|
Frère Jean-Marc GAYRAUD, o.p. Pensées à penser
|
![]() |
21eme dimanche dans l'année : Jn 6,60-69Jean chapitre 6, versets 60 à 69 « 60 Après l'avoir entendu, beaucoup de ses disciples dirent : "Elle est dure, cette parole ! Qui peut l'écouter ?" 61 Mais, sachant en lui-même que ses disciples murmuraient à ce propos, Jésus leur dit : "Cela vous scandalise ? 62 Et quand vous verrez le Fils de l'homme monter là où il était auparavant ? 63 C'est l'esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie. 64 Mais il en est parmi vous qui ne croient pas." Jésus savait en effet dès le commencement qui étaient ceux qui ne croyaient pas et qui était celui qui le livrerait. 65 Et il disait : "Voilà pourquoi je vous ai dit que nul ne peut venir à moi, si cela ne lui est donné par le Père." 66 Dès lors, beaucoup de ses disciples se retirèrent, et ils n'allaient plus avec lui. 67 Jésus dit alors aux Douze : "Voulez-vous partir, vous aussi ?" 68 Simon-Pierre lui répondit : "Seigneur, à qui irons-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. 69 Nous, nous croyons, et nous avons reconnu que tu es le Saint de Dieu. » Avec le discours sur le pain de vie qui s'achève, Jésus a conduit son auditoire à la limite du supportable en fait de foi. Les disciples eux-mêmes maintenant, et non plus seulement les juifs, "murmurent" en eux-mêmes. Ils ont bien entendu que le don de la vie surabonde dans le dessaisissement de sa vie. A cette perspective pascale où s'annonce le scandale de la croix s'oppose une fin de non recevoir. Les disciples ne peuvent "écouter" c'est-à-dire, entrer dans l'intelligence profonde des paroles de Jésus. Le Verbe fait chair, le pain vivant descendu du ciel, ne peut dès lors être nourriture pour la chair et le sang ni porter du fruit dans la chair de l'homme. Ils ne se laissent pas enseigner par Dieu. En guise de réponse, Jésus surenchérit et pousse à l'extrême la nécessité pour l'homme de ne chercher d'autre appui à l'acquiescement de sa parole que le don de Dieu lui-même : l'Esprit saint. Aucune solution de compromis n'est possible, aucune "neutralité" acceptable. Il faut commencer par croire pour croire. Il s'agit de partir de Dieu, de croire en Lui et de croire par Lui. C'est oui ou c'est non et il n'y a pas d'autre alternative. Il faut se jeter en Dieu et laisser s'anéantir dans cet élan quelque doute, quelque réserve, quelque retrait, quelque refus que ce soit. Les paroles de Jésus ne sont pas des propositions à soumettre a priori au jugement humain et à sa prétention souveraine, elles sont Esprit et Vie. Seul l'Esprit par conséquent peut nous donner l'intelligence de la Parole et lui donner vie, faire de la Parole la nourriture véritable, le pain vivant pour la chair et le sang. Seul l'Esprit peut faire vivre Jésus au plus intime et au plus charnel de la vie de l'homme. Il faut donc renoncer à soi et se perdre pour se trouver en Dieu, il faut mourir pour vivre. La confession de Pierre est l'expression personnelle et ecclésiale de cette démarche de foi. Démarche qui est profondément personnelle en effet, démarche qui engage toute la personne. Cette démarche se vérifie et s'authentifie au cur de l'épreuve comme c'est précisément le cas ici. Dans ce contexte d'incompréhension, de refus, de démission et d'opposition, Pierre confesse : "Tu as", "tu es". L'acte de foi est un acte vital, un lien vivant, dynamique, une adhésion personnelle à la personne de Jésus. Un lien qui se prouve et qui s'éprouve. L'acte de naissance de la foi coïncide avec ce détachement de soi-même et cet engagement à suivre le Christ. Au commencement était la foi pourrions-nous dire et dans ce commencement même la foi se révèle, s'affirme et se confirme. Elle est première absolument. La foi repose sur cette Alliance à jamais nouvelle et éternelle entre le Christ et son Eglise. Démarche ecclésiale également que l'acte de foi. L'évangéliste situe Pierre ici par rapport aux Douze et comme leur porte-parole. C'est la seule fois dans l'évangile de Jean où les Douze sont mentionnés comme tel, en tant que groupe. C'est également au moment précis où ce groupe est menacé "d'implosion" que Pierre confesse que Jésus est "le Saint de Dieu". Expression très rare qui nomme Jésus par opposition au péché du monde et des hommes, ce péché qui justement veut interdire tout lien vital avec le "Sauveur du monde". C'est donc bien a propos que Jean met cette confession dans la bouche de Pierre, à l'heure d'une épreuve radicale, prélude à l'épreuve de la croix. Pierre confesse ainsi, au nom de l'Eglise, que Jésus rejoint et dépasse notre péché pour nous unir à Lui par la foi. Le drame d'un monde divisé, du cur partagé, d'une humanité infidèle est ainsi assumé et dépassé dans l'acte de foi du croyant et de l'Eglise. C'est au cur du péché que Jésus fait naître à la foi. Le croyant fait ainsi, dans l'acte même de la foi, l'expérience de l'éloignement de Dieu comme éloignement et il est en cela, d'une certaine façon, plus loin de Dieu qu'aucun incroyant ne pourra jamais l'être. La foi mesure, dans l'expérience même de la foi, le drame du refus de Dieu. L'union à Jésus mesure l'absence de Jésus en ce monde. La foi nous engage à passer comme le Christ de la mort à la vie. L'union à Jésus fait être sauveur avec Jésus dans l'expérience de sa propre chair, de sa propre vie, de sa propre histoire. Cette expérience de foi fait du croyant un membre solidaire de ses frères en humanité comme aucune autre expérience d'humanité. La foi n'est personnelle et ecclésiale que pour rejoindre l'humanité tout entière. Elle fait comprendre "d'expérience" que le cur de l'humanité se trouve depuis toujours au cur du mystère de Dieu, au cur du Salut en Jésus, le "Saint de Dieu" . En Jésus sauveur, la foi nous unit à nos frères en humanité plus profondément qu'aucun autre lien et selon la mesure même de notre union à Dieu. version 1.0 - © Copyrights DOMUNI 2004 - tous droits réservés biblio.domuni.org |