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Frère Jean-Marc GAYRAUD, o.p. Pensées à penser
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16eme dimanche dans l'année : Mc 6,30-34Marc chapitre 6, versets 30 à 34 30 Les apôtres se réunissent auprès de Jésus, et ils lui rapportèrent tout ce qu'ils avaient fait et tout ce qu'ils avaient enseigné. 31 Et il leur dit : "Venez vous-mêmes à l'écart, dans un lieu désert, et reposez-vous un peu." De fait, les arrivants et les partants étaient si nombreux que les apôtres n'avaient pas même le temps de manger. 32 Ils partirent donc dans la barque vers un lieu désert, à l'écart. 33 Les voyant s'éloigner, beaucoup comprirent, et de toutes les villes on accourut là-bas, à pied, et on les devança. 34 En débarquant, il vit une foule nombreuse et il en eut pitié, parce qu'ils étaient comme des brebis qui n'ont pas de berger, et il se mit à les enseigner longuement. Les disciples s'étaient dispersés. Ils s'étaient éloignés de Jésus pour faire « comme lui », c'est-à-dire pour rejoindre Jésus autrement : en rejoignant les hommes pour qui il est venu en ce monde. Les disciples ont comme Lui proclamé à leur tour l'aurore du Salut. Ils ont comme Lui posé des gestes sauveurs et donné la parole qui guérit et qui recrée. Ils retournent maintenant auprès de Lui et lui rapportent ce qu'ils ont vécu par lui et pour lui : tout part de Jésus, tout demeure en Jésus et tout se ramène à Lui. Le double mouvement d'annonce et de silence, de labeur et de repos, de travail et de prière qui constitue la respiration et le rythme de la vie de Jésus (cela est très net chez Marc) doit donc également être celui des disciples : Jésus les conduit maintenant à l'écart, avec Lui. Il n'y a donc pas un temps avec Jésus et un temps en dehors de lui. Il n'y a que des modalités différentes d'une seule et unique présence. Le Christ investit le rythme fondamental de toute vie, il rejoint chacun à chaque instant et chaque fois selon le rythme propre à chacun. Cette présence qui ne faillit pas de Jésus et qui se donne à tous va être vigoureusement mise en relief à travers ce personnage collectif qu'est la foule. La foule est omniprésente chez Marc (2,13 ; 3,9 ; 3,20 ; 3,32 ; 4,1 ; 4,36 ; 5,21.24.27.30.31 ; 6,34 ; 6,45 ; 7,14.17 ; 7,33 ; 8,1.2.6 ; 8,34 ; 9,14.15.17.25 ; 10,1 ; 10,46 ; 11,31 ; 12,12 ; 12,37.41 ; 15,8.11.15). Elle représente cette humanité pour laquelle le Christ donne sa vie jusqu'à l'extrême. Le Christ n'a de repos qu'elle ne soit rassasiée de parole et de pain. Cette même foule pour qui il livre sa vie le conduira à la mort (ch.15). La foule ne laisse donc pas de repos ni à Jésus ni aux disciples et elle s'en va les rejoindre à l'écart et au désert où ils se trouvent : le silence, le désert du chrétien est peuplé de l'humanité en quête de Salut ! Comme toujours dans les Evangiles, les événements commandent et à travers eux, c'est le dessein de Salut qui s'accomplit. Ils commandent mais ils ne déterminent pas. Il n'y a pas de fatalisme en christianisme. Jésus se met maintenant à enseigner beaucoup et longuement la foule alors qu'il était parti au désert avec ses disciples. Ce « beaucoup » suggère qu'il n'y a strictement aucune contrariété de la part de Jésus à faire ce qu'il n'avait pas prévu ! C'est toujours le « oui » de Dieu au monde qui détermine la vie de Jésus et du chrétien à travers les événements qui commandent. Ce « oui » force le destin. Ce qui est subi devient ce qui est choisi, expression même de la liberté de l'homme. Les événements que nous ne commandons pas ne doivent pas pour autant être subis. Ils doivent au contraire nous enseigner la véritable liberté qui consiste à se libérer de soi et à entrer dans le dessein sauveur et libérateur de Dieu sur nous. Ce qui est subi devient alors ce qui est reçu, offert et donné. Ainsi Jésus et ses disciples, ainsi doit-il en être également de tout chrétien. A la vue de foule, Jésus est « remué aux entrailles ». C'est le sens littéral du terme grec traduit par « pitié » et qui provient lui-même d'un fameux terme hébreu (rahamim-entrailles) au sens très fort, souvent traduit par « miséricorde » dans la Bible. Les entrailles de miséricorde de Dieu trouvent en Jésus leur expression ultime. Comme Dieu, Jésus est saisi d'une compassion extrême devant son peuple Israël « dispersé sur les montagnes comme un troupeau sans pasteur » (1 R 22,17). Jésus voit la réalité, il est saisi de compassion et il agit en fonction d'elle. L'attitude et le comportement du Christ doivent inspirer l'attitude et le comportement du croyant. Voir la réalité, vivre la compassion et agir en conséquence doivent s'apprendre du Maître tant il est vrai que ce ne sont pas là, loin s'en faut, des réactions habituelles au cur de l'homme, égarés que nous sommes au milieu d'une humanité elle-même égarée. Il en va de notre identification au Christ à la croisée de nos chemins d'humanité. Jésus se met donc à enseigner longuement. Il s'agit d'entrer peu à peu dans le mystère même du Christ, de sa compassion. Jésus décevra toujours quiconque n'attend de Lui que guérison et multiplication des pains. Il ne donne tout le nécessaire que s'il devient, Lui, l'unique nécessaire. Tout enseignement a pour but de proposer quelque chose qui doit devenir bien propre de celui qui est enseigné. L'enseignement du Christ doit configurer notre vie à celle du Christ à partir de ce bien propre qu'est notre propre vie. Aucun visage n'est identique, aucune vie non plus, a fortiori ce visage et cette vie que le Christ façonne en chacun de nous ! uvre patiente que celle-là ; il faut se laisser rejoindre et enseigner longuement, en toute notre vie, par le Maître de la vie. version 1.0 - © Copyrights DOMUNI 2004 - tous droits réservés biblio.domuni.org |