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Cours de théologie morale : l'Espérance --- Auteur : P. Michel LABOURDETTE op


      A - Sa nature

        Article 1 — Le présomptueux s'appuie-t-il sur Dieu ou sur ses propres forces ?

Annotation

1. La passion et le sentiment d'espoir, indépendamment même de la vie théologale jouent un rôle de premier plan dans la vie humaine ; ils constituent un de ses grands ressorts. Pour être bons, vertueux, ils appellent déjà une régulation rationnelle, régulation par manière d'affermissement qui est du type de la force et qui se réalise en vertu de magnanimité. Cette vertu incline l'homme à se porter à son maximum, aux grandes œuvres et aux grands biens, mais avec une juste appréciation de ses vraies possibilités. Elle implique une haute idée de ce qu'est la nature humaine, de sa dignité, de son élévation au-dessus de toutes les créatures inférieures, ce que nous appellerions le sens de l'honneur, mais en le purifiant de tout orgueil ou vaine gloire, comme volonté de ne pas déchoir, de ne pas consentir à ce qui est indigne d'un homme ou d'un chrétien : « ad majora natus ». Et elle implique en même temps qu'on ait une juste conscience de ce qu'on peut, de ce qui est à la portée de l'homme en général et plus encore de ce qui est à sa portée à soi, tel qu'on est, seul ou avec des secours sur lesquels on peut raisonnablement compter. C'est la vertu de l'entreprise et du courage, à égale distance de la pusillanimité, qui sous-estime nos possibilités et produit le découragement (analogue du désespoir anti-théologal), et de la présomption qui majore nos capacités et repose sur l'illusion.

Cette présomption-là reste d'ordre moral ; elle n'atteint pas Dieu directement, sinon comme tout péché, et par conséquence, comme fin de la vie humaine en général, non comme objet propre. Elle prend appui sur une fausse appréciation, non de Dieu, mais de nos forces. Certes, il y a aussi une magnanimité surnaturelle, vertu morale infuse, mais qui s’appuie de même sur les ressources propres au chrétien, sur l'expérience qu'on a de soi, et le péché de présomption qui s'y oppose est déjà plus grave. Mais c'est le cas de toutes nos vertus morales en régime de vie chrétienne, et par suite le cas de tous nos péchés. Nous sommes encore là à un autre plan que celui de l'espérance théologale.

2. L'espérance théologale a Dieu lui-même pour objet et pour motif. Elle ne s'appuie aucunement sur nos forces, elle ne compte sur un secours créé que pour autant qu'il nous apporte le secours de Dieu, est disposé par Dieu pour cela ; ce secours créé reste toujours secondaire, incapable d'apporter une spécification, une qualification, à la vertu qui l'utilise ; celle-ci n'est spécifiée que par Dieu miséricordieux et secourable.

Par suite — et c'est la pointe même de l'article — la présomption anti-théologale ne consiste pas précisément à s'appuyer sur nos propres forces, en les substituant au motif du secours de Dieu. Bien sûr, ce serait là manquer à l'espérance, mais en l'ignorant ou en la niant et en revenant à la présomption de type moral. La présomption anti-théologale consiste bien à s'appuyer sur Dieu, tout au moins à vouloir s'appuyer sur lui, mais d'une manière indigne de lui. Là se trouve sa gravité profonde et toute spéciale. C'est cela qui en fait un péché caractéristique, incluant dans son objet même cette aversion de ce qu'est vraiment Dieu, qui est typique des péchés d'ordre théologal.

C'est cela qui réalise ici la « conversio offensiva » dont parlait Cajetan : on méprise la Toute-Puissance et la Miséricorde divine, tout en paraissant les exalter, parce qu'on les oppose à la justice et à la sagesse de Dieu. « Dieu fera bien ça pour moi », et ce qu'on attend de lui en fait un tyran capricieux et injuste : pardonner sans qu'il y ait contrition et pénitence, donner la gloire sans qu'il y ait mérite.

3. Mais il est bien clair que ces attitudes morales et théologales, si différentes qu'elles soient, se confortent et s'appellent. L'espérance théologale est subjectivement facilitée si elle trouve une psychologie déjà moralement bien réglée dans ses attitudes affectives d'espoir au plan de la vie morale. Elle n'est pas à l’aise dans un cœur pusillanime ; si elle n'y trouve pas la magnanimité, elle l'appelle et, si on s'y prête, elle la suscite. Inversement, la présomption anti-théologale naît tout naturellement chez celui en qui se trouve déjà une vanité et une présomption humaines ; elle en naît, elle les entretient et les provoque. Elle se trouve chez elle, dans la psychologie de quelqu'un qui croit pratiquement qu’à sa seule présentation tous les obstacles vont s'effondrer, comme les murailles de Jéricho et que Dieu même ne peut que le tenir en haute estime.


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