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Frère Jean-Marc GAYRAUD, o.p. Pensées à penser
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22eme dimanche dans l'année : Mc 7,1-23Marc chapitre 7, versets 1 à 23 « 1 Les Pharisiens et quelques scribes venus de Jérusalem se rassemblent auprès de lui, 2 et voyant quelques-uns de ses disciples prendre leur repas avec des mains impures, c'est-à-dire non lavées 3 les Pharisiens, en effet, et tous les Juifs ne mangent pas sans s'être lavé les bras jusqu'au coude, conformément à la tradition des anciens, 4 et ils ne mangent pas au retour de la place publique avant de s'être aspergés d'eau, et il y a beaucoup d'autres pratiques qu'ils observent par tradition : lavages de coupes, de cruches et de plats d'airain 5 donc les Pharisiens et les scribes l'interrogent : "Pourquoi tes disciples ne se comportent-ils pas suivant la tradition des anciens, mais prennent-ils leur repas avec des mains impures ?" 6 Il leur dit : "Isaïe a bien prophétisé de vous, hypocrites, ainsi qu'il est écrit : Ce peuple m'honore des lèvres ; mais leur cur est loin de moi. 7 Vain est le culte qu'ils me rendent, les doctrines qu'ils enseignent ne sont que préceptes humains. 8 Vous mettez de côté le commandement de Dieu pour vous attacher à la tradition des hommes." 9 Et il leur disait : "Vous annulez bel et bien le commandement de Dieu pour observer votre tradition. 10 En effet, Moïse a dit : Rends tes devoirs à ton père et à ta mère, et : Que celui qui maudit son père ou sa mère, soit puni de mort. 11 Mais vous, vous dites : Si un homme dit à son père ou à sa mère : Je déclare korbân (c'est-à-dire offrande sacrée) les biens dont j'aurais pu t'assister, 12 vous ne le laissez plus rien faire pour son père ou pour sa mère 13 et vous annulez ainsi la parole de Dieu par la tradition que vous vous êtes transmise. Et vous faites bien d'autres choses du même genre." 14 Et ayant appelé de nouveau la foule près de lui, il leur disait : "Ecoutez-moi tous et comprenez ! 15 Il n'est rien d'extérieur à l'homme qui, pénétrant en lui, puisse le souiller, mais ce qui sort de l'homme, voilà ce qui souille l'homme. 16 Si quelqu'un a des oreilles pour entendre, qu'il entende !" 17 Quand il fut entré dans la maison, à l'écart de la foule, ses disciples l'interrogeaient sur la parabole. 18 Et il leur dit : "Vous aussi, vous êtes à ce point sans intelligence ? Ne comprenez-vous pas que rien de ce qui pénètre du dehors dans l'homme ne peut le souiller, 19 parce que cela ne pénètre pas dans le cur, mais dans le ventre, puis s'en va aux lieux d'aisance" (ainsi il déclarait purs tous les aliments). 20 Il disait : "Ce qui sort de l'homme, voilà ce qui souille l'homme. 21 Car c'est du dedans, du cur des hommes, que sortent les desseins pervers : débauches, vols, meurtres, 22 adultères, cupidités, méchancetés, ruse, impudicité, envie, diffamation, orgueil, déraison. 23 Toutes ces mauvaises choses sortent du dedans et souillent l'homme » Il ne nous est pas si aisé que cela de sentir le souffle de liberté extraordinaire que respire cet évangile. L'écart culturel est en effet considérable qui nous sépare de ce christianisme naissant, si proche qu'il est alors de la tradition juive et d'un contexte rituel et religieux envahissants. Le chrétien des commencements se débarrasse d'un seul coup d'un fardeau accumulé par des siècles de tradition et de pratique religieuse formalistes et c'est de cela dont témoigne notre passage de Marc. Le chrétien va droit au cur car il fait dans le Christ l'expérience inédite d'une religion de grâce et de liberté, une religion qui ne connaît d'autres devoirs religieux que le devoir du cur car c'est là, dans le cur de l'homme, que demeure le Christ et c'est donc là, à l'intérieur et à l'intime, que l'homme est relié à Dieu. Non pas que le comportement religieux, le geste rituel soient désormais devenus obsolètes. Ils exprimeront toujours ce lien transcendant que Dieu établit avec le croyant dans tous les domaines de sa vie comme ici le repas. Ils sont bien les mots d'une langue faite pour exprimer l'inexprimable, viser l'invisible, signifier la présence du Transcendant dans l'humble et quotidienne réalité des hommes. Mais la dimension religieuse n'a désormais d'autre nécessité que de nous rappeler justement à cette présence du Tout-Autre au cur du monde et de la vie des hommes, elle ne saurait en aucun cas subordonner et encore moins substituer cette présence devenue intime à quelque pratique religieuse et extérieure que ce soit. L'appareil religieux est ainsi à la fois totalement relativisé et jamais autant respecté par ce qu'il en vient à exprimer désormais. Il est comme un vêtement qui doit exprimer adéquatement le mystère caché du Tout-Autre au cur de la création et à l'intime du cur de l'homme. Il doit pour cela s'adapter, changer, être taillé sans cesse à la mesure des situations humaines, des époques et des cultures multiformes qu'il exprime. Il incarne cette présence unique qui se plaît à demeurer dans l'infini diversité des choses de la vie et des humanités non moins diverses qu'elle épouse. Oui, souffle de liberté extraordinaire que l'appropriation chrétienne du religieux ! Que le religieux chrétien soit fidèle quant à lui à cette nouvelle donne humano-divine est là une autre affaire ! L'histoire et même le présent nous montrent bien qu'il n'en est pas ainsi, loin s'en faut ! Raison de plus pour écouter de plus près l'enseignement de cet évangile. C'est bien en effet la perversion même du religieux que le Christ dénonce ici. Quand le religieux en vient à justifier et à "consacrer" les divisions entre les hommes, quand la religion devient un instrument aveugle au service des volontés de pouvoir et de domination, alors oui, il y a bien là une instrumentalisation perverse de la fonction religieuse si nécessaire par ailleurs à l'humanité. Quand ces divisions sont ainsi légitimées par la dimension religieuse, elles peuvent devenir de surcroît prétexte à justifier les crimes les plus innommables dont l'humanité n'est que trop capable, le religieux renforçant alors à son tour ces mêmes divisions. Portées à l'absolu, ces divisions deviennent alors incontrôlables, proprement irrationnelles et en viennent même à menacer la condition humaine d'anéantissement. Cette division religieuse, ou cette forme de division propre au religieux qui se greffe sur toute autre forme de division, l'Évangile de ce jour la stigmatise à travers le thème du "pur" et de "l'impur". Il y a les purs et il y a les impurs, il y a les bons et il y a les mauvais etc... La toile de fond de cet évangile est bien un comportement religieux qui consacre l'exclusion. Mais la religion qui exclut est le contraire de la religion des exclus, paradoxe surprenant, le contraire par conséquent de la religion même d'Israël, le contraire surtout du comportement "religieux" du Christ. Le seul chemin que le Christ propose à la libération de nos tentations de décider du pur et de l'impur, de décréter qui est pur et qui ne l'est pas, est le chemin de l'intériorité. C'est le cur de l'homme qui est impur, il l'est d'autant plus qu'il se donne les apparences de la pureté. C'est à partir du cur de l'homme par conséquent que toutes choses peuvent être "purifiées". Le Christ ne nous invite à découvrir jusqu'où le cur de l'homme est impur que pour nous faire découvrir jusqu'où le cur de Dieu nous purifie. L'expérience de l'intériorité est essentiellement une aventure, un exode intérieur de patiente purification et de régénération du cur. Le regard du cur purifié transforme alors peu à peu notre vision du monde, de soi et des autres. Il est un regard de miséricorde, de compassion et de grâce, le contraire d'un regard...inquisiteur ! La seule et unique impureté dont le Christ veut nous libérer n'est autre en définitive que "l'endurcissement du cur". Celui-là qui, jour après jour, laissera la grâce du Christ travailler le cur profond, celui-là se méfiera toujours de ses jugements spontanés, de sa vision du monde et des autres, il apprendra jour après jour à regarder autrui comme le Christ le regarde lui-même. Il apprendra alors, pour lui-même et pour autrui, à "demeurer" dans cette grâce qui purifie et sanctifie toutes choses et tout homme. version 1.0 - © Copyrights DOMUNI 2004 - tous droits réservés biblio.domuni.org |