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Frère Jean-Marc GAYRAUD, o.p. Pensées à penser
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14eme dimanche dans l'année : Mc 6,1-6Marc chapitre 6, versets 1 à 6 1 Etant sorti de là, il se rend dans sa patrie, et ses disciples le suivent. 2 Le sabbat venu, il se mit à enseigner dans la synagogue, et le grand nombre en l'entendant étaient frappés et disaient : "D'où cela lui vient-il ? Et qu'est-ce que cette sagesse qui lui a été donnée et ces grands miracles qui se font par ses mains ? 3 Celui-là n'est-il pas le charpentier, le fils de Marie, le frère de Jacques, de Joset, de Jude et de Simon ? Et ses soeurs ne sont-elles pas ici chez nous ?" Et ils étaient choqués à son sujet. 4 Et Jésus leur disait : "Un prophète n'est méprisé que dans sa patrie, dans sa parenté et dans sa maison." 5 Et il ne pouvait faire là aucun miracle, si ce n'est qu'il guérit quelques infirmes en leur imposant les mains. 6 Et il s'étonna de leur manque de foi. Il parcourait les villages à la ronde en enseignant. L'Evangile de ce jour veut répondre à une question fondamentale, récurrente chez Marc : qui est Jésus ? La question est paradoxale puisque c'est précisément à Nazareth, le lieu ou il est le plus connu, que Jésus se révèle ici être méconnu, inconnu, non reconnu. Ce trop connu de Jésus en fait un inconnu. Le mystère de la personne de Jésus doit se révéler à l'homme dans la réalité de chair et de sang qui lui est la plus familière. Si là il n'est pas reconnu, il ne le saurait être jamais. Scandale de l'incarnation qui fait surgir la nouveauté absolue de Dieu dans l'espace humain le plus commun et le moins attendu en fait de nouveauté : manifestation de Dieu dans l'humble réalité quotidienne de l'homme. Il ne saurait y avoir jamais rien de neuf pour qui ne voit pas advenir chaque jour cette nouveauté de Dieu dans sa condition humaine la plus habituelle, la plus coutumière. Mais il y a plus. Les gens de Nazareth opposent à Jésus une fin de non recevoir aux gestes et aux paroles qui devraient pourtant conduire à reconnaître en lui l'avènement du Royaume de Dieu. La sagesse (sofia) et la puissance (dynamis) qui sont en lui sont deux aspects caractéristiques de cet avènement du Royaume de Dieu au milieu des hommes. L'incapacité des gens de Nazareth à accueillir ce Royaume vient de leur refus de voir la révélation de Dieu se manifester en dehors du cadre, de l'espace religieux réservé depuis toujours pour cela. L'autorité de Jésus prophète ne peut être reconnue. Cela s'exprime par le fameux proverbe bien connu à l'époque de Jésus : " aucun prophète n'est bien reçu dans sa patrie ". Le prophète est en effet, par définition, celui qui n'est reconnu comme tel que par la puissance même de Dieu qui est en lui et non par quelques caractéristiques institutionnelles ou quelques schémas préalables que ce soit et auxquels il devrait correspondre. La racine de l'incrédulité des gens de Nazareth procède d'une double incapacité : incapacité à voir la manifestation de Dieu en dehors du cadre religieux réservé pour cela et incapacité à accueillir cette manifestation dans la réalité de vie la plus familière qui soit. Ils sont disposés à tout sauf à se laisser doublement surprendre par la nouveauté de Dieu comme de leur propre réalité ! L'Evangéliste nous suggère alors une véritable asymétrie entre le regard des Nazaréens sur Jésus et le regard de Jésus sur ses compatriotes. Jésus s'étonne à son tour de leur manque de foi. Cet étonnement de Jésus est comme la clé de compréhension du comportement du croyant face à lui-même et dans le regard qu'il porte sur autrui. Jésus, qui ne connaît pas moins ses compatriotes qu'ils ne prétendent le connaître, pose sur eux un regard non moins étonné mais en un sens opposé : ils devraient croire en lui et il ne comprend pas qu'ils aient un regard fermé à toute nouveauté. Jésus est ouvert à la nouveauté de Dieu au point que celle-ci est la réalité la plus familière de sa vie. Il ne regarde donc pas les Nazaréens comme les Nazaréens le regardent. Il voit en eux le mystère qui devrait les disposer à accueillir la nouveauté de Dieu. Son regard sur ceux qu'il connaît le plus familièrement du monde ne s'oppose pas mais appelle au contraire l'avènement de cette nouveauté de Dieu dans leur vie. C'est le contraire d'un regard qui enferme quiconque dans le trop connu et n'attend plus rien de nouveau. Bref, le regard de Jésus sur ses compatriotes est exactement à l'opposé de celui qu'ils ont à son égard. Le regard de Jésus est ouverture fondamentale à l'altérité de Dieu. Le croyant doit également apprendre à se regarder et à regarder autrui comme Jésus le regarde. En se mettant à la suite de Jésus, le chrétien se propose de vivre une tout autre manière d'être à soi-même et face aux autres. Il met le mystère de Dieu un et trine au cur de toute relation, transcendance de Dieu au cur de nos affaires humaines. Le regard sur soi et sur autrui est alors fondamentalement transformé. Jésus nous invite moins à changer le monde et les autres que le regard que nous portons sur le monde et sur l'autre. Il nous fait regarder l'autre et le monde,... autrement. Il nous ouvre les yeux, les oreilles et le cur à la présence agissante et caché du Tout-Autre. C'est ainsi que peut advenir au milieu de nous, au cur de nos relations humaines et de notre réalité la plus familière, le Royaume de Dieu. version 1.0 - © Copyrights DOMUNI 2004 - tous droits réservés biblio.domuni.org |