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Frère Jean-Marc GAYRAUD, o.p.

Pensées à penser
Recueil de prédications

Pensées à penser - Recueil de méditations sur les Evangiles

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8eme dimanche dans l'année :Mc 2,18-22

Marc chapitre 2, versets 18 à 22

« 18 Les disciples de Jean et les Pharisiens étaient en train de jeûner, et on vient lui dire : "Pourquoi les disciples de Jean et les disciples des Pharisiens jeûnent-ils, et tes disciples ne jeûnent-ils pas ?" 19 Jésus leur dit : "Les compagnons de l'époux peuvent-ils jeûner pendant que l'époux est avec eux ? Tant qu'il ont l'époux avec eux, il ne peuvent pas jeûner. 20 Mais viendront des jours où l'époux leur sera enlevé ; et alors ils jeûneront en ce jour-là. 21 Personne ne coud une pièce de drap non foulé à un vieux vêtement ; autrement, la pièce neuve tire sur le vieux vêtement, et la déchirure s'aggrave. 22 Personne non plus ne met du vin nouveau dans des outres vieilles ; autrement, le vin fera éclater les outres, et le vin est perdu aussi bien que les outres. Mais du vin nouveau dans des outres neuves ! »

Noces, pardon et nouveauté. Trois termes qui peuvent résumer l'Évangile aujourd'hui si nous voyons en quoi ces termes sont associés et constituent par là l'heureuse nouvelle de ce dimanche.

Jésus vient de "banqueter" entre Publicains et Pêcheurs (Mc 2,13-17). Au monde du péché, Jésus oppose la fête nuptiale des réconciliés ; au monde du péché, disciples de Jean et Pharisiens opposent le jeûne. Le jeûne est dans l'Écriture le temps du deuil, de la conversion et du désir du Jour de Dieu qui tarde à venir. Il a couleur de cendres. Temps nécessaire que ce temps de l'absence de l'Époux car il doit nous conduire à ce constat désarmé : sans l'Époux rien ne vaut, rien ne vit, rien ne tient. Tout désir se meurt, toute possession est vaine, tout effort à vouloir vivre est inutile. Si nous pensons, comme les disciples de Jean et comme les Pharisiens qu'il faut par conséquent continuer à jeûner, ce constat désarmé devient un constat désolant et désolé, un constat mortifère.

Mais si ce temps de jeûne, de l'absence, de l'épreuve, en vient à dégager peu à peu l'espace vide de l'abandon et de l'offrande, alors, l'Époux prend place dans le cœur de sa bien-aimée, et là, l'espace devenu désertique sans lui est désormais par lui tout entier occupé. Le rien du jeûne est devenu le tout de sa présence, ce creuset une abondance, ce renoncement un accomplissement, ce dépouillement une plénitude.

Il ne s'est rien passé de notre côté et c'est bien pour cela que le jeûne nous a été indispensable. Il fallait faire ce rien. Rien ne nous est en effet plus nécessaire que ce rien à l'avènement joyeux de sa présence. Je n'y suis pour rien quand mon Dieu est mon tout ! Continuer à jeûner serait désespérer de l'Époux et se tromper d'Époux. Continuer à jeûner serait une fatale tromperie sur son cœur et se tromper sur le cœur de Dieu. Continuer à jeûner serait prétendre que l'on pourrait ajouter quelque chose au don de Dieu et que ce don ne saurait être ni total ni totalement gratuit.

Dans ce mystère nuptial, il ne peut peux pas y avoir d'Épouse plus ou moins bien arrangée pour un Époux plus ou moins bien disposé. Il n'y a qu'une Épouse sanctifiée dans tout son être par un Dieu livré jusqu'à l'extrême. Il n'y a qu'une fidélité donnée sans retour en réponse à l'infidélité sans cesse multipliée, il n'y a qu'un Amour gratuit à opposer à l'ingratitude d'un mépris, il n'y a qu'un festin de Noces à célébrer pour une prostituée épousée (cf. Osée). Au monde du péché, Jésus oppose l'heureuse nouvelle d'une Alliance définitive et accomplie. Le mal qui nous détruisait est anéantit par un bien qui nous submerge. Dieu fait de son pardon un festin de noce et de l'antique péché il fait toute nouveauté.

Pas de compromis possible en effet entre la Sainteté de Dieu et le monde du péché. On ne met pas une pièce neuve sur un vieux vêtement ni du vin nouveau dans de vieilles outres. Ou bien Dieu fait toutes choses nouvelles ou bien ce monde court à sa ruine. Il faut désormais boire le vin nouveau de la Joie de Dieu, il faut désormais se débarrasser des oripeaux couvrant la nudité du péché et se parer du vêtement de noces du Salut : le Jour de Dieu est arrivé !

Cette ivresse du Bonheur, ce resplendissement de Gloire, c'est bien ce que les disciples, compagnons de l'Époux, ont éprouvé "charnellement" au contact de l'Époux. La présence de l'Époux dans la désolation de ce monde est une transfiguration : il métamorphose la tristesse en joie et le péché en sainteté. Sa présence et elle seule suffit à notre vie. Tel il te trouve, tel il te prend. C'est dans ce qui manquait à l'Amour que Dieu t'a comblé d'un Amour plus fort que la mort. L'Époux entre chez-toi et tu deviens l'Épousée. Ne ferme pas la porte !


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