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Frère Jean-Marc GAYRAUD, o.p. Pensées à penser
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7eme dimanche de Pâques : Jn 17,11-19Jean chapitre 17, versets 11 à 19 « 11 Je ne suis plus dans le monde ; eux sont dans le monde, et moi, je viens vers toi. Père saint, garde-les dans ton nom que tu m'as donné, pour qu'ils soient un comme nous. 12 Quand j'étais avec eux, je les gardais dans ton nom que tu m'as donné. J'ai veillé et aucun d'eux ne s'est perdu, sauf le fils de perdition, afin que l'Ecriture fût accomplie. 13 Mais maintenant je viens vers toi et je parle ainsi dans le monde, afin qu'ils aient en eux-mêmes ma joie complète. 14 Je leur ai donné ta parole et le monde les a haïs, parce qu'ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. 15 Je ne te prie pas de les enlever du monde, mais de les garder du Mauvais. 16 Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. 17 Sanctifie-les dans la vérité : ta parole est vérité. 18 Comme tu m'as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde. 19 Pour eux je me sanctifie moi-même, afin qu'ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité. » L'évangile de ce dimanche peut être lu comme un développement et un commentaire du Notre Père. Il constitue un peu la version Johannique de la prière dominicale, prière que Jean ne rapporte pas. L'Evangéliste emploie ici tout au début une expression singulière qui ne se retrouve nulle part ailleurs dans l'Ecriture : « Père Saint ». Ces deux petits mots juxtaposés représentent une véritable synthèse de la révélation de Dieu depuis l'origine de cette révélation jusqu'à la Pâque de Jésus. Pris isolément, les deux termes s'opposent radicalement ; mis ensemble, ils expriment l'originalité sans équivalent du Dieu que l'Ecriture nous dévoile peu à peu jusqu'à sa pleine révélation dans le Christ. La sainteté est le propre de Dieu, elle exprime son mystère même et non pas un aspect parmi d'autres. Dieu est le Tout-Autre parce qu'il est saint et c'est parce qu'il est saint qu'il n'a rien de commun avec la créature ni avec sa création. La distance qui nous sépare de lui est infinie, il est l'inaccessible, son mystère est ineffable et sa sainteté ne se laisse deviner qu'en creux, en ce qu'elle fait défaut radicalement à notre condition humaine. La sainteté dit ce que Dieu est et ce que je ne suis pas. Si la sainteté qualifie l'être de Dieu dans son altérité radicale par rapport à la créature, alors cette sainteté ne saurait être que reçue et ne peut avoir d'autre raison d'être qu'elle-même lorsqu'elle est donnée en partage. C'est parce que Dieu est saint que nous pouvons être saints (Lv 19,2). Dieu seul sanctifie (Ex 31,13). Cette sainteté ne présuppose rien à elle-même tout comme elle n'est donnée qu'en vue d'elle-même et que pour elle-même. Parce qu'elle est l'expression parfaite de l'altérité de Dieu, la sainteté n'est « au service » de la créature que pour faire passer celle-ci dans le monde de Dieu et l'arracher à cet isolement qui la recroqueville sur elle-même et la maintient loin de Lui. La sainteté fait se tourner la créature vers Dieu. La créature cesse alors de se considérer à partir d'elle-même pour regarder Dieu à partir de Lui. Dans cet abandon, elle se trouve elle-même en Lui. La sainteté est anéantissement de toute forme d'idolâtrie au moment même où elle est communication de Dieu dans le mystère de son être. Le terme « père » évoque à l'opposé tout un univers de familiarité et de proximité. Il exprime une réalité de chair et de terre qui ne s'appliquera pas à Dieu sans une profonde transformation de sa signification immédiate. La paternité fait référence à l'engendrement et à la croissance dans la vie. Transposée en Dieu, la paternité ramène cet engendrement et cette croissance à leur source originelle et en découvre par là leur signification ultime. Jésus est le Fils bien-aimé du Père et le Fils de l'homme, il est celui qui vient de Dieu et qui est né de la chair, il est visage humain de Dieu et visage divin de l'homme, Jésus seul (et nous en Lui) peut donc prier en commençant ainsi : « Père saint ». L'expression n'est par conséquent qu'une saisissante affirmation de notre union à Dieu au cur de notre humanité, telle qu'elle est réalisée définitivement dans le Christ. Le Christ unit ce que tout séparait : la sainteté de Dieu et la réalité des hommes, et il ouvre à l'altérité de Dieu toutes choses qui, sans cette auto communication de Dieu, ne pourraient que se refermer sur elles-mêmes : la créature livrée à elle-même et le monde sous l'emprise du Mauvais. La prière qui suit ne sera que le déploiement de cette double vérité contenue dans l'exclamation initiale : « Père saint ». Jésus demande au Père de nous garder dans son Nom. Ce « garder dans le Nom » renvoie à « garder du Mauvais » (V.15). Les disciples qui sont dans le monde doivent demeurer dans le Nom pour être gardé du Mauvais car ils ne sont pas du monde. Etre dans le Nom du Père, c'est être sanctifié par ce Nom qui est saint. Le nom, dans la Bible, qualifie l'être personnel. Etre dans le Nom du Père comme le Fils est dans le Nom du Père, c'est avoir part à l'être de Dieu en tant qu'être personnel, c'est naître dans l'Esprit à cette vie d'enfant de Dieu, c'est être engendré en Lui, c'est être Fils dans le Fils. Ce Nom qui sanctifie sera alors sanctifié en nous : « que ton nom soit sanctifié » dit le Notre Père, c'est-à-dire, que ce nom profané par le Mauvais soit sanctifié de cette sainteté qui vient de Toi et qui, en nous établissant dans ta sainteté, nous libère du Mauvais. (cf. Ez 36,23). Jésus ne demande pas au Père de garder les disciples du monde mais du Mauvais. Le monde ne s'oppose au dessein du Père que parce qu'il est sous la domination du Mauvais. Il n'est pas Mauvais par lui-même et il n'y a donc pas là de vision manichéenne du monde. Jésus demande que ses disciples soient placés au cur du mystère du Père afin de ne pas être trouvés au cur du mystère du mal. Ce mal qui nous détruit s'anéantit dans ce bien qui nous saisit et qui n'est autre que la sainteté communiquée de Dieu. L'alternative est claire : ou bien nous sommes dans le péché sans Dieu, ou bien nous sommes dans la sainteté en Lui. Cette sainteté de Dieu se joue en nous, comme pour Jésus en son humanité, au cur de l'épreuve et de la tentation. Jésus est venu dans le monde jusque dans les profondeurs du péché des hommes et il nous arrache à ce péché en nous conduisant vers le Père auprès de qui il retourne et qui est saint. Nous sommes en Jésus sanctifié dans le Père. C'est bien de sainteté dont il s'agit et non, suivant certaines traductions, de « consécration » uniquement, terme dont la signification est cultuelle. (C'est à cause de cette malheureuse traduction que cette prière a été appelée, depuis le XVI siècle, « prière sacerdotale »). Tout chrétien est appelé, par définition encore plus que par vocation, à être « sanctifié » par le Père en son être même et par toute son existence. Le chemin de cette sainteté n'est autre que Jésus, la Parole vivifiante du Père, Verbe fait chair, Parole de Vérité dans notre chair. Par Lui, avec Lui et en Lui, nous recevons en notre chair l'Esprit « Saint » qui sanctifie de cette sainteté du Père, foyer brûlant du mystère transcendant de notre Dieu. version 1.0 - © Copyrights DOMUNI 2004 - tous droits réservés biblio.domuni.org |