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Frère Jean-Marc GAYRAUD, o.p. Pensées à penser
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1er dimanche de carême : Mc 1,12-15Marc chapitre 1, versets 12 à 15 « 12 Et aussitôt, l'Esprit le pousse au désert. 13 Et il était dans le désert durant 40 jours, tenté par Satan. Et il était avec les bêtes sauvages et les anges le servaient. 14 Après que Jean eut été livré, Jésus vint en Galilée, proclamant l'Evangile de Dieu et disant : 15 "Le temps est accompli et le Royaume de Dieu est tout proche : repentez-vous et croyez à l'Evangile. » C'est après avoir reçu le baptême, événement de communion trinitaire, que Jésus est poussé par l'Esprit au désert. Chez Marc, le désert est avant tout le lieu de la rencontre et de l'expérience de Dieu. L'expérience baptismale de Jésus devient au désert l'expérience de l'intime communion au Père au sein de l'épreuve et de la tentation, présence du Père dans une humanité assumée pleinement et une mission acceptée sans réserve. Cet évangile tend à l'extrême l'arc qui sépare le péché de Dieu et Jésus se trouve au point central de cette tension. Il place le mystère de communion qui le constitue dans son être filial au milieu de l'opposition la plus totale à cette présence de Dieu au cur du monde : c'est là le sens de la mise à l'épreuve dont il est question ici. Ce qui est en jeu, c'est le Salut d'une humanité que le péché défigure et c'est la décision de la part de Jésus de s'engager résolument sur la voie douloureuse qui nous libère. Jésus est en effet tenté par Satan, au désert. Terre désolée et aride, terre de tous les dangers pour l'homme de la Bible : c'est là qu'errent les démons et que guette la mort. Jésus y reste quarante jours. Quarante, chiffre traditionnel pour exprimer dans l'Ecriture le temps de l'épreuve et d'un passage marqué par tous les dangers : quarante jours du déluge, quarante au désert pour les Hébreux, quarante jours de Moïse au Sinaï et d'Elie au désert, etc. C'est le temps du détachement, de la dépossession la plus radicale, afin qu'en cet Exode se découvre à nous l'unique nécessaire à notre vie comme en toutes choses de la vie : Dieu et lui seul. Jésus est donc mis à 'épreuve : c'est là le sens exact du verbe que nous traduisons par "tenter" (v. 13). Les autres emplois du terme chez Marc expriment tous une mise à l'épreuve de Jésus (de la part des Pharisiens) afin de vérifier s'il est bien le Messie annoncé. Il doit en faire la preuve. La tentation de Jésus par le Satan, l'Adversaire qui fait obstacle, est bien celle qu'il connaît à l'égard de sa mission salvatrice qui commence désormais. Jésus fait l'expérience au désert que cette vocation messianique passe par le chemin d'une humanité assumée jusqu'au bout et d'un renoncement à toute forme de puissance qui serait contraire à cette "assomption" de notre humanité (l'Evangéliste Matthieu développe surtout cet aspect de la tentation). Il lui faut avoir la force d'être faible. En Jésus, le plus fort devient le plus faible. Devant le chemin du Salut qui s'ouvre à lui désormais et qui est déploiement d'un drame, le Satan "tente" de le dissuader de s'y engager : cela n'en vaut pas la peine, l'homme n'en vaut pas la peine, le prix à payer est sans mesure aucune avec l'enjeu. Si cependant il se décide à s'engager, les voies de la puissance messianique lui correspondraient certainement beaucoup mieux ! Nous le voyons, la tentation de Jésus est le temps de l'épreuve par laquelle il correspond parfaitement dans l'obéissance au dessein du Père. L'Esprit commun du Père et du Fils reçu au baptême pouvait seul faire face à la tentation du Satan. Jésus laisse Dieu être Dieu (le Père) et anéantit dans son obéissance toute forme d'idolâtrie, c'est à dire qu'il ne met rien à la place de Dieu. Le vide du désert devient le tout de Dieu. Le désert insoutenable est dans l'Ecriture le lieu de nos dieux inventés : l'idolâtrie. Le désert insoutenable devient en Jésus le lieu de l'Alliance réalisée dans l'obéissance, la correspondance parfaite avec le Père. Là où notre humanité ne cesse de succomber aux mirages de la puissance, de la domination, de la "représentation", là où toute forme d'idolâtrie plonge aveuglément l'humanité dans l'illusion, là, Jésus, dans ce face à face terrible avec le "Père du mensonge" et dans un dénuement absolu, fait advenir notre humanité à sa vérité bienheureuse : être enfant de Dieu. C'est pourquoi, aussitôt après, commence la proclamation de "l'Evangile" et l'invitation au retournement du cur (metanoia). Il faut se convertir pour croire à l'Evangile, mais il faut également se convertir en croyant à l'Evangile. Jésus est la présence en notre humanité du Règne de Dieu "répandu et communiqué". Le vainqueur du prince de ce monde nous "retourne" des voies du Mauvais et nous oriente résolument sur le chemin de son Royaume. Ce Royaume advient déjà, alors que nous sommes en chemin vers lui. C'est parce qu'il est déjà présent que nous pouvons le désirer et l'atteindre. L'évangéliste suggère admirablement cet aspect "eschatologique" du Royaume de Dieu en faisant déjà du désert un paradis : les bêtes sauvages qui vivent avec Jésus et les anges qui le servent, non pas à la fin (comme Matthieu) mais durant son séjour au désert, représentent dans le langage biblique cette réconciliation définitive de Dieu et de sa création, du ciel et de la terre. Jésus vainqueur du Mauvais est le Nouvel Adam qui établit toutes choses dans la Paix, dans une harmonie parfaite avec le Père, il est le nouvel Adam du paradis nouveau. Le temps de l'épreuve desséchante est devenu en Lui le temps de la grâce surabondante C'est une invitation pour nous à faire de notre carême un paradis ! C'est à dire, un temps où Dieu nous engendre en son Fils à la vie nouvelle : pour que fleurissent nos déserts et pour que jaillissent de nos épreuves, dures et arides comme le Rocher du désert, une source inépuisable d'eau vive. version 1.0 - © Copyrights DOMUNI 2004 - tous droits réservés biblio.domuni.org |