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Frère Jean-Marc GAYRAUD, o.p.

Pensées à penser
Recueil de prédications

Pensées à penser - Recueil de méditations sur les Evangiles

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20eme dimanche dans l'année : Jn 6,51-58

Jean chapitre 6, versets 51 à 58

« 51 Je suis le pain vivant, descendu du ciel. Qui mangera ce pain vivra à jamais. Et même, le pain que je donnerai, c'est ma chair pour la vie du monde." 52 Les Juifs alors se mirent à discuter fort entre eux ; ils disaient : "Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ?" 53 Alors Jésus leur dit : "En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et ne buvez son sang, vous n'aurez pas la vie en vous. 54 Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour. 55 Car ma chair est vraiment une nourriture et mon sang vraiment une boisson. 56 Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. 57 De même que le Père, qui est vivant, m'a envoyé et que je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi. 58 Voici le pain descendu du ciel ; il n'est pas comme celui qu'ont mangé les pères et ils sont morts ; qui mange ce pain vivra à jamais. »

Le passage de ce dimanche est l'aboutissement du discours sur le pain de vie dont il représente une véritable synthèse. Cet aboutissement ramasse en quelques phrases le cœur de l'enseignement de Jésus sur le sujet. L'enseignement dispensé n'avait d'autre finalité que de conduire à confesser dans la personne du Christ, le Fils de l'Homme qui vient de Dieu, Celui qui est source de vie éternelle. Le Christ nourrit abondamment de vie, de vie éternelle quiconque croit en Lui.

Ce pain du ciel qui est vivifiant a été identifié à plusieurs reprises au cours du discours avec la Loi du Seigneur que Moïse transmit au peuple en Exode. La Loi du Seigneur (et par extension la Parole de Dieu) est don vivifiant, elle conduit le peuple sur le chemin de la vie. Elle est en effet don du Dieu Vivant qui vient régir, régler, inscrire et façonner le comportement de l'homme selon le dessein sauveur et créateur de Dieu, et cela en toutes les dimensions de son être. De même que la Loi du Seigneur était donnée par Dieu pour que l'homme ait la vie, ainsi Jésus est pain vivant descendu du ciel. Mais bien autrement que la Loi, ce pain vivant qu'est Jésus prend corps en ce monde pour que soit communiqué jusqu'à l'extrême du don et jusqu'au plus intime du cœur de l'homme, le plus intime du cœur de Dieu. La Loi du Seigneur s'est faite pain, le Verbe s'est fait chair. Nous sommes bien ici au cœur de la théologie de Jean.

La controverse qui clôt ce discours porte sur le sommet, l'accomplissement et la plénitude de ce don qu'est Jésus en personne, pain vivant descendu du ciel. Ce pain, cette vie de Jésus est donnée sans réserve et sans retour dans le don même de sa vie et de tout son être, c'est-à-dire dans sa Pâque. Chair et sang sont associés ici et c'est en vue de notre résurrection, de la vie éternelle que Jésus se dépossède de sa propre vie (le sang est, dans l'Écriture, le siège de la vie). Il faut se nourrir de la Pâque de Jésus pour avoir la vie, autrement dit, ce mystère du don total de Dieu à notre humanité doit être notre nourriture essentielle. Cette Pâque et elle seule comble pleinement notre désir de vivre, la faim de l'homme jamais assouvie, sa soif d'être et d'aimer. Faim et soif qui sont telles que Dieu seul peut les combler. Cette finale du discours résume ainsi en quelques mots tout l'itinéraire de Jésus qui va de son incarnation (verbe fait chair) à sa mort-résurrection (chair et sang donnés). C'est la vie même de Jésus, Fils de Dieu en état d'humanité et en état de vie donnée, qui est la nourriture substantielle du croyant. Oui, c'est bien le don de la vie qui est source de vie et qui n'a pas peur de donner sa vie n'a plus peur de la perdre !

Cette vie donnée et partagée est éternelle car elle puise à la source même de la vie, la vie de Dieu qui est, en son être même, don et communion. Parce que Dieu est don parfait il est vie en plénitude et parce qu'il est vie en plénitude, il est don parfait. Cette vie jaillit au plus intime de soi dès lors qu'elle est livrée sans réserve vers autre que soi. C'est pourquoi Jésus affirme que celui qui participe à ce mystère de vie qui est don et de ce don qui est vie, mystère trinitaire, celui-là a la vie en lui-même. De même que chaque personne en Dieu "devient" qui elle est dans son originalité absolue et irréductible à la mesure du don de soi aux autres, de même chacun de nous existe à la source de son être unique à la mesure du don de soi à l'autre. La Pâque du Christ fait se joindre parfaitement mystère de vie communiqué en Dieu et mystère de vie communiqué à l'homme. Un seul et même mystère qui passe du cœur de Dieu au cœur de l'homme dans la Pâque du Christ.

Il n'est pas étonnant par conséquent que nous trouvions ici, et pour la première fois, une formule si caractéristique de Jean d'"immanence réciproque" entre le Christ et le croyant (v.56). Formule d'Alliance, formule qui résume l'union et la communion que Jésus opère avec nous et entre-nous par sa Pâque vivifiante. Inhabitation mutuelle qui est plus forte que toutes formes de division, de destruction et de refus, une union qui demeure car elle est l'œuvre de Dieu en nous, en lieu et place de nos divisions, nos œuvres destructrices et nos multiples refus. Il n'est pas étonnant non plus que ce passage ait une forte tonalité eucharistique, sacrement par excellence de la communion au Christ et à l'humanité, à Dieu et entre-nous. Sacrement où est réellement consommée cette pâque. La vie donnée de Jésus, Jésus en personne passe ainsi réellement dans la communauté qu'il constitue comme telle, Jésus lui-même en sa vie donnée (qui "me" mange v.57) est la vie-source, la source de vie du croyant.


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