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évangiles de la Résurrection nous parlent tous dune
expérience de rencontre qui nous fait passer de la tristesse à
la joie, de la peur à la paix, de la mort à la vie. Rencontre
avec le Ressuscité qui donne la vie là où la mort
exerçait son empire. L'évangile des pèlerins dEmmaüs
explicite dune manière unique cet événement
de rencontre en insistant en particulier sur le processus dapprofondissement
et de découverte lié à toute rencontre. Le Christ
vient à notre rencontre et il donne à cet événement
tout lespace et le temps quil lui est nécessaire. Il
sagit de mesurer lampleur de notre attente et la profondeur
de notre désir. Il sagit de descendre jusquaux fondements
de la quête du cur, pouvoir lexprimer, en découvrir
le sens caché et voir que cest bien là que le ressuscitéveut
venir nous rejoindre. Dieu qui a ressuscitéJésus dentre
les morts vient faire oeuvre de régénération à
la source de notre être. Il fait uvre de création nouvelle
et pas moins que loeuvre de la première création,
cest là un fait de Dieu unique et absolument gratuit. Comme
pour les disciples dEmmaüs, lÉcriture nous conduit
sur le chemin de cette découverte, elle est la Parole vivifiante
de Dieu, parole arrachée au chaos, à la douleur, à
loubli, à la mort ; cri de joie du salut jailli du plus profond
de la plainte de lhomme. Elle est bien notre unique et notre meilleur
pédagogue vers le Christ qui surgit victorieux du plus profond
du tombeau.
En entrant dans ce mystère, Le coeur brûle
et chante de joie. Et cependant, quelque chose peut nous retenir sur le
seuil de cette joie et cest la réalité terriblement
triste de ce monde. La plus grande partie de lhumanité ne
connaît pas de bonheur. Elle est tenaillée par la faim, paralysée
par la peur, effondrée par laccumulation des frustrations
et des désillusions, blessée sous les coups de la violence
la plus insensée. En quelque région du monde que ce soit,
daucuns peuvent toujours se reconnaître dans cette litanie
mortifère du malheur. Pourrions-nous donc être heureux devant
tant de malheur et tant de malheureux? Bien-sûr que non si le bonheur
qui était la nôtre était étranger à
ce malheur du malheureux, encore moins sil nous le faisait oublier.
Mais cest bien du contraire dont il sagit. La joie des disciples
dEmmaüs, ce nest pas la joie du touriste qui court au
club Méditerranée, cest tout le contraire, cest
la joie du disciple qui court auprès du frère désemparé,
en sa nuit illuminée par le Christ venu à sa rencontre.
Cette joie qui a jaillit comme la lumière au cur de notre
nuit na donc rien à voir avec le bonheur triste du possédant,
avec les réjouissances des suffisants, insulte à la détresse
du malheureux et quils se procurent bien souvent à ses dépens.
La joie qui resplendit en cette nuit des pèlerins
dEmmaüs, ce nest pas vraiment non plus la bonne joie
de nos bons moments partagés même si cette joie là
est sans aucun doute un reflet de cette autre joie. Cette autre joie,
quest-elle donc ? Cest lheureuse joie de Celui qui passa
de la mort à la vie, de la douleur à la joie, cest
la joie pour ceux qui sont sans joie, joie bienheureuse qui réjouit
ceux qui pleurent, dautant plus heureuse et inébranlable
quelle ne peut pas venir de nous, cest une joie pascale. Soyons
donc joyeux de cette joie-là et que notre joie de Pâques
ne soit pas sans une pâque de la joie, soyons le mémorial
de la joie pour ce monde sans joie, soyons les gardiens de la joie dans
un monde où coulent le sang et les larmes.
Joie du ressuscité! ressuscitéde notre
joie qui nous libère de toute peur, de tout repli sur soi en nous
dépossédant de soi, qui nous recrée en notre capacité
daccueil, de don et de partage, en notre capacité dêtre
autre, dêtre cet autre que vient à notre rencontre,
qui nous fait vivre par Lui et pour lui Lui, le Christ, cest lautre
et cest le Tout-Autre, cest Dieu et cest le prochain,
ça nest jamais lun sans lautre, ni lun
avant lautre. Qui voit le Christ voit Dieu dans le prochain et voit
le prochain en Dieu, il ne voit jamais Dieu sans voir le prochain. Le
Christ ne nous unit pas à lui sans faire uvre de communion
entre nous, il nous unit en vérité les uns aux autres quand
il nous unit à lui, bien au-delà de ce dont nous serions
capables par nous-mêmes. Sacrement de lautel et sacrement
du frère inséparablement. Cest bien là lexpérience
même des disciples dEmmaüs, cest là ce quil
ont vu dans le geste de partage de ressuscité Reconnu dans la fraction
du pain et dans le pain partagé de nos vies, il est le Vivant parce
quil est vie donnée. La vie est une affaire bien trop sérieuse
pour en faire notre seule affaire et la mort hante la vie de qui la réduit
à ses seuls intérêts et à sa propre vie. Il
a tout à y perdre celui qui veut la garder. Nayons donc pas
le souffle court! Partageons le pain de la vie et vivons de ce partage.
Et il y a beaucoup de pain sur la planche à partager ! Les disciples,
rejoint jusquau plus profond de la nuit par la patiente marche à
leur côté du Maître de la vie, ont vu se lever peu
à peu laurore du Salut. Ils peuvent maintenant se lever et
courir à la rencontre de leurs frères comme vers cette aurore
sans déclin, car voici quelle illumine pour toujours désormais
la nuit de ce monde et annonce la victoire définitive du Ressuscité
Frère Jean-Marc GAYRAUD, op
Un
corps de résurrection
reconnu à la fraction du pain
par les disciples d'Emmaüs
3e dimanche de Pâques,
10 avril 2005
par Jean-Michel Maldamé, op
« Deux disciples faisaient route vers Emmaüs
[.]. Il advint lorsqu'ils conversaient et discutaient ensemble, que
Jésus en personne s'approcha, et il faisait route avec eux ;
mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître.
[.] Quand ils furent près du village où ils se rendaient,
il fit semblant d'aller plus loin. Mais ils le pressèrent en
disant : 'reste avec nous car le soir tombe et le jour déjà
touche à son terme'. Il entra donc pour rester avec eux. Et il
advint, comme il était à table avec eux, qu'il prit le
pain, dit la bénédiction, puis le rompit et le leur donna.
Leurs yeux s'ouvrirent et ils le reconnurent à la fraction du
pain. Mais il avait disparu de devant eux. Et ils se dirent : 'Notre
cour n'était-il pas tout brûlant au-dedans de nous, quand
il nous parlait en chemin, quand il nous expliquait les écritures.
À cette heure même, il partirent et s'en retournèrent
à Jérusalem. Ils trouvèrent les Onze [.] Et eux
de raconter comment ils l'avaient reconnu à la fraction du pain
» (évangile de Luc 24, 13-35).
orsque
Jésus s'est manifesté sur la route, les disciples ne l'ont
pas reconnu. Pourtant, lorsque Jésus s'est manifesté, il
occupait de l'espace sur la route. Son vêtement faisait une tache
de couleur qui tranchait avec le paysage. Il marchait comme marche un
homme dont les pieds se posent sur le sol. Il parlait avec des mots, avec
sa voix et son accent. Il ne faisait pas encore nuit et ils pouvaient
voir son visage et croiser son regard. N'est-il pas étrange qu'ils
ne l'aient pas reconnu alors ? Ce n'est que lorsqu'il fit un geste, qu'ils
le reconnurent. Pourquoi ? Pour répondre à cette question,
il faut parler du corps de résurrection. Et pour cela commencer
par nous demander qu'est-ce qu'un corps et ensuite qu'est-ce qu'un corps
ressuscité.
1. Le terme de corps ne désigne pas une
abstraction, comme chez les savants ou une entité générale
comme les mots-phares qui mobilisent les foules (liberté, égalité,
solidarité.). Le terme de corps se réfère à
ce qui est bien concret. Mais ce n'est pas simple, car celui qui parle
du corps est déjà dans un corps, le sien. Pour cette raison,
le sens premier du terme n'est pas une idée, mais une expérience.
Or il y a expérience et expérience.
Le corps est un donné matériel. Il est
là par sa masse, son volume et par la place qu'il occupe dans l'espace
et le temps. Le corps est alors un « objet du monde ». Mais
le corps n'est pas que cela : il est un organisme vivant. Il vit. Il échange
avec le monde extérieur par la respiration, l'alimentation, la
relation, tout à la fois actif et passif.
Il y a une autre expérience du corps, celle qui
vient de l'intime. Le corps n'est pas une chose posée là,
mais ce qui s'engage dans la parole et le geste. Ce n'est pas un moyen
d'action comme un outil, mais une identité qui se manifeste par
l'attitude générale, par la mobilité, par les gestes
et par l'expression. Le corps exprime la pensée. Il fait de la
pensée quelque chose dans l'espace et le temps. Ainsi le corps
n'est pas chose ou objet, mais il est tout entier signe, symbole, forme
de vie intelligente et pensante.
Il y a aussi celui qui souffre par son corps qui porte
le poids des ans, l'usure, l'épreuve la maladie et des blessures
qui sont tout à la fois du cour et de l'âme.
L'expérience corporelle fait sortir de soi, car
le corps est aussi vrai par la relation à autrui. Il y a le corps
objet, le corps qui dit, le corps au centre de la vie affective où
tout à la fois on donne et on prend.
Toutes ces expériences fondatrices font que lorsqu'on
parle du corps, il y a tout cela qui en fait la vérité et
qui permet de comprendre pourquoi le mot évoque plus que ce qui
se touche ou se perçoit sensiblement, ou se donne à l'étude
objectivante de la physique, de la chimie, de la biologie et même
de la médecine.
2. Le corps est ouvert sur une autre forme de
vie que celle qui se déroule dans les strictes nécessités
de l'espace-temps défini par le mouvement de la Terre dans le système
solaire. Il y a plus que l'ouverture au sens de simple possibilité,
il y a un appel à cette vie plus vraie. Les poètes et les
artistes le sentent, le disent et le font advenir par la force de la beauté.
Les amoureux le vivent dans leur mutuelle présence où la
présence se fait dans la confiance, la remise de soi à l'autre,
la disponibilité et la création du neuf, le lieu de la parole
qui est vie. Là le corps est plus vrai que dans le mutisme, l'inertie,
l'indifférence ou l'encombrement de l'espace nécessaire
à la vie.
Il en va de même dans la rencontre de celui qui
prie avec son Dieu. Son corps amoureux, tendu de tout son être vers
la communion avec l'ineffable, est habité par une présence
qui le sanctifie.
Ceci nous permet de comprendre en quel sens on peut
parler d'un corps de résurrection. C'est un corps plus vrai. Un
corps qui est tout entier dans la présence, dans la parole et dans
un geste empli de signification : la fraction du pain.
3. Le corps qui a été vu par les
disciples d'Emmaüs est un corps réel : il partage la marche,
il parle, il écoute, il prend place à table et, finalement,
il se fait reconnaître par le geste de la fraction du pain. Ce geste
est celui par lequel celui qui préside le repas le prend en sa
main, brise le pain et en donne des morceaux aux convives. Or c'est par
ce geste que Jésus avait résumé le sens de sa vie
en disant « mon corps livré pour vous et pour la multitude
». Le mot livré prend sens pour ceux qui portaient le deuil
de l'ami arrêté, condamné, crucifié et enseveli.
Le mot livré prend sens pour ceux qui ne pouvaient pas ne pas se
souvenir d'une de ses paroles les plus belles : « il n'est pas de
plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis ». Le mot livré
prend sens pour ceux qui l'ont entendu prier son Père, lui remettre
sa vie, et qui à table pour ce repas invoque le Dieu créateur
qui est source de vie.
Oui ce corps qui est avec eux depuis le commencement
de leur route est bien celui de Jésus. Ce corps de chair est le
sien. Mais il n'est pas dans la condition spatio-temporelle qui fut le
sien au temps de ce que l'on appelle aujourd'hui vie publique ; il est
devenu encore plus vrai. Il est totalement habité par la force
de l'Esprit de Dieu. Il est métamorphosé. Il est transfiguré.
Pour dire que c'est bien le même qu'avant, qui est passé
par la mort, il convient aussi de dire qu'il est ressuscité.
Sitôt qu'ils ont reconnu Jésus à
la fraction du pain, les disciples reprennent la route, car ils sont désormais
témoins et responsables de porter la nouvelle. Ils partent partager
la joie avec leurs frères et soeurs qui furent compagnons de Jésus
pendant sa vie publique. Ils savent que désormais le signe du partage
du pain sera pour toujours l'instrument d'une présence. Ils savent
qu'une fraternité est fondée du partage de la parole et
du partage du pain sanctifié par l'Esprit de sainteté.
Frère Jean-Michel Maldamé, op
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maj
18.05.2005
Droits d'auteur : © Jean-Marc
GAYRAUD - Jean-Michel MALDAME - Domuni - 2005
ce texte peut être librement diffusé en entier ou en partie
à titre non commercial. Toute diffusion, sous quelque forme que
ce soit, devra être obligatoirement être accompagnée
de la mention suivante :
- Source : Domuni, article de Jean-Marc GAYRAUD, Messages du temps
pascal, www.domuni.org, 2005
- Source : Domuni, article de Jean-Michel MALDAME, Messages du temps
pascal, www.domuni.org, 2005
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