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Frère Jean-Marc GAYRAUD, o.p. Pensées à penser
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4eme dimanche de Pâques : Jn 10,11-18Jean chapitre 10, versets 11 à 18 « 11 Je suis le bon pasteur ; le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis. 12 Le mercenaire, qui n'est pas le pasteur et à qui n'appartiennent pas les brebis, voit-il venir le loup, il laisse les brebis et s'enfuit, et le loup s'en empare et les disperse. 13 C'est qu'il est mercenaire et ne se soucie pas des brebis. 14 Je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis et mes brebis me connaissent, 15 comme le Père me connaît et que je connais le Père, et je donne ma vie pour mes brebis. 16 J'ai encore d'autres brebis qui ne sont pas de cet enclos ; celles-là aussi, il faut que je les mène ; elles écouteront ma voix ; et il y aura un seul troupeau, un seul pasteur ; 17 c'est pour cela que le Père m'aime, parce que je donne ma vie, pour la reprendre. 18 Personne ne me l'enlève ; J'ai pouvoir de la donner et j'ai pouvoir de la reprendre ; tel est le commandement que j'ai reçu de mon Père. » L'évangile du bon pasteur est bien connu. Cependant, ce que l'imaginaire véhicule habituellement et depuis longtemps à propos du "bon pasteur" correspond assez peu à l'enseignement de cette page d'Evangile. L'image bucolique et doucereuse d'un gentil pasteur tout attendri par ses brebis est totalement absente de notre texte. Le terme que nous traduisons par bon (Kalos) n'a pas cette connotation assez mièvre et souvent trop moralisante que lui donnons. C'est là un terme très riche qui exprime l'idée de beauté, de perfection, de justesse et d'équilibre, de bien, de bonté au sens "ontologique". Il exprime la qualité de quelque chose ou d'une personne qui correspond parfaitement à ce pourquoi elle est faite. C'est en ce sens qu'il faut comprendre le "bon" pasteur. Le "bon" pasteur, c'est le pasteur accompli qui répond parfaitement à la fonction qui est la sienne. Jésus est le bon pasteur parce que lui seul est pleinement habilité et peut parfaitement s'acquitter d'un tâche pastorale unique, lui seul peut et sait conduire ses brebis à bon port. Cette responsabilité pastorale de Jésus est à comprendre sur la toile de fond de la très riche tradition biblique du pasteur et en premier lieu sur l'utilisation par Ezéchiel (ch. 34) de ce thème. Le parallèle avec notre récit est noté par tous les exégètes. Ce ne sont, au pire, que de mauvais bergers qui n'ont cessé de surgir en Israël, ou, au mieux, des bergers incapables de s'acquitter pleinement de leur mission. Cette mission était de conduire Israël, le peuple que Dieu n'a cessé de confier à des pasteurs. C'est pourquoi Dieu lui-même sera le berger de son peuple et il suscitera pour cela un nouveau pasteur, un nouveau David qui fera de son peuple un peuple qui marche selon les voies de Dieu. "il n'y aura qu'un seul pasteur pour eux tous ; ils obéiront à mes règles, ils observeront mes lois et les mettront en pratique" (Ez 37,24) : le rêve de Dieu devient réalité en Jésus, le "berger d'Israël". Pour bien saisir l'originalité unique de ce pasteur qu'est Jésus, l'Evangéliste va l'opposer au simple employé, au salarié, au mercenaire (suivant différentes traductions). Le bon pasteur, à la différence de quelque autre employé que ce soit, joue sa vie dans le soin qu'il prend de ses brebis. Il n'a d'autre intérêt que la sollicitude de son troupeau. Il est prêt à tout pour accomplir sa mission et il est parfaitement désintéressé. Le salarié, lui, s'acquitte de sa tâche dans les limites du contrat établi. Son intérêt est bien différent. Il a précisément des intérêts autres que le soin du troupeau, à commencer par son salaire ! Il n'ira pas jusqu'à risquer sa vie pour sauver le troupeau de la menace des loups. Le vrai pasteur risque sa vie, c'est là le sens précis du terme utilisé ici, que nous traduisons trop généralement par "donner" et qu'il vaudrait mieux traduire par "dessaisir" ou "déposséder". Il est prêt à se dessaisir de sa vie pour que vive son troupeau. Il ne tient pas plus à sa vie, ou pas moins, qu'à celle de ses brebis et il est disposé pour cela à s'exposer à tous les dangers. A la différence de l'employé, il ne pourrait songer à aucun moment à abandonner ses brebis quand s'annonce un danger de mort. Cette expression "se dessaisir" de sa vie pour que vivent ceux que l'on aime et ceux pour qui l'on vit revient à trois reprises dans notre passage (v.11.15.17) qu'elle structure par conséquent. Ces trois mentions nous signalent que le lien qui unit le pasteur à ses brebis à sa source dans celui qui unit le Fils au Père : leur mystère de connaissance et d'amour est fondé précisément dans ce dessaisir, dans cette liberté d'aimer absolu qui est le cur du mystère de Dieu. Quand le Fils se dessaisit de sa vie dans le mystère de la Pâque, il exprime absolument pour nous ce qui de toute éternité est au cur du mystère de communion trinitaire. Il nous fait ainsi partager cette intimité. C'est sur ce fondement trinitaire que repose la connaissance réciproque du pasteur et des brebis. Connaissance au sens biblique et johannique : une relation personnelle intime, profonde, effective, concrète, fruit d'une expérience de vie ; c'est nécessairement une connaissance amoureuse (cf. 1Jn 3,16). Le pasteur connaît ses brebis parce qu'elles sont la vie de sa vie. Les brebis connaissent leur pasteur dès lors qu'elles "écoutent" le pasteur, ce qui est la caractéristique fondamentale du croyant. Croire au Christ, c'est « reposer » dans une écoute qui est expérience de vie, de salut, de libération, de cheminement vers le royaume. C'est suivre le Christ de telle manière que tout ce qui pourrait nous égarer de Lui, tout chemin de désolation et de mort, ne saurait jamais plus nous faire croire que nous pourrions être perdu, que nous aurions perdu de vue le pasteur. Car le pasteur donne sa vie et sa vie donnée est notre certitude la plus inébranlable. Certitude que rien ne peut remettre en cause puisque précisément elle ne repose par sur nous mais sur Lui. Nous connaissons le Christ dans la mesure où nous vivons de cela, où nous découvrons chaque fois davantage que sa vie est de nous donner la vie. Rien ni personne, et surtout pas nous-mêmes, n'est un obstacle à ce don. Nous connaissons le "bon" pasteur dans la mesure même où nous vivons de sa vie donnée. version 1.0 - © Copyrights DOMUNI 2004 - tous droits réservés biblio.domuni.org |