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Frère Jean-Marc GAYRAUD, o.p.

Pensées à penser
Recueil de prédications

Pensées à penser - Recueil de méditations sur les Evangiles

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Baptême du Seigneur : Mc 1,7-11

Marc chapitre 1, versets 7 à 11

« 7 Jean proclamait : "Vient derrière moi celui qui est plus fort que moi, dont je ne suis pas digne, en me courbant, de délier la courroie de ses sandales. 8 Moi, je vous ai baptisés avec de l'eau, mais lui vous baptisera avec l'Esprit Saint." 9 Et il advint qu'en ces jours-là Jésus vint de Nazareth de Galilée, et il fut baptisé dans le Jourdain par Jean. 10 Et aussitôt, remontant de l'eau, il vit les cieux se déchirer et l'Esprit comme une colombe descendre vers lui, 11 et une voix vint des cieux : "Tu es mon Fils bien-aimé, tu as toute ma faveur. »

De l'épisode du baptême de Jésus, raconté à la fois avec sobriété et relief par Marc, retenons trois aspects fondamentaux et en étroite relation : l'identité de Jésus, la mission de Jésus et l'accomplissement en Jésus.

L'identité de Jésus

C'est le Père lui-même qui "nomme" Jésus son Fils, le Bien-Aimé (agapètos). Cette relation intime est fondée et attestée par l'Esprit, leur amour commun, qui descend sur Jésus. Nous avons là une déclaration d'identité trinitaire. Chaque "personne" n'est nommée et présentée au lecteur dans son originalité qu'à partir des deux autres, leur communion même fonde l'identité de chacune d'entre elles. Chez Marc, cette déclaration reste le secret de Dieu, jusqu'à ce que ce secret soit pleinement manifesté à la Résurrection : le Père s'adresse à son Fils et non pas à l'entourage. Ceci donne à la Parole de révélation du Père un caractère très particulier d'intimité.

Cette déclaration d'amour qui fait être (identité) se déploie aussitôt dans la perspective messianique, c'est à dire en fonction du dessein de Salut, dessein que l'Ecriture révèle peu à peu à travers l'histoire du peuple de Dieu. Nous passons sans nous en apercevoir de ce qu'il y a de plus intime en Dieu à ce qui nous concerne le plus intensément : comme pour nous dire que, de ce colloque mystérieux entre les trois "personnes", nous sommes, nous, depuis toujours, le sujet principal. Est en jeu ici la mission de Jésus comme mission trinitaire.

La mission de Jésus

Jésus est rempli d'Esprit saint, il est l'Oint du Seigneur : c'est là le sens littéral du terme Messie (sur l'hébreu) ou Christ (sur le Grec). Le Messie (ou le Christ), parce qu'il est rempli d'Esprit, mène l'histoire vers sa libération définitive et la création à son accomplissement. Israël a progressivement identifié cette mission selon des traits personnels : c'est dans sa personne que le Messie accomplira sa mission et sa mission ne se laissera pas distinguer de l'engagement total de sa personne.

Les fameux "cantiques du serviteur" d'Isaïe constituent l'arrière fond biblique principal de notre récit. Ce personnage étonnant dont nous parle Isaïe à travers ces cantiques est décrit précisément comme celui qui porte dans sa chair et par tout son être la mission qui est la sienne de conduire Israël à la libération. Il est pour cela rempli d'Esprit saint. Il représente le point de convergence des onctions royales, prophétiques et sacerdotales qui étaient toutes à leur façon des engagements et des missions de Salut.

Avec Jésus, les cieux se déchirent (Is 63,19) et l'Esprit se répand sur lui en abondance. Le temps messianique est arrivé. Jésus est le Christ. Et il est "le Fils" : il n'est pas sans le Père qu'il fait connaître. Le baptême de Jésus, proclamé par le Père comme "Fils Bien-aimé", inaugure sa vie publique, sous le signe de l'Esprit. C'est précisément au moment où il est manifesté dans sa sainteté originelle, personnelle et éternelle qu'il reçoit le baptême, c'est à dire, et c'est là un vrai scandale, qu'il se met du côté des pécheurs.

Plongé dans les eaux mortelles du péché, la sainteté de Jésus qui surgit des eaux les a rendues vivifiantes : le baptême est un mime "réel" de la pâque du Christ et le symbole ambivalent de l'eau (mort-vie) convient parfaitement à ce mime. Dans ce double mouvement du baptême (plongée et relèvement), vous pouvez retrouver toute la geste du Salut dans l'Histoire d'Israël qui est ici menée à son achèvement : l'Exode, le déluge, la création.

Voilà bien ce sur quoi il faut méditer aujourd'hui : c'est avec notre histoire de péché que Jésus inaugure dès maintenant la nouvelle création, œuvre trinitaire de la sainteté de Dieu. C'est dans la réalité charnelle de ce monde que Dieu fait toutes choses nouvelles : évitons tout idéalisme désincarné, nous sommes invités à renaître "d'eau et d'Esprit" (Jn 3,5). La vie chrétienne n'est pas de l'ordre du sacré qui sépare mais du sacrement qui transforme tout, c'est à dire en unissant la vie de Dieu à la nôtre, et jusque dans ses profondeurs les plus ténébreuses.

L'accomplissement en Jésus

Jésus accomplit les Ecritures par... un nouveau commencement, éternel celui-là ! Le baptême qui nous identifie à Jésus dans son mystère de filiation nous immerge "Esprit-Saint", Esprit de la nouvelle création. L'image de la colombe suggère cette liberté souveraine, cette mobilité et cette joie "ailée" d'une nouvelle naissance. Tout est neuf et pour toujours en Jésus tandis que toute histoire humaine est assumée pleinement dans cette nouveauté. L'Esprit de Dieu planait sur les eaux au commencement du monde, la colombe rapporta à Noé l'annonce de la paix (rameau d'olivier) messianique qui est plénitude et harmonie suprême, Jésus est rempli d'Esprit saint, il nous fait naître à sa vie et laisse derrière nous, à jamais morte, la mort.

Invitation est lancée à entrer dans la danse du Vivant, à laisser sa vie rejoindre nos morts, sa joie notre tristesse, sa paix notre peur, sa tendresse la dureté de notre cœur, cet amour et cette tendresse indicibles la violence innommable de ce monde de péché.


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