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Frère Jean-Marc GAYRAUD, o.p. Pensées à penser
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15eme dimanche dans l'année : Mc 6,7-13Marc chapitre 6, versets 7 à 13 « 7 Il appelle à lui les Douze et il se mit à les envoyer en mission deux à deux, en leur donnant pouvoir sur les esprits impurs. 8 Et il leur prescrivit de ne rien prendre pour la route qu'un bâton seulement, ni pain, ni besace, ni menue monnaie pour la ceinture, 9 mais : "Allez chaussés de sandales et ne mettez pas deux tuniques." 10 Et il leur disait : "Où que vous entriez dans une maison, demeurez-y jusqu'à ce que vous partiez de là. 11 Et si un endroit ne vous accueille pas et qu'on ne vous écoute pas, sortez de là et secouez la poussière qui est sous vos pieds, en témoignage contre eux." 12 Etant partis, ils prêchèrent qu'on se repentît ; 13 et ils chassaient beaucoup de démons et faisaient des onctions d'huile à de nombreux infirmes et les guérissaient ». L'envoi en mission des Douze par Jésus est l'occasion pour l'Évangéliste de développer la signification fondamentale de la mission pour le chrétien. Cette mission n'est pas "un plus" qui viendrait s'ajouter à une existence chrétienne déjà constituée, elle est au contraire constitutive de celle-ci. Être chrétien, c'est engager sa vie dans une manière d'être qui est par elle-même expression et communication d'une réalité nouvelle. C'est le Christ de notre vie qui se dit, qui s'exprime lui-même en chaque vie, dès lors que "ce n'est pas moi qui vis mais le Christ qui vit en moi". (Ga 2,20). La vocation missionnaire n'est donc pas un domaine réservé à quelques chrétiens particuliers pas plus qu'elle n'est une activité à chercher ailleurs que dans l'espace de vie qu'il m'est donné de vivre. Le chrétien est témoin du Christ tout simplement parce qu'il fait dans sa chair l'expérience quotidienne du Christ qui réconcilie l'humanité et le monde avec le Père. Il est témoin par sa propre vie de cette réconciliation et cette expérience engage sa façon d'exister face à lui-même et face aux autres. Cette expérience, expérience de réconciliation avec soi-même et avec autrui, est par conséquent et nécessairement communautaire, elle est une expérience relationnelle. Ma relation au prochain façonne ma manière d'être et ma manière d'être qualifie ma relation au prochain. L'expérience chrétienne est donc nécessairement ecclésiale et cette expérience ecclésiale est nécessairement missionnaire. Elle est cela d'elle-même, par le fait même de la réconciliation. Etant une communauté de réconciliés, nous pouvons partager désormais la bonne nouvelle de la réconciliation dans le Christ. Et puisque la bonne nouvelle du Christ est proclamation de la réconciliation (avec soi-même et avec autrui), elle engendre donc par elle-même une expérience ecclésiale, communautaire, chez ceux qui l'accueillent. Bref, l'Église est missionnaire parce qu'elle est le témoin d'une expérience de réconciliation et quiconque accueille à son tour cette réconciliation dans le Christ entre par le fait même dans un dynamisme ecclésial, un dynamisme communautaire. Les disciples de Jésus s'en vont deux par deux : preuve que l'expérience missionnaire est bien une expérience ecclésiale et communautaire. Elle est prolongement, déploiement de leur existence auprès de Jésus, avec Lui et entre eux. C'est cette même vie dans le Christ qui se déploie vers l'extérieur. Le Christ est dynamisme de communion et c'est bien pour demeurer dans le Christ qu'il faut sortir de soi et émigrer à la rencontre d'autrui. L'unique nécessaire qu'est le Christ ne passera dans la vie du témoin que s'il se dépouille patiemment de tout ce qu'il vit sans Lui, hors de Lui, loin de Lui, comme tout ce qui est moins que Lui. La pauvreté radicale est la condition appropriée du témoin. L'équipement de voyage vers autrui doit se réduire au minimum indispensable c'est-à-dire, à ce qui peut aider sans gêner pour aller plus avant à sa rencontre : le bâton de route et les sandales. Tout autre chose qui alourdirait ce déplacement, cet exode extérieur et intérieur vers autrui, est à laisser de côté. Le chemin vers l'autre est une pâque : la nuit de la sortie d'Égypte, les Hébreux s'en allèrent "la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main." (Ex 12, 11). Ce chemin de libération vers la liberté se parcourt donc en laissant là toutes formes d'assurance et de sécurité. Ce ne sont là que préoccupation de soi-même et donc obstacle sur le chemin vers autrui. S'il ne se débarrasse pas de ce lourd fardeau qu'est lui-même, l'homme ne rencontrera jamais que lui-même au contact d'autrui. Dépassant sa peur de l'autre, le témoin s'éveille à l'aurore d'une humanité nouvelle dans la rencontre de l'autre. La pauvreté absolue qu'exige une rencontre véritable d'autrui devient alors puissance absolue du Christ qui transfigure en lui notre humanité partagée. Expulsion des démons, conversion et recréation (miracles) sont la part de ceux qui s'engagent résolument sur la voie de cette humanité nouvelle. Une humanité qui reçoit autant qu'elle donne (le témoin qui ne possède rien peut recevoir ce qu'on lui donne ; (v.10), qui partage sa pauvreté comme unique richesse, mais qui représente également un signe de contradiction pour quiconque ferme la porte à cette véritable provocation d'humanité. Le rejet, l'incompréhension, la persécution sont le lot commun du témoin. Ils sont souvent un signe d'authenticité bien plus que le succès qui n'est jamais pour lui un gage de réussite apostolique. Les armes du témoin sont bien à l'opposé de celles dont se servent les hommes quand ils se mettent en quête de vouloir réussir quelque chose ! Mais sur ce chemin pascal, le témoin connaît comme personne le frémissement indicible d'une humanité heureuse, frémissement qui ne fait que croître et s'affermir au fur et à mesure qu'il s'avance vers le Christ et vers le prochain. Le témoin connaît par sa vie exposée les prémices de la vie éternelle : il peut en parler. version 1.0 - © Copyrights DOMUNI 2004 - tous droits réservés biblio.domuni.org |