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Cours de théologie morale : l'Espérance --- Auteur : P. Michel LABOURDETTE op


      B - Sa malice

L'idée que nous sous sommes faite de la présomption dit assez par elle-même qu'elle est un péché. Il faut cependant le manifester plus précisément jusqu’en sa différence ultime.

L’article 2 va nous dire en quoi précisément elle est un péché — a. 2

L’article 3 montrera que cette malice s'oppose bien à l'espérance, plus qu'à la crainte — a. 3

        Article 2 — La présomption est-elle un péché ?

Annotation

C'est le même raisonnement qui nous a montré la malice du désespoir : la présomption est certainement un péché, parce qu'elle est un mouvement affectif qui se conforme à un jugement faux, puisqu'elle suppose que Dieu pardonne même à qui persévère dans le péché. Inutile d'expliquer de nouveau que cette erreur ne blesse pas la foi : professée au plan de la vérité universelle, elle serait hérésie ; mais le présomptueux ne pense pas ainsi, c’est pour son cas particulier, et d'une manière encore plus vécue qu’explicitée, qu'il se croit pratiquement sûr de son salut sans se préoccuper de repentir et de conversion.

Remarquez la belle raison pour laquelle la présomption est cependant moins grave que le désespoir. A l'intérieur de cette « aversion offensive » qui caractérise les péchés contre les vertus théologales, il atteint Dieu moins directement que le désespoir : le jugement auquel il se conforme est moins faux, parce qu'il est plus propre à Dieu de pardonner que de punir, car pardonner et combler lui convient à raison de lui-même (la Bonté infinie), mais punir ne lui convient qu'à raison de nos péchés.

Mais à définir ainsi l'attitude du présomptueux, ne l'oppose-t-on pas plus directement à la crainte qu'à l'espérance ?

        Article 3 — La présomption s'oppose-t-elle plutôt à la crainte qu'à l'espérance ?

Annotation

Le raisonnement de S. Thomas repose sur la théorie des oppositions ; il est d'ailleurs plus général que notre article présent, et reviendra plusieurs fois dans le traité des vertus morales. Nous avons un peu perdu l'habitude de ce genre d'argumentation qui nous paraît un peu trop logique — sans doute parce que la logique est en nos mains un instrument beaucoup moins bien possédé et qu'elle risque de faire écran. C'est ce qui fait une des grosses difficultés du traité des passions dans la Somme pour un esprit moderne.

Dans le cas présent, en voici le sens exact. Le principe fondamental est que la spécification d'un péché vient de son objet jusqu’en son ultime différence ; c’est donc celle-ci qu'il faut manifester. Or des différences contraires doivent être dans le même genre, des différences ultimes dans le dernier genre subalterne. Au plan des différences antérieures, contenues dans un genre plus commun, il pourra y avoir opposition plus large, et en un sens plus profonde, mais elle ne se tirera pas de la formalité ultime de l'acte qu'on étudie, on n'aura pas l'espèce tout à fait propre de celui-ci.

C'est ainsi qu'entre présomption et crainte, il y a opposition générique dans la ligne du mouvement affectif de l'irascible : opposition d'objet (le bien pour l'une, le mal pour l'autre) et opposition de mouvement (l'une se porte en avant, l'autre se retire). Mais aucun des deux genres déterminés, d'un côté par le bien ardu, de l'autre par le mal ardu, n'est ultime, chacun s’ouvre à des espèces plus précises par l'introduction de différences à l'intérieur de ce genre-là. La spécification d'un mouvement tendant à un bien ardu se fera ultimement par opposition à un mouvement qui a aussi pour objet le bien ardu.

Dans cet ordre du mouvement affectif vers un bien ardu, nous avons d'abord une différence fondamentale, déjà physique (indépendante des qualifications morales), entre ce qui est espoir et ce qui est désespoir : mouvements de sens contraire par rapport au même objet. Mais les différences morales apportent de nouveaux principes et vont plus loin. Le principe, ici, c'est le bien conforme à la loi éternelle et à la raison et dans cet ordre-là, soit à raison de l'objet lui-même (vertus morales) soit à raison du sujet humain (vertus théologales) il y a possibilité de dépasser la règle ou de ne pas l'atteindre : deux types de péchés, excès et défaut. Dans le genre mal moral, ils sont directement contraires l'un à l'autre : le péché de présomption s'oppose directement et immédiatement au péché de désespoir. Dans le genre moral tout court, les deux péchés ensemble constituent un extrême opposé par contrariété à la vertu d'espérance.

C'est donc bien tout à fait spécifiquement, à la vertu d'espérance que s'oppose directement le péché de présomption, comme celui de désespoir. A la crainte, il s'oppose plus fondamentalement si on veut, mais génériquement ; il n'en tire pas son ultime différence spécifique.


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