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Frère Jean-Marc GAYRAUD, o.p. Pensées à penser
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Trinité : Mt 28,16-20Matthieu chapitre 28, versets 16 à 20 « 16 Les onze disciples allèrent en Galilée, sur la montagne que Jésus leur avait désignée. 17 Quand ils le virent, ils se prosternèrent devant lui. Mais quelques-uns eurent des doutes. 18 Jésus, s'étant approché, leur parla ainsi : Tout pouvoir m'a été donné dans le ciel et sur la terre. 19 Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, 20 et enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la fin du monde. » Matthieu clôt son évangile comme il l'avait commencé : par une ouverture sans limite en direction de Dieu et en direction des hommes. L'évangile avait débuté en effet par l'irruption en ce monde de l'Emmanuel, "Dieu avec nous", Matthieu affirmait alors par une citation d'Isaïe le caractère messianique, sauveur, de ce petit d'homme qui naissait d'une vierge (Mt 1,23). Cette affirmation résumait d'un seul mot, d'un seul nom, le caractère unique du Dieu d'Israël, un Dieu qui s'occupe de son peuple, qui ne cesse d'agir pour lui et qui se révèle à lui à travers ses actes sauveurs (cf. Ex 3,12 ; Jer 1,8 ; Is 41,10 ; 43,5). La divine humanité et l'humaine divinité de Jésus-Christ mènent l'histoire du Salut à son accomplissement. Le Christ glorifié, le Sauveur du monde, le vainqueur de la mort affirme maintenant, au terme du parcours et en présence de la communauté croyante, qu'il est avec nous jusqu'à la fin du monde. Sa présence comme telle est salvatrice. Et cette présence nous est désormais pleinement donnée et révélée : elle est celle d'un Dieu trinité. C'est bien parce qu'elle est celle de Dieu trinité que cette présence comme telle est salvatrice. Dieu trinité, c'est Dieu-communion, Dieu-relation. Le contraire du Salut, c'est l'anéantissement de toute forme de communion et de relation, c'est la mort éternelle. Quand ce Dieu-là, Dieu trinité, nous fait entrer dans sa relation, dans son mystère de communion, précisément pour nous sauver, il ne fait rien d'autre que de nous révéler le plus intime de son être. Dans ce qu'il fait pour nous, dans notre vie, notre temps et notre histoire, là il nous donne d'avoir part à ce qu'il est en lui-même de toute éternité. C'est Dieu tel qu'en lui-même qui est "Dieu avec nous". C'est Dieu qui ne cesse pas d'être Dieu quand il rejoint l'homme et c'est l'homme qui connaît Dieu et vit de Dieu en son humanité. Dieu est avec nous sans cesser d'être Dieu, précisément parce qu'il est relation et communion. Dieu se révèle à nous tel qu'il est en lui-même en son Salut, précisément parce qu'il est relation et communion. Plus il se livre, plus il se révèle. Être sauvé, vivre en pleine humanité, c'est donc avoir part à la vie même de Dieu, précisément parce que ce Dieu de notre foi est relation et communion. Voilà ce que cet Évangile, arrivé à son point d'orgue nous enseigne. Dieu est Père, Fils et Esprit-Saint et il est Dieu-avec-nous. Il est ceci parce qu'il est cela. Dès lors, C'est à travers une expérience vivante, vitale, une expérience de Salut, une expérience pascale que je peux connaître Dieu. Connaître Dieu trinité, c'est là exactement le contraire d'une spéculation abstraite ! C'est entrer au contraire dans un dynamisme de communion qui doit éveiller l'humanité à elle-même en même temps qu'elle lui découvre le visage de Dieu et sa présence agissante. Expérience pascale, expérience baptismale par conséquent. Voilà pourquoi l'affirmation trinitaire la plus claire de tout le Nouveau Testament que nous trouvons ici est une affirmation baptismale, ce n'est pas une affirmation abstraite suspendue en l'air. L'enracinement de cette formulation, c'est la pâque vivifiante de Jésus que le Père a ressuscité d'entre les morts par la puissance de l'Esprit, un Esprit désormais répandu et communiqué à son Église. Recevoir le baptême, c'est entrer dans cette danse du Vivant. Quel que soient les formulations ultérieures du mystère de la trinité, quel que soient les trésors d'intelligence déployés pour scruter ce mystère central de la foi, une chose est certaine : nul ne peut entrer dans ce mystère s'il ne fait l'expérience pour sa vie et pour la vie d'une rencontre transformante, une relation et une communion transformantes, l'expérience de Jésus qui donne l'Esprit et crie en nous : "Abba !". La pleine révélation d'un Dieu qui se donne à connaître, qui se donne à vivre, a lieu sur une montagne de Galilée. La montagne est par excellence le lieu biblique de la révélation. Elle est chez Matthieu le lieu de la transfiguration et des béatitudes. Cette révélation s'adresse à l'homme, à tout l'homme et à tout homme, puisqu'elle est révélation de la personne humano divine de Jésus-Christ. Elle n'est plus limitée à un espace ni à un temps sacrés. La montagne de Galilée, terre ouverte vers les nations païennes, ce n'est pas le temple de Jérusalem. Sur cette montagne, point de rencontre et rendez-vous de Dieu et de la création, le Christ affirme une souveraineté universelle. Désormais, par la victoire du Ressuscité sur la mort et le néant, tout passe en Lui, tout est par Lui et tout est pour Lui. Tout passe dans cette communion transformante et rien ne saurait devoir y être a priori interdit d'accès. C'est là le "pouvoir" que Jésus reçoit du Père. Il vaudrait mieux traduire, " l'autorité " absolue du Ressuscité. Ce tout de la création qui passe dans la communion trinitaire, cette plénitude et cette universalité qui jaillissent du Ressuscité, ceci est vigoureusement exprimé par une série concentrée de quatre "tout" : "tout" pouvoir, "tous" les peuples, "tout" ce que je vous ai enseigné, "tous" les jours. Laissons en toutes choses ce Dieu-là être notre tout. version 1.0 - © Copyrights DOMUNI 2004 - tous droits réservés biblio.domuni.org |