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Frère Jean-Marc GAYRAUD, o.p. Pensées à penser
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18eme dimanche dans l'année : Jn 6,24-35Jean chapitre 6, versets 24 à 35 « 24 Quand donc la foule vit que Jésus n'était pas là, ni ses disciples non plus, les gens s'embarquèrent et vinrent à Capharnaüm à la recherche de Jésus. 25 L'ayant trouvé de l'autre côté de la mer, ils lui dirent : "Rabbi, quand es-tu arrivé ici ?" 26 Jésus leur répondit : "En vérité, en vérité, je vous le dis, vous me cherchez, non pas parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé du pain et avez été rassasiés. 27 Travaillez non pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui demeure en vie éternelle, celle que vous donnera le Fils de l'homme, car c'est lui que le Père, Dieu, a marqué de son sceau." 28 Ils lui dirent alors : "Que devons-nous faire pour travailler aux uvres de Dieu ?" 29 Jésus leur répondit : "L'uvre de Dieu, c'est que vous croyiez en celui qu'il a envoyé." 30 Ils lui dirent alors : "Quel signe fais-tu donc, pour qu'à sa vue nous te croyions ? Quelle uvre accomplis-tu ? 31 Nos pères ont mangé la manne dans le désert, selon ce qui est écrit : Il leur a donné à manger du pain venu du ciel." 32 Jésus leur répondit : "En vérité, en vérité, je vous le dis, non, ce n'est pas Moïse qui vous a donné le pain qui vient du ciel ; mais c'est mon Père qui vous le donne, le pain qui vient du ciel, le vrai ; 33 car le pain de Dieu, c'est celui qui descend du ciel et donne la vie au monde." 34 Ils lui dirent alors : "Seigneur, donne-nous toujours ce pain-là." 35 Jésus leur dit : "Je suis le pain de vie. Qui vient à moi n'aura jamais faim ; qui croit en moi n'aura jamais soif. » Le grand discours sur le pain de vie que nous commençons de lire ce dimanche est un profond et large commentaire du geste de la « multiplication des pains » lu dimanche dernier. Jésus est le « pain véritable », un pain qui demeure pour la vie éternelle, qui donne vie éternelle. L'équivoque entretenue par les interlocuteurs de Jésus sur le sens de la multiplication des pains appelle une explication. Invitation est faite au début de ce commentaire à situer à partir du Christ et en vue du Christ toute nourriture de cette terre, toutes choses qui nous font vivre, tout aliment pour le corps et pour le cur. Invitation à situer à partir du Christ et en vue du Christ notre comportement face aux biens de la création, face à tout ce qui peut nourrir notre vie, face à notre propre vie. Mise au point d'autant plus nécessaire pour nous aujourd'hui que nous sommes immergés dans une société où la dimension mercantile envahit peu à peu tous les domaines de la vie, jusqu'aux fondements mêmes de notre vie personnelle et relationnelle. L'évangile nous invite dans cette perspective à situer ce débat à sa source même, au fondement de toute relation : notre relation à Dieu. Si là nous entrons dans le mystère de la gratuité, alors toute autre relation, aux êtres et aux choses, sera située à partir et en vue de ce mystère. Jésus reproche à ses interlocuteurs de le chercher non parce qu'ils ont vu un signe mais parce qu'ils ont été rassasiés. La dimension mercantile commence là. Il s'agit de ne pas se servir de Dieu mais de le servir. Dieu n'est pas comme cette chandelle dont nous servirions pour trouver quoi que ce soit qui nous intéresserait et que nous laisserions de côté ensuite. Si Jésus est véritablement notre nourriture, le pain de vie, c'est pour être assimilé en Lui, non pour l'asservir à autre chose que Lui. Si c'est bien Lui et Lui seul qui est notre nourriture, alors toutes autres choses seront toujours données, données par grâce et non pas possédés de droit, données par surcroît. Il faut donc ne chercher rien de moins que lui pour qu'il soit trouvé en toutes choses, petites ou grandes, dans ce qui nous est donné comme dans ce qui nous fait défaut, dans ce qui nous nourrit comme dans le manque. Jésus nous comble toujours au delà de toute mesure, comme ces douze corbeilles de pain à jamais débordantes, dès lors que c'est lui qui est cherché en tout ce que nous cherchons. Il ne cesse d'être cette nourriture qui demeure en vie éternelle dès lors que rien sinon lui nous rassasie, ou dès lors que tout, en lui, nous rassasie. Il est le pain de vie. Voilà un évangile qui est une invitation à faire des mille miettes de nos vies l'ingrédient quotidien dont Dieu se sert pour se révéler, lui, pain véritable et combler la faim de notre cur. Il ne sera plus question alors de mesurer notre relation à Dieu à l'aune de nos besoins supposés. Tout intérêt mercantile écarté, nous voyons combien c'est dans le dépouillement qu'il nous comble, dans l'abandon qu'il se donne, dans l'oubli de soi qu'il nous trouve, dans la pauvreté qu'il est notre richesse. Ce n'est pas Moïse mais le Père qui a donné le pain du ciel aux Hébreux. Nous ne saurions davantage recevoir ni ne donner à personne le pain de vie qu'est Jésus si l'Esprit de Jésus n'est répandu par le Père sur ses enfants. Le Christ ne saurait être annoncé s'il ne peut être reconnu, il ne saurait être reçu s'il ne peut être accueilli, il ne saurait être pain d'une vie s'il ne vient rejoindre ni nourrir cette vie. Il nous faut donc regarder ce qui se vit, comprendre ce qui se vit, vivre ce qui se vit, pour que le nom du Christ soit reconnu, annoncé et proposé pour ce qu'il est : pain de vie, Evangile de vie. Nous ne sommes serviteur du Vivant, serveur de ce pain, que si l'Evangile est pour nous-même une exigence de vie et Jésus, le pain quotidien de notre propre vie. Nous ne pouvons partager ce pain avec nos frères si nous méconnaissons le milieu de vie qui est le leur, leur façon de vivre, leurs désirs et leurs nécessités. Mais nous le savons, c'est à travers un processus patient d'engendrement, de transformation, d'épreuve et de maturation que la vie s'accroît, gagne et se partage. Lent, éprouvant et merveilleux processus qui va de la semence jetée en terre au pain partagé sur la table. C'est bien au désert, à travers un itinéraire pascal qu'Israël goûte au pain de vie descendu du ciel. Il nous reste beaucoup à découvrir de la saveur, de la couleur, de l'épaisseur, de la substance même de ce pain. C'est vrai pour chacune de nos vies partagées, c'est vrai pour les cultures, les peuples, les religions. Ne nous donnons pas du vieux pain rassis trop longtemps enfermé dans nos garde-manger poussiéreux, donnons de ce pain frais, le pain d'aujourd'hui pour aujourd'hui, comme la manne, pain pétri de vie et cuit au feu de l'Esprit. Si Jésus a pour nous et pour nos frères le goût de ce pain, le désir d'en vivre n'est pas prêt de s'éteindre ni cette demande de se taire : « Seigneur, donne-nous toujours de ce pain là ! » version 1.0 - © Copyrights DOMUNI 2004 - tous droits réservés biblio.domuni.org |