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Frère Jean-Marc GAYRAUD, o.p.

Pensées à penser
Recueil de prédications

Pensées à penser - Recueil de méditations sur les Evangiles

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3eme dimanche de Pâques : Lc 24,36-48

Luc chapitre 24, versets 36 à 48

« 36 Tandis qu'ils disaient cela, lui se tint au milieu d'eux et leur dit : "Paix à vous !" 37 Saisis de frayeur et de crainte, ils pensaient voir un esprit. 38 Mais il leur dit : "Pourquoi tout ce trouble, et pourquoi des doutes montent-ils en votre cœur ? 39 Voyez mes mains et mes pieds ; c'est bien moi ! Palpez-moi et rendez-vous compte qu'un esprit n'a ni chair ni os, comme vous voyez que j'en ai." 40 Ayant dit cela, il leur montra ses mains et ses pieds. 41 Et comme, dans leur joie, ils ne croyaient pas encore et demeuraient saisis d'étonnement, il leur dit : "Avez-vous ici quelque chose à manger ?" 42 Ils lui présentèrent un morceau de poisson grillé. 43 Il le prit et le mangea devant eux. 44 Puis il leur dit : "Telles sont bien les paroles que je vous ai dites quand j'étais encore avec vous : il faut que s'accomplisse tout ce qui est écrit de moi dans la Loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes." 45 Alors il leur ouvrit l'esprit à l'intelligence des Ecritures, 46 et il leur dit : "Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait et ressusciterait d'entre les morts le troisième jour, 47 et qu'en son Nom le repentir en vue de la rémission des péchés serait proclamé à toutes les nations, à commencer par Jérusalem. 48 De cela vous êtes témoins. »

Ce que suscite le Ressuscité : nous pourrions résumer ainsi l'enseignement de l'évangile de ce dimanche. Ce que suscite le Ressuscité quand il devient une réalité vivante, la réalité vivante et vivifiante de notre vie. Car il est vraiment ressuscité, c'est là une réalité, c'est la réalité même de notre foi et c'est là qu'est le cœur de toute réalité. Le Christ ressuscité en son corps glorifié a le poids du réel, réalité de gloire qui vient illuminer toute réalité en ce monde. Le Ressuscité d'entre les morts est l'aurore de la création nouvelle dans le déclin de ce monde. Il rejoint notre propre réalité, il la révèle, la relève et l'élève en l'attirant à Lui.

Cet évangile insiste avec force sur ce réalisme du Ressuscité. Il montre le Christ glorifié retrouvant un instant au milieu des siens l'humble condition terrestre qu'il avait partagé avec eux. Ce chemin inverse de la transfiguration n'est parcouru par le Christ glorifié que pour nous montrer que désormais toutes choses de ce monde et de cette condition terrestre sont appelées à être traversées et habitées par la condition glorieuse du Ressuscité. Cette condition glorieuse devient alors le dévoilement de notre réalité. Réalité cachée, réalité véritable. Dans le Ressuscité, une plénitude de vie rejoint notre difficulté à vivre, une surabondance notre indigence, un accomplissement notre quête incertaine.

Les disciples voient Jésus, touchent Jésus, écoutent Jésus et mangent avec Jésus. Nous croyons au Ressuscité parce que nous croyons à ce réalisme de la foi, réalisme de ce corps ressuscité. Jésus ressuscité, ce n'est pas un fantôme ni un extra terrestre, ce n'est par Superman, Zorro ou quelque héros idéal et surhumain né tout droit de notre imagination. Il n'est rien de tout cela comme je ne suis rien de tout cela. Non, le Ressuscité, c'est bien ce même Jésus, notre chemin d'humanité. Sa condition glorieuse du Ressuscité ne l'arrache pas à notre humanité, bien au contraire, elle en est le plein accomplissement, la pleine révélation et c'est à hauteur d'humanité que le Ressuscité veut désormais opérer en nous son œuvre de gloire.

L'histoire qui va de Bethléem à Jérusalem n'est donc pas oubliée ni perdue puisque le Ressuscité c'est le Crucifié. Elle est au contraire pleinement assumée dans la lumière pascale et glorieuse puisque le Crucifié c'est le Ressuscité. Ainsi en est t-il par conséquent de la création, de l'histoire humaine et de l'histoire du Salut. Ainsi en est t-il de toute histoire et de toute vie. Au cœur de notre histoire se joue le dépassement de cette histoire. Notre histoire et notre vie doivent, sans cesser jamais d'être ce qu'elles sont, s'exprimer sur le fondement de gloire du Ressuscité. Dans ses réussites comme dans ses échecs, dans ses accomplissements comme dans ses errements, dans ses fidélités comme dans ses reniements, dans notre capacité à aimer comme dans ce qui manque d'amour à notre vie, tout de cette histoire doit passer dans le Ressuscité, tout doit devenir corps de gloire comme les plaies mortelles du Crucifié sont devenues les plaies glorieuses du Ressuscité. Là est bien en vérité la source de la joie, d'une joie pascale.

Dans cet Evangile, Jésus se manifeste auprès des siens à travers deux signes fondateurs : les Ecritures et le partage d'un repas. Sa résurrection nous fait entrer dans l'intelligence des Ecritures, c'est à dire, dans la connaissance intime et profonde de la réalité cachée de ce monde, appelé qu'il est à passer dans le Christ. C'est cela que le corps des Ecritures nous révèle peu à peu et jour après jour, il nous conduit patiemment et indéfectiblement vers le Ressuscité. L'Ecriture est notre chemin de vie, lumière sur la route qui illumine notre histoire, elle est la Parole vivifiante de Dieu, parole arrachée au chaos, à la douleur, à l'oubli et à la mort ; cri de joie du Salut jailli du plus profond de la plainte de l'homme. Elle est parole qui guérit et qui fait vivre, elle est parole qui pardonne et parole qui se donne. Elle fait d'une vie une source de vie : vie de pardon et vie de don.

L'autre signe, le partage d'un repas, est le plus caractéristique de cette union que le Ressuscité vient sceller entre nous et avec Lui. Signe de fraternité, de simplicité et de parfaite réciprocité. L'Alliance s'accomplit dans ce partage, dans cette vie partagée. La table des pêcheurs est devenue la table du Seigneur. Le corps Eucharistique est ainsi le corps du Ressuscité en acte vivifiant de don de soi.

Le corps des Ecritures et le corps eucharistique façonnent ce corps ecclésial que nous formons. Il est germination du monde nouveau dans le corps du Ressuscité. L'écoute amoureuse de la Parole et le partage fraternel du pain font croître ce corps vers sa plénitude. Il en est ainsi également de la parole qui guérit, qui nous établit en fraternité et du pain partagé de nos vies. Le corps des Ecritures et la parole fraternelle, le pain eucharistique et le pain de la vie hâtent en ce monde l'avènement du Royaume. Ce que suscite le Ressuscité quand il devient la vivante réalité de notre vie. De la peur à la paix, de la tristesse à la joie, de la désolation à la plénitude, de la mort à la vie, il ne cesse de susciter une irradiation de Gloire en toutes choses et à chaque instant de notre vie. Cela est vrai et ce n'est vrai que là et qu'en Lui : oui, le jour de Gloire est arrivé !


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