provient alors surtout des attitudes vicieuses qui nous attachent aux plaisirs sensibles immédiats et en particulier de la luxure, dont les délectations sont spécialement abaissantes et épaississantes, Le « non-espoir » est un effet normal de la luxure devenue un vrai vice ; et je dis le « non-espoir », parce qu'il s'agit plus encore d'un manque d'espérance, que du péché typique de désespoir, où l'on renonce par lâcheté et découragement à poursuivre un bien qu'on ne laisse pas de désirer encore. Ici, avant même l'espérance, ce qui est miné, c'est déjà le désir, l'amour de la béatitude promise dans l'autre vie. Et par là, la foi se trouve menacée. Aussi avons-nous mis la luxure au principe de ce que nous appelions l'aveuglement de l'esprit. (q. 15). 2. Mais l'infirmité dans l'espérance peut naître d'un autre principe, plus proche d'elle et plus caractéristique : la béatitude parait être le terme d'une entreprise si difficile qu'on se met à douter de pouvoir l'atteindre ; elle apparaît peu à peu trop élevée, pratiquement impossible non en soi, mais à soi. Ce n'est plus précisément une atténuation du désir, c'est un fléchissement dans le courage ou la confiance en l'appui de Dieu. Or cette lâcheté, cette dépression est fille directe d'une attitude vicieuse plus profonde, que les Anciens avaient analysée de près et que la littérature spirituelle décrit souvent : l'acedia. Nous en parlerons à propos des vices qui s'opposent à la charité. C'est un péché directement opposé à cet acte conséquent de la charité, qui est la joie (joie de la joie de Dieu, de son bonheur, de son Bien). On peut le décrire comme une tristesse, une lassitude d'une si haute tension spirituelle, un dégoût des choses de Dieu, mais par fatigue dans l'élan surnaturel. C'est, à ce plan très élevé, la réalisation toute spirituelle et très grave de ce que, sur un mode beaucoup plus anodin et vulgaire, nous appelons paresse dans l'énumération moderne des péchés capitaux. Un vice comme celui-là a pour fruit direct le désespoir : c'est un fardeau trop lourd de continuer à tendre à Dieu, au milieu de tant de travaux, alors que Dieu parait parfois se dérober, et qu'en tout cas il ne répond pas d'une façon immédiate et sensible comme ferait un homme. C) Pour une doctrine complète, notons en terminant, que le désespoir, en sa double forme d'insensibilité au bien divin et de découragement à la vue de notre faiblesse, par une insuffisante confiance dans le secours de Dieu, est une tentation fréquente, qui atteint des âmes profondes. Il y aura beaucoup plus de légèreté dans la présomption. Mais cette tentation (comme toutes les autres) aura, selon le développement concret de la vie spirituelle, son degré, son « âge », des significations très différentes. Elle peut être la simple faiblesse de commençant, indiquer un tempérament peu ardent ou peu solide, peu constant ? ou un cur encore trop attaché au monde. Elle peut être, à l'inverse, une de ces grandes épreuves que Dieu permet pour purifier les vertus théologales. Elle est toujours un danger, mais ne demande pas les mêmes remèdes |