La liturgie et la théologie nous invitent aujourd’hui à voir en elle l’horizon universel du salut et sa racine même. Jésus est le sauveur de tous. Il est plus que ce que nous pouvons imaginer dans le seul présent. Il est le sauveur de ceux qui ont espéré et préparé sa venue. En considérant Marie, nous considérons, comme le dit un des grands théologiens de notre temps, « celle qui est infiniment sauvée, parce qu’elle sauve infiniment », celle qui a mis au monde le Fils de la Promesse. « Jésus-Christ, Fils de David selon la chair, établi Fils de Dieu avec puissance, selon l’Esprit de sainteté ». Telle est la foi de l’Église exprimée par Paul au commencement de l’épître aux Romains (1, 3-4). Nous connaissons Jésus-Christ dans la lumière de la résurrection. Nous le connaissons vainqueur du péché du monde, source de salut pour tous ceux qui croient en lui. Dans la lumière de la résurrection, nous faisons mémoire de sa passion, de sa mort, de sa vie. Nous faisons mémoire de sa naissance dans les évangiles de l’enfance qui, comme chacun sait, ne racontent pas l’enfance du petit Jésus, mais les enfances du Ressuscité pour dire son origine. Dans ces commencements où la foi sait lire la première marque de la victoire de Dieu, Marie joue un rôle éminent. La place singulière de Marie ne se comprend que si on sait comparer avec ce qui est dit des autres femmes, mères comme elle et comme elle instruments de la réalisation de la Promesse de Dieu. Le récit de l’Annonciation entendu à l’instant nous demande de considérer Élisabeth (Lc 1, 36). Celle qui s’en allait sans enfant attend une naissance dans la joie et le secret (Lc 1, 24-25). Elle se trouve en la situation de Sarah, femme d’Abraham (Gn 18, 10). Voici que Dieu fait ce que la nature ne peut plus faire ou ne sait pas faire. Il donne un fils à ces femmes, dont Anne chante la joie en un cantique qui sera repris presque mot à mot par Marie en le Magnificat (Lc 1, 46-56 ; I S 2, 1). Le récit évangélique se réfère à la famille de David. Qui ne se rappelle la grâce faite à David. Son onction ne doit rien à la noblesse de son lignage puisqu’il est de la famille de Jessé, humble paysan de Bethléem et non pas de la maison du roi (I S 16, 1). Davantage encore ! Lorsque Jessé a appelé ses fils, il l’avait oublié (I S 16, 12). Si le premier Messie est choisi ainsi, c’est parce que Dieu ne fait rien que par grâce. Cette manière d’agir de Dieu est confirmée lorsque les rois d’Israël trahissent la foi de leur père. Isaïe nous dit que lui-même nous donnera un signe (Is 7, 14) : une naissance qui échappera au pouvoir du roi, au vouloir des hommes, la naissance de l’Emmanuel de cette jeune fille dont il ne savait pas le nom. Nous, nous en savons le nom, Myriam. Dans la famille de David, à Bethléem de Judée, Dieu a tenu sa promesse (Lc 2, 11). Dans la lumière de la résurrection, nous savons que le Fils de Dieu est Fils de David selon la chair, par grâce, en accomplissement de la Promesse. Il y a davantage encore. Par la résurrection, le Père a établi Jésus, non pas seulement Messie d’Israël, mais sauveur du monde. C’est pourquoi l’Écriture doit être lue depuis le tout premier commencement et non pas seulement depuis Abraham. L’horizon de la foi est universel. Dans la lumière de la résurrection, nous lisons, les récits d’origine d’une manière spécifique (Gn 2-3). Nous ne les lisons pas comme des récits de malédiction, mais comme l’expression d’une promesse. Dans la descendance de la Femme en qui se reconnaît l’humanité, Dieu fera surgir quelqu’un qui brisera le mal en son principe. Il détruira la mort. Il enlèvera l’opprobre de toute l’humanité. Il brisera la puissance des ténèbres. En la lumière de la résurrection, nous savons que la promesse a été tenue. Jésus est vainqueur de la mort. Il a brisé la tête de l’antique serpent séducteur et menteur (Gn 3, 15). Le Fils de l’homme, le Fils de David a été établi Seigneur. Il a sauvé tous ceux qui ont foi en lui, que cette foi ait été sous le signe de la promesse ou de l’accomplissement. Parmi tous les sauvés, i1 y a Marie, la mère de Jésus. Elle occupe une place éminente, la plus proche possible du sauveur selon la chair puisqu’il prend chair de sa chair. Elle est sauvée de manière radicale. Il n’y a pas en elle la marque de la faute originelle. « Jésus-Christ, Fils de David selon la chair, Fils de Dieu avec puissance, selon l’Esprit de Sainteté ». Ne méprisons pas la chair par laquelle Dieu nous sauve. Honorons comme il convient la femme par qui la promesse s’est accomplie (Gal 4, 4). « Est-ce assez pour vous de lasser les hommes que vous lassiez aussi le Dieu vivant ? », disait le prophète Isaïe (Is 7, 13). « C’est pourquoi Dieu lui-même vous donnera un signe ! » Nous l’avons vu en la naissance du Sauveur. Jean-Michel Maldamé, op - Pour aller plus loin consultez le Dossier spécial "Avent" version 1.0 - © Copyrights DOMUNI 2007 - tous droits réservés biblio.domuni.org |