Figurez-vous qu'il n'est peut-être rien de plus actuel que la vaine gloire. Voir et être vu, faire voir et se faire voir, voyeurisme généralisé complaisamment entretenu par les journaux et les médias. Jamais comme aujourd'hui peut-être ne s'est-on autant épanché et raconté, pour prétendre dire le meilleur, l'insipide ou le pire, qu'importe. C''est toujours pour faire voir et bien souvent se faire voir. Quand ce `m'as-tu-vuisme' concupiscent prétend mettre à jour et exposer au regard de tous le tréfonds du cur, il y a là un véritable artifice mensonger. Le lieu du cur est une source cachée où sourd secrètement l'Esprit du Père et son murmure ne se laisse jamais pressentir que dans le silence et l'intimité. Source à jamais indisponible à toute forme de mainmise afin de ne jamais pouvoir cesser de t'abreuver : cela s'appelle la grâce. Elle ne se peut partager qu'entre amoureux et entre amis. Le secret du cur se dérobera toujours à toute exposition et par le fait même de cette exposition. La télé-réalité ou toute autre forme de surexposition médiatique de l'intime que ce soit, est une pure illusion. Vanité des vanités que cette ostentation dérisoire et inhumaine. La vaine gloire. Cette toute puissance et cette omniprésence du spectacle du privé et de l'intime ne nous veut pas que du bien. Il est donc temps de réapprendre à jeûner. Il est temps de redécouvrir le lieu caché et secret du cur de l'homme. Le carême est là pour nous le rappeler. L'évangile nous invite aujourd'hui à prier le Père qui voit et qui est dans le secret, au lieu du cur. Il y va de notre véritable naissance à nous mêmes et à la vie de Dieu en nous. Il y va de notre juste rapport aux êtres et aux choses, il y va de notre capacité d'aimer, d'aimer Dieu de cet amour même dont il nous aime et par conséquent, de nous aimer en vérité les uns les autres. Au lieu du cur, il s'agit d'inventer là son chemin de vie, chacun d'une manière unique, une vie vivifiée par l'Esprit, une vie pour la vie. De la cendre au parfum. Je vous propose trois efforts de carême pour mieux avancer sur ce chemin-là :
Jean-Marc Gayraud, op., (1) in Sr. Marie-Ancilla, "Tu aimeras ton frère. À l'école des Pères du désert", Éd. Source de Vie, Vieille-Toulouse, 1997, p. 48
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