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Fr. Jean-Michel Maldamé, op

Elisabeth et Marie

Avent

Un des ennemis les plus pernicieux du christianisme exerçait une étrange fascination sur les classes possédantes nationalistes. Il dénonçait dans l’Évangile « le venin du Magnificat ». Il louait l’Église en tant que puissance politique gardienne des traditions anciennes, contre la République et son idéal de fraternité, de liberté et d’égalité. Il voulait détruire au nom des valeurs d’autorité et d’ordre, le sel de l’Évangile, le « venin du Magnificat ». Parce que la liturgie nous fait entendre ce texte, il est nécessaire de comprendre pourquoi le Cantique de Marie focalise les oppositions les plus irréductibles de la part du paganisme.

Le Cantique dit que Dieu « disperse les superbes, renvoie les riches les mains vides, élève les humbles, renverse les puissants de leur trônes ». On comprend bien que cela gêne. On comprend bien pourquoi les dictatures censurent les éditions de la Bible et préfèrent un catéchisme édulcoré ou nivelé sur le conformisme.

Le Cantique de Marie demande à être compris comme il est. Il est une prophétie. Il annonce ce qui sera réalisé en plénitude quand toutes choses seront accomplies : c’est-à-dire lors de la résurrection de Jésus-Christ. Tel est le fondement de la foi chrétienne ; Dieu a ressuscité son Envoyé Jésus-Christ. Il a justifié celui que les autorités avaient condamné à mort. Lui, l’innocent, il a été mis au rang des terroristes ; lui, l’artisan de paix, a été mis au ban des accusés ; lui, qui disait toutes choses en vérité, a été réduit au silence de la mort par le pouvoir des menteurs. Dieu n’a pas consenti à cette injustice. Il a exaucé la prière de Jésus. Il l’a associé à sa gloire et fait de lui le principe universel du salut.

La prophétie de Marie s’est donc réalisée : Dieu a manifesté la vanité des orgueilleux qui jugeaient au nom de Dieu l’envoyé de Dieu. Dieu a jeté de leurs trônes ceux qui ont condamné Jésus ; il a manifesté que leur pouvoir était une imposture, car en jugeant au nom de l’intérêt de l’Empereur, il détruisait le fondement même de tout pouvoir : la justice et la paix.
La réalisation de la prophétie s’est faite réellement. Ce n’est pas spirituel ou moral, mais charnel. La résurrection est résurrection de la chair. C’est le commencement d’un univers nouveau selon la chair. La résurrection est l’acte par lequel Dieu transforme l’humanité de son Bien-aimé et en fait le principe du salut par le pouvoir qu’il lui donne de sanctifier et de transformer la vie du monde.

Les évangiles de l’enfance ont été écrits, vous le savez, après les autres textes de l’évangile. Ils disent dans le commencement ce qui est venu à la fin. Celle-ci n’abolit pas le commencement. Le cantique de Marie prend sens en son environnement immédiat.

Marie rencontre Élisabeth. Deux femmes ! Une jeune fille et une femme mûre, déjà âgée ! L’une et l’autre portent en elles la vie. Ceci est mystérieux comme toute maternité qui commence dans le secret. Il y a davantage, car Élisabeth était stérile. Après des années de mariage, elle n’avait pas d’enfant. Or voici que comme jadis Sarah et Anne, sa prière a été exaucée ; elle va donner la vie pour que la promesse de Dieu se réalise. Marie également porte en elle un fils ; elle sait que s’accomplit en elle la promesse faite aux pères : donner à David une descendance par une conception qui ne doive rien au désir de l’homme, mais seulement à l’initiative de Dieu, comme le disait le prophète Isaïe.
Marie et Élisabeth se rencontrent parce que dans leur chair ont été conçus les enfants de la promesse, instruments du salut de Dieu. En leur chair, stérile ou bien in-épousée, Dieu fait jaillir la vie. Cette même chair sera persécutée et Dieu lui fera justice par la résurrection de la chair.
Cet acte dépasse les deux femmes. Elles le savent. Dieu fait plus que répondre à leur prière. Il manifeste son amour à tous les hommes et à toutes les femmes, à toutes les générations.
La prophétie nous concerne. Elle nous indique le chemin du salut. Elle nous appelle à faire le renversement qui nous associe à la victoire du ressuscité et qui nous permet d’avoir part à son Esprit.

Entendre la prophétie de Marie et s’en inspirer dans ses choix fondamentaux ou quotidiens c’est devenir disciple de Jésus dont le portrait nous a été donné par Isaïe : voici que dans la famille de David est venu celui en qui repose la plénitude de l’Esprit Saint, source de sagesse, de force, de conseil, d’intelligence, de connaissance, du sens de Dieu. Il fait œuvre de justice. Il écarte le mal et libère les forces du bien. Il redonne à la création son visage de paix et d’harmonie.
Vivons à sa suite et ainsi nous sortirons de la pesanteur et de l’aveuglement du paganisme. Nous verrons le vrai visage de Dieu dépouillé des artifices idolâtriques du pouvoir, de la domination ou de l’injustice.

Jean-Michel Maldamé, op


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