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Frère Jean-Marc GAYRAUD, o.p. Pensées à penser
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Croix Glorieuse : Jn 3,13-17Jean chapitre 3, versets 13 à 17 13 Nul n'est monté au ciel, hormis celui qui est descendu du ciel, le Fils de l'homme. 14 Comme Moïse éleva le serpent dans le désert, ainsi faut-il que soit élevé le Fils de l'homme, 15 afin que quiconque croit ait par lui la vie éternelle. 16 Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. 17 Car Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. Le court extrait de l'entretien de Jésus avec Nicodème que nous lisons en cette fête de la Croix Glorieuse situe notre foi en son lieu le plus paradoxal. Ce lieu où les "choses de la terre" (epigueia) se croisent aux "choses du ciel" (epourania) (v.12), c'est la croix élevée de terre. Paradoxe absolu car c'est là-même où les choses de la terre avaient rejeté au plus loin les choses du ciel que celles-ci se manifestent désormais à la terre. Dans le scandale de la croix, la Gloire resplendit à jamais ; là où la terre avait désespéré de Dieu ou proclamé sa mort, là-même le Dieu Vivant fait éclater sa Gloire éternelle. La croix à jamais glorieuse bouleverse pour toujours notre vision des "choses de la terre" comme "des choses du ciel". Les dieux que la terre ne cesse d'imaginer révèlent leur néant quand le Dieu du ciel s'empare des choses de la terre où il était supposé n'être pas. La croix glorieuse bouleverse notre vision de ciel et de la terre, de Dieu et de l'homme. Ciel et terre ne se voient en vérité que dans leur lien mutuel. Il faut voir la terre autrement pour voir le ciel qui s'y est caché et il faut voir le ciel autrement pour ne pas le voir en fonctions de nos illusions, c'est-à-dire sans la terre ; il s'agit bien de voir la terre à partir du ciel et le ciel à partir de la terre. Dieu est présent à cette terre, là même où la terre s'était absentée de son Dieu. Ce Dieu-là ne s'absente pas du ciel quand il descend sur la terre, il rend le ciel présent à la terre. La terre n'a pas de son côté à remplacer Dieu par ce qui n'est pas lui (l'idolâtrie), elle ne monte au ciel que par celui qui est descendu sur la terre. Voir au plus bas de cette terre la porte du ciel et voir au plus haut des cieux le devenir de cette terre, voilà ce qui s'invite à voir dans la croix glorieuse. Croix glorieuse : il n'est pas de termes plus opposés l'un à l'autre pour qui n'entre pas dans le Mystère ainsi révélé. Et il n'est pas de terme plus ajustés l'un à l'autre pour qui contemple là une folie de Dieu qui confond toute sagesse humaine : l'amour de Dieu qui donne vie, vie éternelle (v.16). Le complet basculement qui fait ainsi s'appuyer toute notre vie sur ce Mystère de la croix glorieuse et l'arrache à toute autre forme d'appui est ici radical. Le chrétien sera toujours et nécessairement en porte-à-faux par rapport à quelque autre façon que ce soit de considérer ce monde et cette vie. La croix glorieuse murmure à cette terre le secret du ciel et murmure au ciel le secret d'éternité que porte depuis son commencement le cur de la terre. Il s'agit donc d'entrer dans un mystère de Salut (v.17) ce qui revient à dire, pour qui contemple la croix glorieuse, se convertir à l'amour de Dieu. Rien n'est moins évident ! Se convertir à l'amour de Dieu, c'est se tourner vers celui que nous avons transpercé, c'est contempler celui qui est élevé de terre. Se convertir à l'amour de Dieu, c'est laisser par conséquent cet amour nous rejoindre là où nous n'aimons pas, ne nous aimons pas, ne sommes pas aimés. C'est laisser la tendresse de Dieu prendre possession de notre mal, mal qui fait le mal et mal qui nous fait mal. Tendresse de Dieu qui touche et anéantit la dureté du cur de l'homme. Se convertir à l'amour de Dieu, c'est être jugé sans concession et sans réserve, sans aucune circonstance atténuante, par cet amour de Dieu qui sauve (v.17ss), qui est allé jusqu'à l'anéantissement du péché pour devenir pur engendrement de vie éternelle. Se convertir à l'amour de Dieu, c'est laisser ce flot vivifiant jaillit de la croix emporter les digues du cur et se répandre sur ses espaces réservés et desséchés. Ou bien c'est ce Feu brûlant qui consume notre néant envahi d'inconsistantes réalités pour devenir en vérité notre plénitude. Aventure pascale, sublime et redoutable à la fois, que celle qui consiste à se convertir à l'amour de Dieu ! Aucune autre aventure à vrai dire ne vaut la peine d'être vécue si elle ne nous conduit au seuil de celle-là seule qui importe Il n'est pas nécessaire de chercher ailleurs l'amour de Dieu et il ne faut jamais se chercher ailleurs que dans l'amour de Dieu, c'est là une question de vie ou de mort. Dieu est bien là où je ne le savais pas, je ne le croyais pas, je ne le voulais pas. Ce Dieu qui est bien là, c'est bien le Dieu d'amour, de tendresse et de miséricorde. A découvrir cela dans la contemplation de la croix glorieuse, je me découvre à cet amour brûlant qui me connaît, me révèle et me désire, amour que je peux et que je veux dès lors connaître, croire et désirer selon la même démesure de cet amour, infinie. version 1.0 - © Copyrights DOMUNI 2004 - tous droits réservés biblio.domuni.org |